FRANCIS PONGE


Ponge


En écrivant ce matin un billet sur Francis Ponge, mon objectif est modeste : donner envie de le lire à ceux qui ne sont pas familiers de son œuvre, à ceux qui pensent qu’il est un auteur difficile.
Bien sûr d’éminents intellectuels ont disséqué les écrits de Ponge sous tous les angles. En 1975, un colloque a eu lieu à Cerisy pendant onze jours, en sa présence : Ponge inventeur et classique. Il avait répondu à l’invitation sans doute par courtoisie mais laissait entendre dans ses réponses que toutes les exégèses qu’on faisait sur son œuvre dépassaient sa pensée :
— Je suis un homme simple, relativement ignorant, dit-il. Et sans doute lassé d’entendre toujours les mêmes spécialistes prendre la parole il demanda de laisser d’abord les jeunes s’exprimer.
Car contrairement à ce que l’on pense trop souvent, la poésie de Ponge s'adresse aussi aux jeunes et — j’ai pu le vérifier — même à des enfants d’une dizaine d’années.

Francis Ponge a parfois douté de son appartenance au monde des poètes. C’est vrai qu’il y occupe une place à part, loin des poètes classiques ou des modernes qui défendent la conception traditionnelle, celle qui donne au langage un pouvoir.
Les textes de Ponge ne contiennent aucun lyrisme, l’homme y est souvent absent. Ponge donne l’initiative aux choses, aux objets communs : le cageot, la lessiveuse, l’édredon, la cruche, l’appareil du téléphone…Aucun poète avant lui ne s'est intéressé à ces choses banales. 
Les titres d’un des recueils les plus lus, Le parti pris des choses, évoquent les leçons de choses d’autrefois : pluie, les mûres, l’orange, l’huître, le cycle des saisons…
Chaque thème donne lieu à une définition, à une description d’une grande rigueur scientifique, et soudain, au détour d’une phrase, survient un calembour, une association inattendue, un trait d’humour. Ce travail sur les mots et la précision des descriptions caractérisent le style de Ponge et en font l’un des poètes majeurs du 20e siècle.

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