Lire et relire : Supervielle





   Dans une interview, Léo Ferré avait déclaré que « la poésie ne se vend pas, ne s’est jamais vendue et ne se vendra jamais. » Il ajoutait :
« Elle n’est lue que par quelques maniaques et des universitaires qui la comprennent mal. »
Léo Ferré n’avait pas complètement tort mais, plus optimiste que lui, je pense qu’il est toujours possible de partager la poésie et de la faire aimer.

   Bien sûr, quand l’idée vient de relire un livre, beaucoup de gens pensent à un roman mais pour ceux qui aiment la poésie, le réflexe de relire un recueil de poèmes est une chose banale, un peu comme celui de réécouter un disque d’un chanteur qu’on apprécie.
   L’exercice est d’autant plus intéressant que la relecture de textes poétiques permet de découvrir de nouvelles choses, de trouver de nouvelles interprétations.
Intéressons-nous aujourd’hui à un poète que je considère comme un des meilleurs du 20e siècle, Supervielle.

Jules Supervielle : sa vie

   Il est né à Montevideo en 1884 d’un père béarnais et d’une mère basque. La même année, ses parents rentrent en France et meurent brutalement.
En 1886, un oncle et sa femme ramènent le petit Louis en Uruguay et l’élèvent comme leur propre fils. Ils s’installent en 1894 à Paris où Louis poursuit ses études.
Il écrit ses premiers poèmes à quatorze ans.
En 1907, il épouse Pilar Saavedra. Le couple aura six enfants.
Régulièrement Supervielle retourne en Uruguay.
À partir de 1922, année de la publication de Débarcadères, les livres se succèdent ; il s’agit de recueils de poésie, de romans, de nouvelles, de contes et de pièces de théâtre.
Jules Supervielle est mort à Paris en 1960.

Un livre : Gravitations - 1925 (1)

   La poésie de Supervielle a la particularité d’être profonde ; elle aborde les questions métaphysiques, l’inquiétude de l’Homme devant un monde qui reste mystérieux, en y mêlant un humour et une volonté de fraterniser avec celui-ci, tout cela exprimé avec des mots simples. C'est ce qui explique que ses poèmes plaisent aussi bien à un enfant de dix ans qu’à un lecteur adulte exigeant.

   Comme Léo Ferré, je pense que les commentaires savants sur la poésie ont peu d’intérêt. S’il est possible d’analyser le style, d’étudier le choix des mots, de dire qu’un texte plaît ou non, il est présomptueux de prétendre expliquer ce que le poète a voulu dire ; en tant que lecteur, il est plus raisonnable d’exprimer ce qu’on ressent en lisant un poème.

   Ainsi, en lisant Gravitations, on note les différents centres d’intérêt de Supervielle. Le livre débute par des textes parlant des gens (le portrait, une enfant, l’âme et l’enfant) puis il est question de la lune, des astres, des étoiles, de la terre (mot qui revient de nombreuses fois). L’univers est sans doute le thème préféré du poète ; mais il ne néglige pas le monde vivant : le chêne, le peuplier, la biche, le cheval …les êtres humains.

Supervielle imagine le futur :
« Un jour la Terre ne sera
Qu’un aveugle espace qui tourne... »

Et il rappelle sans cesse son appartenance au cosmos :
« Pour avoir mis le pied
Sur le cœur de la nuit
Je suis un homme pris
Dans les rêts étoilés. »
( extrait de Vivre)


(1) Gravitations est publié dans la collection Poésie/Gallimard, précédé de Débarcadères









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