Léo Ferré


Poète, musicien, chanteur et anarchiste



   Certains intellectuels tiennent des propos méprisants sur la chanson. On en a entendu quelques-uns critiquer la semaine dernière le jury du prix Nobel, coupable à leurs yeux d’avoir attribué le prix de littérature à Bob Dylan.
La poésie doit-elle toujours rester enfermée dans les livres et réservée à une minorité ? Non, elle peut aussi être accompagnée d’une mélodie et séduire alors un large public.

   C’est ce que Bob Dylan et Leonard Cohen font en chantant, et avec eux Brassens, Brel, Barbara et Léo Ferré. Comme autrefois les troubadours et les trouvères, ils expriment dans leurs vers des sentiments, des idées qui touchent les gens par leur beauté et leur originalité.
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   Léo Ferré est né à Monaco , le 24 août 1916, il y a donc cent ans. Alors que l’année tire à sa fin, on peut s’étonner qu’ aucun hommage ne lui ait été rendu à ce jour sur les chaînes de la télévision publique.
À l’heure où tant de programmes frisent la médiocrité, on peut regretter cet oubli.


    Dans le monde de la chanson, Léo Ferré a pris place parmi les plus grands.
Comment expliquer ce succès qui fut cependant assez long à venir (en 1954, avec Pauvre Rutebeuf) ?
Il est dû essentiellement aux qualités musicales et poétiques de l’artiste.
Passionné dès l’enfance par la musique, Léo Ferré fut d’abord membre d’une chorale puis apprit à jouer du piano. La musique classique l’attirait ; en 1954 il composa La symphonie interrompue et on le vit à maintes reprises diriger un orchestre.

   Son talent poétique est indiscutable ; il apparaît dans la plupart de ses chansons. Quand il écrit dans Madame la Misère, en parlant des pauvres gens :
« Quand ils sont assoiffés il se soûlent de larmes

Quand ils ne pleurent plus il crèvent sous le charme
De la nature et des gravats…

il s’agit bien là de poésie.
De même, dans Pépée, chanson dédiée au chimpanzé qu’il avait recueilli, il écrit :
« Tu avais les yeux comme des lucarnes,

Pépée,
Comme on en voit dans le port d'Anvers » 

L'univers poétique de La nuit est également une réussite : Ferré y décrit avec une grande justesse la diversité des activités nocturnes.
Et puis, on ne peut passer sous silence cette magnifique chanson Avec le temps qui est sans doute la plus belle de Léo Ferré.

   Mais il y a aussi la personnalité de l’artiste.
Né dans une famille catholique traditionnelle, marqué par huit années de pensionnat dans un établissement privé, il a réussi à se libérer des contraintes imposées par son éducation ; dès 1947, Léo Ferré manifestait son soutien à la cause libertaire. 
Il a fréquenté le milieu anarchiste et a écrit plusieurs chansons pour ce thème : Graine d’anar, en 1954, et Les anarchistes en 1968. Le double album paru en 1970 s’intitule Amour Anarchie.
   Avec Georges Brassens, il avait aussi montré son opposition à la peine de mort en chantant pour cette cause en 1975.

   Léo Ferré  aimait l’Italie et particulièrement les paysages de Toscane. Il s’est installé en 1970 dans la petite commune de Castellina in ChiantiIl y est mort le 14 juillet 1993.
Ses chansons continuent de vivre.


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