Victor Hugo : Insoumis et visionnaire



Première partie : l’écrivain



   Alors que vient de paraître un livre - les Hugo, chez Grasset - qui cherche à faire tomber Victor Hugo de son piédestal en lui reprochant d’avoir bâti lui-même sa légende, je préfère  mettre l’accent sur les qualités littéraires  et les prises de position de l’auteur ( telles que sa dénonciation de l’esclavage et de la peine de mort), ainsi que ses actions en faveur des plus faibles et  sa vision étonnante de l’avenir de l’humanité.
  
   Comme beaucoup de gens, je dois à l’école mes premiers contacts avec Hugo . Quelques poèmes m’ont profondément marqué et quand je suis devenu enseignant j’ai à mon tour cherché à transmettre l’émotion qu’ils m’avaient procurée.

Victor Hugo était sensible à la misère qui l’entourait. Dans Rencontre il décrit  de manière poignante le sort de quatre orphelins livrés à eux-mêmes :

«Pour l'instant, ils mangeaient derrière une broussaille,
Cachés, et plus tremblants que le faon qui tressaille,
Car souvent on les bat, on les chasse toujours !
C'est ainsi qu'innocents condamnés, tous les jours
Ils passent affamés, sous mes murs, sous les vôtres,
Et qu'ils vont au hasard, l'aîné menant les autres.»

La douleur du père dont la fille était morte accidentellement  lui avait inspiré de magnifiques vers :
« Demain dès l’aube à l’heure où le soleil se tait
Je partirai..."
Lui à qui l’on reprochait parfois une certaine grandiloquence, exprimait dans ce texte ses sentiments avec sobriété comme le montrent les deux derniers vers :
« Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.»

La simplicité et l’émotion, on les retrouve dans  La mort d’un chienun poème qui débute par une réflexion répandue  à l’époque : une bête est en train de mourir, ce n’est qu’une bête !

« Un groupe tout à l'heure était là sur la grève,
Regardant quelque chose à terre. - Un chien qui crève !
M'ont crié des enfants ; voilà tout ce que c'est. -
Et j'ai vu sous leurs pieds un vieux chien qui gisait.»
Et puis Victor Hugo exprime sa pensée : le chien est un être sensible et fidèle. Celui dont il parle attendait de revoir une dernière fois son maître, avant de mourir :
« Alors, rouvrant ses yeux pleins d'ombre, exténué, 
Le chien a regardé son maître, a remué 
Une dernière fois sa pauvre vieille queue, 
Puis est mort.» 

   Après avoir découvert le poète, j’ai commencé à lire le romancier. Je choisis  Les Misérables.
J’avais onze ans et comme pendant de longues semaines je devais rester allongé, je lisais davantage que d’habitude. Je suis entré dans l’histoire de Jean Valjean avec une curiosité qui me poussait à lire parfois une partie de la nuit. 
Cet homme condamné au bagne parce qu’il avait faim avait bien sûr ma sympathie car c’était un homme bon; sa confrontation avec un Javert impitoyable et des Thénardier sans scrupules   me tenait en haleine. Et puis il y avait ces personnages attachants, miséreux et courageux comme Fantine, Cosette et Gavroche qui meurt à douze ans pendant l'insurrection républicaine  de Paris, en 1832.
En relisant ce livre des années plus tard, je compris que Victor Hugo avait mis dans les Misérables  des personnages qui correspondaient à ses propres engagements (j’y reviendrai dans la seconde partie) 

Puis je me passionnai pour les pièces de théâtre, pas seulement celles qu’on étudie à l’école: Lucrèce Borgia, Marion de Lorme, Cromwell, Ruy Blas, Marie Tudor...). Des pièces dans lesquelles Hugo, là encore, propage ses idées. 

   Pour toutes ces raisons, Hugo est l'une des grandes figures de l'humanité.

(à suivre: Victor Hugo, homme engagé)



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