Grandes figures n°13



A. Schweitzer Esquisse crayon(1)

Albert SCHWEITZER (1875-1965)

L'homme " renaturé "

   Bien qu'il soit né dans la deuxième partie du 19e siècle, à une époque où l'ère industrielle commençait à imposer sa vision de la société qui met l'homme à son service et l'enferme dans l'univers étroit du travail et de la docilité, Albert Schweitzer a mené sa vie en homme renaturé (2), curieux de tout et soucieux des autres. Certains pourraient dire qu'il fut un « touche-à-tout » ; cette expression ne convient pas trop à sa personnalité complexe qui lui valut la notoriété et aussi quelques critiques injustifiées.

   Né en Alsace, de parents français devenus allemands après la défaite de 1871, Albert Schweitzer ne devint français qu'après le traité de Versailles, en 1919. Il a toujours assumé sa double culture.
  Sa vie privée peut se résumer en une phrase : après une longue relation avec Hélène Bresslau, il se maria avec elle en 1912 et le couple eut une fille, Rhéna.

  Homme de culture, Schweitzer fut musicien (il jouait de l'orgue et donna de nombreux concerts), il enseigna la théologie, écrivit des récits et des ouvrages philosophiques. 
  Passionné par l'Afrique, il entama des études pour devenir médecin « afin de se mettre au service des autres ». Lors de ses nombreux séjours à Lambaréné (Gabon), d'abord avec sa femme puis seul, il soigna et opéra des milliers de malades, dans des conditions précaires, surtout les premières années.
Albert Schweitzer était un pacifiste ; il défendait la diversité des cultures. Cela lui valut de recevoir le prix Nobel de la paix en 1952. 

Le respect de la vie

   Les défenseurs de la cause animale s'entendent souvent dire qu'ils feraient mieux de s'intéresser aux humains. La vie d'Albert Schweitzer confirme l'inanité de cette remarque.
  Dès son plus jeune âge, il a fait le lien entre l'aide apportée aux humains et aux non-humains : pour lui, le respect de la vie sous toutes ses formes était une obligation morale.
En 1912, dans un cours à l'université de Strasbourg, il déclare que la responsabilité de l'être humain à l'égard de tous les êtres vivants est " le combat à mener".
   Dans son livre Antispéciste, Aymeric Caron cite ce passage extrait de Ma vie et ma pensée (paru en 1960) :
« Pour l’homme véritablement moral, toute vie est sacrée, même celle qui du point de vue humain semble inférieure. Il n’établira de distinction que sous la contrainte de la nécessité, notamment lorsqu’il lui faudra choisir entre deux vies laquelle préserver, laquelle sacrifier. (…) Attaché comme je le suis depuis ma jeunesse à la cause de la protection des animaux, j’éprouve comme une joie particulière que l’éthique universelle du respect de la vie montre dans la pitié envers les créatures, si souvent raillée comme une attitude sentimentale, une obligation réelle, à laquelle l’homme pensant ne peut se soustraire. »

  Albert Schweitzer disait qu'« il n'y a pas de hiérarchie de valeurs » dans les espèces ; il respectait « les autres vies qui (comme lui) veulent vivre ». 
Ces paroles sont bien celles d'un antispéciste.


1) d'après photo  Bundesarchiv, Bild 183-D0116-0041-019 / Inconnu / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 de 

https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=53615722

2) Selon Jean-Marie Pelt, l'homme renaturé est celui qui dépasse l'instinct de puissance et de domination en vue de la seule victoire qui ait un sens : celle que l'homme conquiert sur lui-même.

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