LES AMOURS JAUNES

de Tristan Corbière




Mon billet du 3 juin était consacré à Tristan Corbière. Sa vie fut très courte, son œuvre n’est pas abondante. Elle se résume  essentiellement à un seul livre : Les amours jaunes, recueil de poèmes publié en 1873. Corbière avait alors 28 ans.

Ce  livre, pourtant, a suffi à faire évoluer la poésie, à la faire sortir de la prosodie impeccable des Victor Hugo, Lamartine et Leconte de Lisle pour  prendre un nouveau tournant qui conduira à Apollinaire et à la poésie moderne.
Verlaine fut l’ un des premiers à comprendre le talent du poète : « Corbière était en chair et en os tout bêtement… Son vers vit, rit, pleure très peu, se moque bien, et blague encore mieux. »
Corbière aurait pu s’ apitoyer sur sa souffrance physique, sur ses amours déçues, il a préféré manier l’ humour, l’ ironie, jouant parfois avec les mots comme le feront plus tard les surréalistes.
Il n’ hésite pas à parodier La Fontaine dans Le poète et la cigale pour évoquer son amie Armida, inspiratrice des Amours Jaunes,ou à prolonger à sa façon le poème d’Hugo, Oceano Nox :
« O poète, gardez pour vous vos chants d’ aveugle….
Laissez-les donc rouler, terriens parvenus ! »
Dans son Epitaphe, l’excentricité et l’ humour de Corbière apparaissent à chaque vers :
« Mélange adultère de tout :
De la fortune et pas le sou,
De l’énergie et pas de force,
La Liberté, mais une entorse. »

Cependant, de temps à autre, le poète ne veut plus ( ne peut plus ?) cacher sa détresse. Il la crie dans des vers pathétiques, comme dans Le crapaud :
«  — Un crapaud ! — Pourquoi cette peur
Près de moi, ton soldat fidèle ?
…..
— Il chante. — Horreur !! — Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son œil de lumière…
Non : il s’ en va, froid sous sa pierre.
………………………………………..........
Bonsoir — ce crapaud-là c’ est moi.

Tristan Corbière, un poète à découvrir ou à relire.

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