Lire et relire : George Sand



Sa vie

   Dans mon dernier billet, j’abordais le thème de l’émancipation après avoir évoqué la semaine dernière la vie et l’œuvre de Colette qui fut une femme refusant les codes de son époque. Avant elle, George Sand (1804-1876) avait montré la voie. Elle fut une femme émancipée qui scandalisa ses contemporains par son comportement et ses idées. Une autre auteure qu’on relit avec plaisir.

   Amantine  Lucile Dupin est née dans un milieu aisé et cultivé.
Quand elle épousa à dix-huit ans Casimir Dudevant et qu’elle devint mère d’un garçon puis d’une fille, on aurait pu penser qu’elle mènerait la vie tranquille d’une bourgeoise de son siècle. Il n’en fut rien.
   En rencontrant Jules Sandeau, elle décida de vivre en femme libre et manifesta son esprit rebelle en s’habillant comme un homme et en prenant un pseudonyme masculin, George Sand.
   Ses amants sont célèbres : les poètes Alfred de Vigny et Musset, le musicien Frédéric Chopin. Mais sa vie amoureuse ne l’empêcha pas de mener un combat politique. Profondément républicaine, elle fut séduite par les idées socialistes et défendit les ouvriers, les paysans, les pauvres.

Relire  La Mare au diable

   Georges Sand fut une auteure prolifique. Entre 1829 et 1846, elle écrivit une centaine de romans, nouvelles et récits. Deux d’entre eux m’ont marqué : la Mare au diable qui parut en feuilleton en 1846, et la Petite Fadette (1849). J'ai lu ces livres alors que j’avais dix ans.

    Le livre la Mare au diable a pour cadre le Berry et l’histoire a pour héros des gens simples : des paysans.

  Germain, veuf de 28 ans, est poussé par son beau-père à se remarier avec une veuve d'un village voisin. Il part la rencontrer, accompagné de son fils, Pierre, et de Marie, une jeune fille de seize ans qui veut être bergère. Les trois se perdent dans la forêt et passent la nuit dans un  endroit appelé la « Mare au diable ». Germain tombe amoureux de la jeune fille. Quand vient le matin, il part seul rencontrer la veuve. Il apprend alors que celle-ci a déjà trois autres prétendants. Au retour, il constate que Marie est partie précipitamment. Quand il la retrouve, il la protège du fermier qui lui avait fait des avances…

   De cette histoire somme toute banale, George Sand va tirer un livre engagé, ce qui n’était pas apparu clairement dans le feuilleton paru dans le Courrier français.

   Dans le livre publié en 1848, elle ajoute une préface qu’elle appelle Notice. Celle-ci est accompagnée d’une gravure de Hans Holbein : le Laboureur. Suivent quatre vers en vieux français :
« À la sueur de ton visaige
Tu gaigneras ta pauvre vie,
Après long travail et usaige,
Voicy la mort qui te convie »

En commentant ce tableau, George Sand fait passer quelques idées qui confirment son humanisme :
« Cette pensée stoïcienne du christianisme demi-païen de la Renaissance est-elle bien consolante, et les âmes religieuses y trouvent-elles leur compte ? L’ambitieux, le fourbe, le tyran, le débauché, tous ces pécheurs superbes qui abusent de la vie, et que la mort tient par les cheveux, vont être punis, sans doute ; mais l’aveugle, le mendiant, le fou, le pauvre paysan, sont-ils dédommagés de leur longue misère par la seule réflexion que la mort n’est pas un mal pour eux ? Non ! Une tristesse implacable, une effroyable fatalité pèse sur l’œuvre de l’artiste. Cela ressemble à une malédiction amère lancée sur le sort de l’humanité. »

Plus loin, elle écrit :  
« Il faut que le laboureur, en semant son blé, sache qu’il travaille à l’œuvre de vie, et non qu’il se réjouisse de ce que la mort marche à ses côtés. Il faut enfin que la mort ne soit plus ni le châtiment de la prospérité, ni la consolation de la détresse. »

Relire un livre qu’on avait lu dans sa jeunesse permet de comprendre des pensées difficilement accessibles pour l’enfant.

Pour relire ce livre cliquez ici : La mare au diable

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