Le lézard

L'IMAGE DU WEEK-END


    Comment parler du lézard, petit animal somme toute banal qui laisse indifférent beaucoup de gens, contrairement au crocodile que les hommes craignent ou au varan à la taille monstrueuse ?
Francis Ponge écrivait qu'il ne faut pas  décrire la réalité, ce qui est la tâche du scientifique, mais la faire apparaître, ce qui est l’objectif du poète. Ecoutons ses conseils.

   C'était un   après-midi de juin; assis sur la terrasse d’un bungalow offrant une vue superbe sur la montagne, je rêvassais au soleil (je lézardais aurait pu convenir mais on aurait pu me reprocher cette facilité) lorsque la petite bête a surgi d’un chemin caillouteux et a entrepris de grimper sur la terrasse.
   Pour un homme du Nord, la rencontre d’un lézard n’est pas un événement anodin; ce petit reptile lui inspire la sympathie car il est le signe de vacances ensoleillées et chaudes. Mais il est plus que cela : dès que vous l’apercevez, sa manière de progresser sur le sol, les écailles qui recouvrent son corps, vous délivrent un message. Elles vous rappellent ses ancêtres qui peuplaient la planète au temps lointain où rien ne garantissait que l’espèce humaine verrait le jour des millions d’années plus tard, ce qui est suffisant pour imposer le respect.
   Je regardais donc le lézard, animal discret et prudent, avancer sur une planche; sa progression était chaotique,  il faisait quelques pas avant de s’immobiliser — réfléchissait-il aux éventuels dangers qui le menaçaient avant de décider d’aller plus loin ? — puis reprenait son cheminement hésitant. 
   Et soudain il disparut pour rejoindre un amas de vieilles pierres et de feuilles séchées qui abritait maintes bestioles dont il ferait son repas, m’abandonnant à la rêverie qu’il contribuait à entretenir.

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