n°1040 : Coup de cœur - Le Bateau ivre

Coup de cœur, cette nouvelle rubrique veut mettre en valeur des gens, des œuvres, des lieux, des faits qui, dans le monde rude d’aujourd’hui, réconfortent et apportent des moments appréciables de bonheur. 


  
Le Bateau ivre (1871)

       Quand un amateur de poésie lit un poème, il lui arrive de penser :
― Voilà des vers que j’aurais aimé écrire !
C’est ce que je me suis dit quand j’ai découvert le Bateau ivre :

« Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs. »


Arthur Rimbaud a écrit le Bateau ivre en 1871 ; il avait 17 ans. Tant de maturité à cet âge est surprenant. D’autres au même âge cherchent encore leur voie, ils essaient d’imiter maladroitement les grands maîtres. Lui dépassait déjà bon nombre de poètes renommés.


Il avait 17 ans et il n’avait jamais vu la mer mais il la devinait, il la réinventait. 
Ce long poème composé de 25 quatrains est un bouillonnement d’images, de métaphores, de trouvailles étonnantes. C’est le bateau qui s’exprime : après avoir quitté les fleuves tranquilles, il affronte la mer en furie, les tempêtes, le « tohu-bohu ». L’imagination débordante du poète voit des « flots roulant au loin leurs frissons de volets », un « ciel rougeoyant comme un mur », « des archipels sidéraux ».
Mais le « je » utilisé du début à la fin du poème ne désigne pas seulement le bateau ; à travers celui-ci, c’est le jeune homme qui parle :

« J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs ! »


En 1871, Rimbaud est un adolescent rebelle. Il lui arrive de faire l’école buissonnière, pendant la guerre de 1870 il fait ses premières fugues. Il écrit " Mort à Dieu" sur les murs de sa ville (Charleville), il fréquente les cabarets et s'enivre.
Le bateau perdu qu’il décrit, c’est aussi son histoire, celle d’un poète qui se révolte contre une société endormie.
Ne voulait-il pas «changer la vie » ?


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