Art de vivre -été 2016 n° 8

                                                      Photo Freerangestock.com

LENTEMENT !

   Dans Changer d’ère (la société conviviale)  je consacre un chapitre à la lenteur :
  «Réhabiliter la lenteur, ce n'est pas mener un combat d'arrière-garde.  C'est tout simplement donner la priorité au bon sens afin de retrouver  une certaine qualité de vie. 
   Ce n'est pas non plus faire de la lenteur un dogme. Lorsqu'une vie humaine est en danger, il faut agir de toute urgence. Le transfert vers l'hôpital le plus proche impose la vitesse. 

 Mais en dehors de circonstances exceptionnelles semblables, pourquoi  cette frénésie, ce besoin de vitesse?  Une vitesse porteuse de stress, de risques d' accidents, de dépression, de mort ». 

   La période des vacances est propice à un changement d’habitudes. Débarrassé de l’obligation d’arriver à l’heure au travail, de la course pour ne pas rater le prochain train ou du tracas des embouteillages, le vacancier peut prendre son temps pour visiter un monument, un musée, pour découvrir un paysage. Mais la culture de la vitesse est tellement ancrée dans la tête des gens que certains ne parviennent jamais à vivre calmement.

   Regardez ces touristes japonais  qui visitent la France en groupe : leur temps est tellement compté que leur autocar s’arrête quelques minutes seulement pour qu’ils jettent un coup d’œil sur un château; le temps de prendre une photo, les voilà déjà repartis vers un autre monument !

   Lors d’un voyage organisé en Amérique du Nord, il m’est arrivé de subir les désagréments de ce tourisme des temps modernes.
Nous mangions ce jour-là à proximité des chutes du Niagara, dans un restaurant panoramique tournant dont l’intérêt principal était de pouvoir admirer le paysage superbe. Soudain, au bout de trois quarts d’heure, on nous demanda de partir pour laisser notre place à d’autres personnes. 
Dans ce cas précis, le souci de rentabilité l’emportait sur le bien-être du client. On appliquait à la lettre le vieux dicton « Le temps c’est de l’argent ».

   Là se trouve le cœur  du problème : la vitesse que le monde moderne nous impose n’a qu’un but, enrichir ceux qui produisent; pour cela, les objets doivent être fabriqués le plus vite possible, le livreur et la caissière aux salaires de misère doivent se presser pour être plus rentables.

  Choisir la lenteur, c’est résister à ce système qui ne se soucie pas des dégâts qu’il provoque. 
Aujourd’hui, celui qui rêve d’aller toujours plus vite fait fausse route. La qualité de vie a besoin de lenteur.





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