Ainsi parlait le sage :Les livres


   De nombreux auteurs créent des personnages fictifs  afin d’exprimer leurs utopies et le regard qu’ils portent sur la société. C’est le rôle du Vieux Sage dans la Rumeur du temps.



LES LIVRES

   Malgré les années qui passaient, le vieux sage avait gardé l’enthousiasme de sa jeunesse. Il n’était pas question pour lui de se résigner. “Vivre, c’est lutter” avait-il l’habitude de dire.
Les marches quotidiennes lui permettaient d’entretenir sa forme physique. Son esprit était sans cesse en éveil ; attentif aux faits qui agitaient le monde, il cherchait à les interpréter. Il relisait les Anciens qui l’avaient inspiré quand il était étudiant, il se plongeait avec curiosité dans les analyses des auteurs modernes. 
Entrer dans une librairie était toujours  un plaisir pour lui. Il parcourait toutes les allées, s’arrêtait devant les rayons, à la recherche du livre qui lui apprendrait quelque chose. Lui-même écrivait : son dernier livre Le jour où l’homme sera civilisé était sorti quelques mois plus tôt.

   Il était en train de feuilleter un livre quand une voix lui fit tourner la tête. C’était un vieil ami qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. Trente ans plus tôt, ils avaient partagé les mêmes combats, avaient parlé dans les mêmes salles pour défendre les mêmes causes.

Ils étaient heureux de se revoir.
- Quelle surprise de te voir ici ! dit le sage
- Je suis en vacances dans ta région, répondit l’ami.
Après quelques échanges sur les récents évènements de leur vie, ils poursuivirent la conversation dans un café.
- J’ai lu avec plaisir ton dernier livre. Il m’a fait penser à celui de Thomas More : beaucoup d’utopies qui cinq siècles plus tard ne sont pas encore réalisées.
- Ta remarque est flatteuse, dit le sage mais elle ne me désespère pas. Je sais qu’il faut un temps très long pour faire bouger le monde.
- Si je ne me trompe pas, tu en es à ton huitième livre. Pourquoi écris-tu si peu ?
- Parce que je suis très lent, répondit le sage en souriant. Cela a permis d’épargner quelques arbres ! Plus sérieusement, j’estime qu’un livre doit toujours apporter quelque chose de nouveau. Si j’étais romancier, doué d’une forte imagination comme Balzac ou Zola, j’en aurais sans doute écrit davantage. Moi, je parle de problèmes de société et je ne veux pas faire comme tous ces philosophes d'aujourd'hui, ces auteurs qui publient deux, voire trois livres chaque année et qui, en fait, refont toujours le même livre. Et puis, il y a tant d'ouvrages qui sont inutiles ! Je n’ai jamais voulu tomber dans ce travers... 

Ainsi parlait le sage. 

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