Art de vivre - été 2016 n° 6 : Marcher, courir


Marcher, courir

   Depuis que Darwin a écrit L’origine des espèces qui remet  en cause la conception biblique de la naissance de l'univers et de l’apparition de l’homme, de nombreux débats ont eu lieu  pour définir la frontière entre l’homme et l’animal. Une chose est sûre : l’étape cruciale a été celle où nos lointains ancêtres ont adopté la station debout et se sont mis à marcher dans une coordination parfaite des membres inférieurs et un balancement léger des bras qui demeure l’attitude du marcheur contemporain. La station verticale que nous partageons avec les grands singes  a permis le développement du cerveau.

   Dans la vie de chaque être humain, l’instant où le bébé s’élance pour faire ses premiers pas, sous le regard attendri de ses parents, est lui aussi un moment qui compte. Il signifie que l'enfant qui vient d’accomplir ce mouvement entame  sa marche vers l’autonomie, vers de nouvelles découvertes ; il est prêt désormais à élargir son horizon.

La marche a permis à l’homme de  développer sa pensée ; elle contribue à son autonomie, à sa liberté : de nos jours, marcher sur la terre ferme d’un layon, c’est tourner le dos à la société moderne qui cherche à nous enfermer dans un univers d’illusions,  c’est  affirmer à chaque pas  notre appartenance à la nature.

Je partage l’avis de Thoreau qui écrivait : 
« La marche dont je parle n’est en rien apparentée à l’exercice physique...elle est en soi l’entreprise et l’aventure de la journée.»*

   Contrairement au marcheur, le coureur à pied ne recherche pas forcément le contact avec la nature. Tous les terrains lui conviennent, les gravillons d’un sentier, le sable des dunes ou le bitume des villes. Autre différence : pour l’homme ou la femme qui court, l’aspect sportif de l’exercice a de l’importance. Tandis que le marcheur prend son temps et n’hésite pas à s’arrêter pour observer un arbre ou un champignon, le coureur avance en regardant devant lui et en consultant régulièrement son chronomètre; il cherche à améliorer  ses performances en reculant sans cesse ses limites.

   Lorsqu'il se lance dans l’épreuve terrible du marathon, le coureur force l’admiration par son courage quand, à bout de forces au trentième kilomètre, il refuse d’abandonner et poursuit son objectif : franchir la ligne d’arrivée.

   La démarche du marcheur et celle du coureur sont différentes mais un point les rassemble : ils veulent vivre debout.









Commentaires