LE TABLEAU NOIR DE L'ECOLE




J'ai été enseignant. L'état dans lequel se trouve
aujourd'hui le système scolaire m'afflige.
Depuis 50 ans, de réforme en réforme, la situation
n'a fait que s'aggraver. Notre pays s'enferme dans
des débats secondaires, voire inutiles ─ l'identité
nationale par exemple ─ et on a l'impression que
le problème scolaire n'est plus une priorité.
Pourtant le malaise est profond : un élève sur
six sort du système scolaire sans diplôme ; le
mal-être de nombreux élèves et enseignants
s'est installé ; les faits de violence se multiplient.
Plusieurs causes peuvent expliquer cette
situation.
─ L'école ne s'est jamais donné les moyens de
réduire les inégalités sociales. De l'époque de
Jules Ferry à 1960, cela ne perturbait pas trop
la société : les fils de cadres devenaient cadres,
la majorité des fils d'ouvriers devenaient ouvriers
ou employés. Ceux qui quittaient l'école sans
diplôme (même sans le certificat d'études)
trouvaient un emploi car il y avait du travail
pour tous.
─ Le système scolaire n'est pas adapté aux
cas individuels. Il est conçu pour une masse
anonyme d'élèves qui entrent dans un moule
figé : le CP à six ans pour tous, poursuite de
la scolarité au même rythme, hormis de rares
redoublements. Les élèves doués sont freinés, les
plus lents, ceux qui vivent dans un milieu défavorisé,
ceux dont les parents parlent à peine le français,
se retrouvent souvent en situation d'échec.
─ La formation des maîtres, insuffisante au temps
des écoles normales d'instituteurs, mal adaptée
au terrain, avec les IUFM ( et menacée par la dernière
réforme) n'a pas donné aux enseignants les outils
permettant de donner un enseignement individualisé
et a négligé l'approche globale de la personnalité.
─ Faisant le balancier entre une pédagogie favorisant
la mémorisation puis la découverte, entre l'autorité
ferme et le laisser-aller, confondant l'effort et le jeu,
l'école n'a jamais trouvé le bon équilibre. Elle a étouffé
les initiatives intéressantes, celles d'un Célestin Freinet
par exemple.
Maurice Maschino a décrit dans un livre l'école de la
lâcheté. L'expression est peut-être sévère. Mais elle
nous invite à réagir.


à suivre


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