SENEGAL : GUET-NDAR, le village de pêcheurs




L'Européen qui pénètre pour la première fois dans
Guet-Ndar, le village de pêcheurs de Saint-Louis
( à 260 km au nord de Dakar) subit aussitôt un choc :
il a devant les yeux une image impressionnante de
l'Afrique pauvre ─ mais pleine de vitalité ─ qui
défend les valeurs éternelles de solidarité, d'altruisme.


Coincé d'un côté entre la mer et le fleuve, et le
cimetière de l'autre ( cimetière étonnant où les tombes
marquées par des piquets de fer ou de bois sont
recouvertes de filets de pêche), le village compte
actuellement près de 20 000 habitants. C'est un
enchevêtrement de petites maisons en dur et de
baraques sans confort, où l'hygiène est rudimentaire.
Dans ces maisons imbriquées les unes dans les autres,
on pratique la solidarité.
─ Ici, m'a expliqué Malick, un responsable des
pêcheurs qui m'accompagnait, un enfant orphelin n'est
pas abandonné. Il vit parmi nous. Et les jeunes pêcheurs
aident ceux qui ont pris leur retraite.

Les pêcheurs de Guet-Ndar ont le sens de l'hospitalité.
Dans une petite pièce où les meubles sont rares,


j'ai goûté le thié bou diene que la maîtresse de
maison avait préparé à mon intention.
Nous étions tous en rond, assis à même le sol.
Le plat unique à base de poissons était dans une grande
marmite. La dame triturait une boulette puis la tendait
aux invités. Chacun mangeait avec les doigts.
Cette façon de faire n'est sans doute pas conforme aux
règles d'hygiène que nous avons apprises en Europe.
Qu'importe ! L'essentiel était la qualité de l'échange
que nous avions autour de ce plat délicieux.
De cette rencontre, j' ai surtout retenu l'énergie de ces
femmes de pêcheurs qui luttent pour faire reconnaître
leurs droits.


A la tombée du jour, l'arrivée des pêcheurs sur la
plage est un spectacle grandiose. Au même instant,
dans une chorégraphie bien au point, on voit des
centaines d'hommes au corps d'athlète quitter leur
bateau léger et courir, avec leur lourde caisse remplie
de poisson sur la tête, vers les camions qui les
attendent.


Plus loin, sur des centaines de mètres, c'est
l'alignement d'une multitude de tables sommaires sur
lesquelles le poisson sèche au soleil en dégageant une
odeur envahissante que la chaleur renforce.


La vie à Guet-Ndar est difficile. Il faut aller de plus en
plus loin pour ramener le poisson. Le village s'agrandit
à un rythme rapide. Quel est l'avenir de ces pêcheurs
menacés par la mondialisation ? Seul un changement de
cap de l'économie mondiale permettrait de l'envisager
avec optimisme.



Poisson en train de sécher sur la plage

Commentaires