Ainsi parlait le sage n°19


De nombreux auteurs créent des personnages fictifs 
afin d’exprimer leurs utopies 
et le regard qu’ils portent sur la société. 
Tel est le rôle du Vieux Sage 
qui apparaît régulièrement dans ce blog.



LA VIOLENCE

   À la fin de l’été, le Sage s’interrogeait encore pour savoir s’il allait continuer les causeries qu’il donnait pour l’Université populaire de sa ville. Il avait accepté quelques années plus tôt d’intervenir bénévolement pour celle-ci parce qu’il aimait échanger avec les jeunes générations, mais il se demandait si le moment n’était pas venu de se retirer de la vie publique.
   Son entourage avait réussi à le persuader de continuer tant que sa santé le lui permettrait en lui citant les noms de personnages qui poursuivaient leur carrière dans la littérature, la philosophie, le théâtre, la chanson, alors qu’ils avaient dix ans de plus que lui.
    Le vieux sage avait donc repris le chemin de l’amphithéâtre et dès qu’il était entré dans la grande salle pleine de monde, il avait aussitôt retrouvé l’ambiance qu’il aimait tant. Il reconnaissait des têtes familières, découvrait de nouveaux visages.
Le vieux sage n’aimait pas la routine : chaque année il abordait de nouveaux thèmes et quand il reprenait une question déjà vue, c’était pour la voir sous un angle différent. 

   Après quelques mots de bienvenue, le sage lança le débat :
- Nous allons parler aujourd’hui de la violence, cette manifestation brutale de la force qui s'abat sur l'humanité depuis ses débuts, qu'elle soit individuelle ou collective.
   Aristote disait qu’il est normal de s’emporter quand les circonstances le demandent. Mais est-il nécessaire d’utiliser la violence pour répondre à la violence ? La légitime défense résout rarement  les problèmes. Quand il s’agit d’un pays, ne risque-t-elle pas plutôt de les envenimer ?
   Sur cette question, je me range volontiers du côté d’Alain qui pensait que " le pire des maux est peut-être que la justice se fasse par la force " car cela conduit à la détester. 

   Quand on ne cherche pas à arrêter un conflit par la concertation et qu’on préfère rendre les coups, c’est toujours un échec pour la raison. Répondre par les armes, c’est ajouter de la violence à la violence ; dans une guerre, c’est faire des victimes innocentes, et cela me semble inadmissible.
J’aimerais que le monde écoute enfin le message de Gandhi qui a tant agi pour faire avancer l’idée de non-violence :
« "En opposant la haine à la haine, on ne fait que la répandre, en surface comme en profondeur" disait-il. Je vous demande de méditer ce propos.
   Les situations conflictuelles sont nombreuses. Je comprends la révolte contre l'abus d'autorité, contre l'injustice, je la trouve même indispensable. Mais celle-ci doit prendre d'autres voies que la brutalité...

Ainsi parlait le Sage.













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