lundi 19 mars 2012

Ecrire



Dans un récent billet, j'ai évoqué  le bonheur de lire.  A propos de l’acte d’écrire  je n’associerai pas le mot «bonheur» car certains livres ou poèmes sont écrits dans la douleur, les auteurs cherchant à se reconstruire grâce à  l’écriture ou à exister — je pense notamment à ceux qui vivent sous la dictature.
Mes réflexions sur la culture m’ont conduit depuis longtemps à privilégier la créativité plutôt que la « consommation » qui reste même, si elle est éclectique, un acte passif. Cela ne signifie pas qu’il faille négliger la seconde, au contraire. Tout écrivain se nourrit de ses lectures ; il en est de même pour le compositeur ou le peintre qui après avoir étudié l’œuvre de ses maîtres, s’émancipe de leur influence pour créer des morceaux ou des tableaux révélant leur originalité.
Les raisons qui poussent à écrire sont nombreuses. Dans certains cas, c’est la volonté de transmettre un savoir qui est le moteur. Le désir  de convaincre pousse le philosophe, le scientifique, à s’exprimer : c’est ce qui explique le grand nombre de livres consacrés ces dernières années à l’avenir de la planète.
Certains écrivains veulent être des témoins de leur temps ; leurs personnages traduisent les travers de leur époque.
Pour d’autres, l’ambition est tout simplement de distraire, d’emmener le lecteur dans des aventures variées, en le conduisant dans des intrigues qui ménagent le suspens.
Tous (en principe) écrivent parce qu’ils aiment les mots et n’oublient pas qu’au-delà de l’histoire, des idées véhiculées, la littérature est appréciée pour la beauté et l’originalité du style.
Et puis il y a ceux qui s’expriment par le biais de la poésie. Leur exigence est très forte ; ils luttent avec les mots jusqu’à ce que jaillisse l’image qui n’a jamais été utilisée, l’assemblage qui surprendra le lecteur. Leur insatisfaction les pousse à retravailler longuement le vers qui a surgi, à supprimer ceux qui leur paraissent manquer de vigueur. Ceux-là sont dans un autre registre, celui de l’Art. 

vendredi 16 mars 2012

Austérité, le mot de la semaine (69)


Chaque semaine, voici — à partir d’un mot —  une   réflexion développée brièvement. 

          Aujourd’hui,  le mot :   austérité


Le mot austérité évoque, lorsqu’il s’agit de  personnes, la dureté, le refus des plaisirs, la sévérité ; on pense tout de suite à la vie menée dans les monastères.
Quand il s’agit de choses, l’austérité dégage une impression de froideur, de tristesse : la pièce austère dans laquelle  vit cet homme, la robe austère que porte cette femme s’harmonisent souvent avec le caractère de ceux-ci.
Dans la société, les périodes d’austérité correspondent toujours à des moments difficiles. Durant les guerres, les gens connaissent les restrictions, le rationnement. Quand surgit une crise économique grave comme celle que nous traversons actuellement, les gouvernements ont tendance à  voir dans la politique d’austérité la seule réponse possible. Ils augmentent les impôts et souvent bloquent — et parfois même diminuent — les revenus. Cette solution hélas ! n’est pas la bonne car elle ne fait qu’aggraver la situation ( voir ce qui se passe en Grèce). Elle ne résout pas les problèmes car elle touche essentiellement les personnes modestes et ne s’attaque pas à la racine du mal.
Si l’austérité n’est pas la bonne réponse, il y a une alternative à celle-ci : la simplicité volontaire qui demande à chacun de participer à l’effort collectif, les  plus riches y contribuant plus fortement, dans un esprit de justice.

mercredi 14 mars 2012

En marchant (14)




La marche, un art de vivre

1. Quand on entreprend une marche, il n’est pas nécessaire de savoir où l’on va, mais il est bon de savoir pourquoi l’on marche.

2. La station verticale a permis à l’homme préhistorique de  développer sa pensée ; la marche lui a permis de découvrir le monde.

3. Marcher, c’est vivre, c’est être libre.

4. Quand on marche dans un sentier forestier, on entend à chaque pas  une petite musique féconde, celle de l’inspiration.

5. C’est dans la solitude qu’on profite le mieux des bienfaits de la marche.

6. On perçoit l’âme d’une ville en marchant  loin des circuits touristiques.

7. Marcher   c’est dire non aux dérives de la société moderne.

8. Notre époque est singulière : on voit parfois des gens valides prendre leur voiture pour parcourir 500 mètres. Quand le pétrole se fera rare, tout le monde redécouvrira les vertus de la marche.

9. Le premier homme qui a marché sur la lune a déclaré que  c’était « un grand pas pour l’humanité ».
Quatre décennies plus tard, ces propos paraissent peut-être exagérés. Mais ce voyage a eu le mérite de faire prendre  conscience des limites et de la  fragilité de la Terre.

                                           ***

dimanche 11 mars 2012

Il y a un an : FUKUSHIMA


  Il y a un an se produisait  la catastrophe de Fukushima. Aujourd’hui dans le monde entier des manifestations sont organisées pour exprimer la solidarité envers les victimes japonaises et pour rappeler les dangers du nucléaire.
En France, le réseau Sortir du Nucléaire organise une grande chaîne humaine entre Lyon et Avignon  pour demander la sortie du nucléaire. Stéphane Hessel soutient cette initiative. « La technologie nucléaire est mortifère et prétendre la contrôler est une illusion » écrit-il dans une lettre à l’association.
Cette manifestation  doit être un grand succès afin d’exprimer clairement :
- notre solidarité envers les Japonais.
N’oublions pas que la   catastrophe  a  provoqué  près  de 
20 000 morts (et on ignore à ce jour les conséquences précises sur la santé de millions de gens), contraint plus de 340 000 personnes à abandonner leur domicile, détruit un million de bâtiments, rendu des villes inhabitables, causé des souffrances morales qui ont conduit à une augmentation du nombre de suicides ( plus 20%)
- notre volonté de changer de politique énergétique
en accélérant la sortie du nucléaire. 
Pour des raisons morales : laisser aux générations futures des déchets dangereux est irresponsable.
Pour des raisons de sécurité : malgré les propos rassurants des lobbies pro-nucléaires, des accidents graves peuvent survenir.
Pour des raisons économiques : le coût réel de l’énergie nucléaire est nettement supérieur à ce qui est officiellement annoncé ; en terme d’emplois, les énergies renouvelables sont plus efficaces.
Pour une meilleure démocratie : le nucléaire fonctionne dans l’opacité, les énergies renouvelables permettent la transparence.
Tirons la leçon de Fukushima.


Lundi 12 mars 2012 :


La chaîne humaine entre Lyon et Avignon a connu un beau succès. Cela montre que  de nombreux citoyens n'acceptent pas le nucléaire et sont déterminés à poursuivre leur lutte..
Cliquez  ci-dessous pour en savoir plus sur 
cette manifestation .

vendredi 9 mars 2012

En marchant (13)



Sentiers, chemins et routes

Dans cette série de billets consacrés à la marche, j'ai à plusieurs reprises évoqué Henry David Thoreau, marcheur infatigable et  précurseur de l'écologie moderne.  

Toute la pensée de Thoreau s'appuie sur son amour de la nature : « Je reste en plein air à cause de l'animal, du minéral, du végétal qui sont en moi » écrivait-il dans son Journal. Il était persuadé que l'homme tirerait de l'observation attentive de la nature les leçons qui lui permettraient de comprendre la vie.
Cette philosophie élaborée au milieu du 19e siècle reste pertinente aujourd'hui. Elle ne signifie pas que les défenseurs de la nature, comme on le dit trop souvent, se désintéressent des problèmes humains. Elle rappelle simplement que l'homme ne doit pas oublier son appartenance au monde du vivant et que tout comportement humain responsable impose de respecter la planète et la vie sous toutes ses formes.

Chaque pas que l'on fait sur un chemin forestier, sur une petite route de campagne, sur une avenue de grande ville, illustre la pensée de Thoreau.

Le sentier forestier nous permet d'être en harmonie avec la nature. 

Le chemin de campagne démontre l'intelligence humaine qui a su tirer profit des lignes droites, des courbes, des bosses et des creux naturels sans défigurer le paysage. 

Et l'avenue qui traverse la ville traduit  soit le génie des bâtisseurs soit  l'arrogance destructrice de ceux qui ignorent la nature.

mercredi 7 mars 2012

Enfance et poésie


Le 14e Printemps des Poètes a pour thème l’enfance.
Beaucoup de  poètes (parmi eux les plus grands) ont écrit sur ce thème. Les enfants de leur côté aiment la belle poésie, celle de Rimbaud, Baudelaire, Apollinaire, Desnos, Supervielle, Follain...
Faire se rencontrer l’enfance et la poésie, cela semble si évident !


Contribution au Printemps des Poètes


L’homme retrouvé est celui qui saura  atteindre  les rêves qu’il  fit dans son enfance. 
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L'adulte qui a la nostalgie des rentrées des classes de son enfance ne regrette pas le temps qui a passé mais les espérances déçues.
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 Bruits du monde (extrait)

La montagne se tait 
quand ils regardent ses pentes 
où l'ancolie frémit au vent léger de mai.

Ils n'entendent pas le chant lointain des étoiles
dans la douceur alanguie d'une nuit d'été...

Et leur enfance est morte.
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Souvenirs d’enfance

En ce temps-là dans le bosquet,  nous nous prenions pour des héros. Nous rêvions de pampas lointaines dans les herbes folles des prés et des chevaux imaginaires nous emmenaient au bout du monde.

Je me souviens du pont rustique où nous traversions la rivière ; l'eau coulait avec nonchalance, nous regardions filer l'anguille entre les roseaux et les pierres.
─ Nos enfances furent heureuses ─
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L’enfant et la pomme

Le pépin, raison d’être du fruit, n’intéresse pas l’enfant qui regarde la pomme.  Il est émerveillé par ses belles couleurs vives  où se mêlent le jaune orangé, le rouge et le vert et   il ne pense qu’à une chose en la voyant : prendre cette pomme et mordre avidement sa chair sucrée.  


lundi 5 mars 2012

En marchant ( 12)




Le Tour de la France par deux enfants

Il y a une centaine d’années, les élèves de cours moyen avaient à leur disposition  un livre de lecture d’un intérêt pédagogique incontestable : Le  Tour de la France par deux enfants
Le grand mérite de ce livre était d’abord de susciter l’intérêt des élèves, le second était dans la conception originale de l’ouvrage : il offrait une pédagogie globale qui permettait d’acquérir des connaissances en histoire, en géographie, en sciences et « des notions usuelles sur l’économie industrielle et commerciale, sur l’agriculture… » comme le proclamait la préface.
Ce livre donnait  aussi des leçons de morale et d’instruction civique. 
Bien sûr, l’histoire débutant en 1871 à Phalsbourg, ville de Lorraine devenue allemande, on sent au fil des pages que le message  le plus important délivré aux enfants est l’amour de la patrie. Cela n’est pas étonnant ; l’école a toujours été le reflet de la société.

L’auteur, G. Bruno, a réussi à bâtir une histoire simple et captivante, celle de deux orphelins, André et Julien, qui partent un soir de septembre pour la France, un bâton au bout duquel ils ont attaché un paquet de voyageur, sur l’épaule.
L’entreprise est hasardeuse. Ils devront marcher plusieurs nuits sans se faire repérer par les soldats allemands.
La première nuit, ils marchent sous la pluie «  Le vent secouait les grands arbres en sifflant d’une voix lugubre…»
On imagine qu’un enfant de dix ans lisait ces lignes avec une certaine émotion, voire une certaine inquiétude.
On suit leur périple dans les Vosges : « Les deux frères avançaient sur le sentier, se tenant par la main ; bientôt ils entrèrent dans les bois… »
Puis ils se trouvent au milieu d’un nuage et ont peur de se perdre dans le brouillard : «  les enfants continuèrent à marcher courageusement le reste de la nuit, et aussi vite qu’ils pouvaient».
Au matin, quand ils franchissent enfin le col, c’est la délivrance : ils sont en France.
Leurs «  marches courageuses » comme le dit l’auteur sont une démonstration du patriotisme des deux enfants.
Un message qui paraît désuet aujourd’hui mais que l’école jugeait utile de faire passer quelques années avant la première guerre mondiale.

vendredi 2 mars 2012

Populaire, le mot de la semaine (68)


Chaque semaine, voici — à partir d’un mot —  une   réflexion développée brièvement. 

          Aujourd’hui,  le mot :   populaire





Voilà un adjectif qui écorche les oreilles de certaines personnes n'aimant pas  ce qui émane du peuple.
Ce mépris pour des événements, des livres, des films  ou des personnes qui plaisent au plus grand nombre relève souvent d’un élitisme prétentieux ou d’une méconnaissance du vocabulaire ( populaire étant dans ce cas confondu avec vulgaire.)
On pourrait citer des dizaines et des dizaines  de noms d’acteurs, de romanciers, de chanteurs populaires qui ont produit des œuvres de qualité. Et la non reconnaissance par le grand public d’un artiste ou d’un écrivain n’est pas forcément la preuve de son génie.
Combattant ce préjugé défavorable au mot populaire, certaines personnalités n’ont pas hésité à  mettre ce mot en valeur : dans le domaine du théâtre, Jean Vilar a fait du TNP ( Théâtre National Populaire) un outil exigeant au service de la culture pour tous, jouant et mettant en scène de grands auteurs. Cyril Robichez a accompli un travail identique au sein du TPF ( Théâtre Populaire des Flandres).
Dans le même esprit, depuis des décennies, des bénévoles et des acteurs sociaux agissent en faveur d’une éducation populaire qui permet à chaque participant de mieux comprendre le monde dans lequel il vit. Ce mouvement propage une culture plus riche que la culture classique, une culture qui intègre des héritages diversifiés venant du monde ouvrier, paysan, maritime…et contribue au développement de la citoyenneté.





mercredi 29 février 2012

L'agriculture : le Salon où l'on cause




Le Salon de l’agriculture est à l’image de la société actuelle. C’est un grand show, un événement médiatique qui attire beaucoup de monde et où les personnalités qui comptent se doivent d’être présentes. Les produits de la ferme et les animaux y sont exposés sous le meilleur angle. On y fait des photos superbes qui donnent de l’agriculture une image positive.
Mais sous les lumières du Salon se cache une vérité toute différente.

L’agriculture se porte mal. Chaque année, des petites exploitations familiales disparaissent, les surfaces agricoles ne cessent de se réduire à cause de l’urbanisation ; parmi ceux qui continuent d’exercer leur travail de paysan, nombreux sont ceux qui vivent pauvrement, étranglés par les remboursements de dettes et par l’impossibilité de fixer librement leurs prix.
L’agriculture naturelle, biologique, qui se soucie de l’environnement et de la santé des consommateurs, est étouffée par une agriculture industrielle qui n’a qu’un seul objectif : la rentabilité maximale au détriment de la qualité et de l’écologie.
Dans les pays industrialisés, les consommateurs ont leur part de responsabilité dans cette situation. Beaucoup d’entre nous ne sont  pas suffisamment attentifs à l’importance de l’alimentation. Aujourd’hui, en moyenne, 14% du budget sont consacrés à celle-ci en France, alors qu’en 1960 l’alimentaire représentait le double ; et il faut aussi noter que 2/3 des achats sont faits dans les grandes surfaces ( source : moneymag.fr). 
Certes le pouvoir d’achat baisse. Cela impose plus que jamais de faire des choix. 
Dans cette optique, il faut se persuader que notre société a besoin d’agriculteurs responsables qui fournissent des produits de qualité tout en pensant aux générations futures. 

lundi 27 février 2012

En marchant (11)


Le chemin de  Stevenson

Frontispice de Walter Crane

J’ai découvert les livres de Stevenson ( L’île au trésor, Voyage avec un âne dans les Cévennes…) quand j’avais une dizaine d’années. En ce qui concerne le second, j’avais aimé le récit de la randonnée que l’auteur avait faite accompagné d’une ânesse  - Modestine - à travers le Massif Central. Cette randonnée de plus de 200 kilomètres de Monastier, dans la Haute-Loire,  à Saint-Jean du Gard était décrite avec précision, avec beaucoup d’anecdotes ; c’était à mes yeux une sorte de guide touristique littéraire.
Une seule chose m’avait déplu dans ce livre : je trouvais que l’auteur ne respectait pas suffisamment son ânesse, je n’approuvais pas les coups de bâton qu’il donnait au pauvre animal.

Des années plus tard, la relecture du Voyage  avec un âne s’est faite, bien entendu, avec un autre regard.
Ce qui m’a d’abord intéressé, c’est la motivation de Stevenson. Apparemment, ce n’est pas la découverte de nouveaux paysages, l’immersion dans un univers austère, rempli de légendes, qui l’ont poussé à marcher pendant 12 jours. L’auteur qui allait avoir 28 ans souffrait de ne pouvoir épouser la femme qu’il aimait ( Fanny Osbourne, une Américaine dont le divorce n’était pas encore prononcé ) et 
par ailleurs  sa famille s’opposait à son mariage.
L’absence de cette femme a sans doute inspiré ces phrases :  «  Je souhaitais une compagne qui s'allongerait près de moi au clair des étoiles, silencieuse et immobile, mais dont la main ne cesserait de toucher la mienne… Et vivre à la belle étoile avec la femme que l'on aime est de toutes les vies la plus totale et la plus libre. » ( chapitre : Une nuit dans la pineraie)
Pour Stevenson comme pour beaucoup d'autres randonneurs, la marche en elle-même est le but poursuivi : " Je voyage non pour aller quelque part mais pour marcher" écrit-il.
C'est aussi pour lui, même s'il éprouve quelque plaisir à rencontrer des gens sur son passage, un moyen de "quitter le lit douillet de la civilisation" et de se rapprocher de la nature, de " sentir sous (ses) pieds le granit terrestre et les silex épars..", d'écouter le souffle du vent sur la montagne.
Stevenson avait fait sa traversée des Cévennes en 1878. Aujourd'hui encore de nombreux randonneurs empruntent le même itinéraire, le chemin de Stevenson.