Art de vivre - été 2016 n° 7: la paresse




« Ils étaient usés à quinze ans
Ils finissaient en débutant
Les douze mois s'appelaient décembre
Quelle vie ont eu nos grand-parents ? »        

   Dans la chanson Jaurès, Jacques Brel rappelle la vie dure des gens du peuple il y a une centaine d’années. Une vie consacrée aux longues heures de  travail dans les champs ou à l’usine pour les hommes  et certaines femmes, celles-ci devant s’occuper aussi des enfants et des travaux ménagers.

  Des gens usés par le travail, cela  ne date pas de la révolution industrielle. La civilisation occidentale s’est construite sur les règles imposées par la religion chrétienne. De tout temps, on a appris aux enfants qu’ils devraient « gagner leur pain à la sueur de leur front » ; et parmi les sept péchés capitaux retenus par l’Église, il y a la paresse qui est selon  Le Robert un « goût pour l’oisiveté » laquelle  est, selon l’expression bien connue, «  la mère de tous les vices ».

    Pour contrebalancer  cette culture du travail qui occupe une place si importante dans la vie de l’être humain, il faut à nouveau affirmer les bienfaits de la paresse.

    Revendiquer le droit à la paresse pour tous ne veut pas dire qu’on refuse le travail. Il s’agit  de redéfinir clairement la place que celui-ci doit prendre dans notre vie et fixer des règles qui protègent le travailleur des abus et de l’exploitation.

   À‭ cause de l‬a société industrielle, le travail a perdu son sens; la division des tâches a réduit le travailleur au rôle d’exécutant et les machines lui ont imposé leur rythme infernal. Enfin n’oublions pas  qu’il a fallu attendre 1936 pour que les gens aient droit aux congés payés, une décision que les conservateurs de l’époque réprouvaient car ils y voyaient « un encouragement à la paresse ».
La paresse !
Peut-être faut-il préciser ce qu’est celle-ci. J’apprécie la définition qu’en donne Rémi Bertrand, un jeune auteur belge, dans Un bouquin n’est pas un livre :

« La paresse est l’art de la lenteur »  et il ajoute :
« Le paresseux ne s’applique pas à ne rien faire, mais à vivre le temps comme un espace de rêverie

  Alors que les gens stressés par un travail trop prenant s’ennuient dès qu’ils n’ont rien à faire, l’adepte de la paresse - pendant une sieste ou quand il se  repose  devant un paysage - profite  de ce moment de sérénité pour réfléchir, chercher l’inspiration, imaginer des choses nouvelles. Il échappe ainsi à l’aliénation qui guette celui qui ne s’évade jamais des contraintes du travail; c’est un homme qui se sent libre et sait goûter les plaisirs de la vie.

   Le vrai paresseux n’est pas celui qui vit au crochet des autres, c’est quelqu’un qui développe sa créativité et qui ne connaît pas l’ennui.

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