Lire, relire (et écouter) Leonard Cohen



Leonard Cohen est né le 21 septembre 1934 à Westmount (Montreal).
Il est mort le 7 novembre 2016 à Los Angeles.
Il laisse une œuvre abondante (poèmes, textes en prose et chansons) qui font de lui un poète important de notre époque, un artiste "irremplaçable " comme l'a qualifié Elton John.


   J’ai découvert le chanteur dès la sortie de son premier disque en 1967 ; celui-ci contenait notamment Suzanne, Sisters of Mercy et So long Marianne, trois sublimes chansons.
Aussitôt séduit par la beauté des paroles et de la musique ainsi que par la voix grave de Leonard Cohen, j’ai tout de suite pensé qu’il rejoindrait les plus grands de la chanson, aux côtés de Brassens et de Brel.

Leonard Cohen en trois ouvrages

1. Poèmes et Chansons (1972)
   Leonard Cohen avait commencé sa carrière en écrivant. Il avait publié des recueils de poèmes et deux romans. La littérature ne lui permettant pas de vivre, il se tourna vers la chanson.
   Aux États-Unis était paru Selected poems, un recueil de textes écrits entre 1956 et 1968. Il fallut attendre 1972 pour trouver en France une sélection de ces poèmes publiés dans la collection 10|18 sous le titre Poèmes et chansons. Ce livre – en édition bilingue - comprenait une centaine de textes.
  C’est ainsi que le talent d’auteur de Leonard Cohen m’apparut, dans toute sa profondeur. Sans la musique qui renforce l’ambiance mélancolique voire dépressive de certains textes, ceux-ci prennent un autre visage quand on les lit. Tout vrai poète s’interroge sur le destin de l’être humain, décrit ses tourments, ses deuils, ses séparations et les moments plus heureux. C’est ce que fait Leonard Cohen. Il nous entraîne dans un univers souvent étrange, que chacun peut interpréter comme il le veut.
Un de ses plus beaux textes est sans doute Suzanne :
«  Suzanne takes you down
to her place near de river…»
On sait d’elle qu'elle « est à moitié folle » et qu’elle porte des haillons et des plumes ; elle « laisse la rivière répondre » aux questions qu’on se pose.
Puis apparaît un Jésus devenu marin et qui annonce que « tous les hommes seront marins » - Tu veux voyager avec lui, les yeux fermés, écrit Cohen.

Et l’on revient à la rivière où nous conduit Suzanne, la femme au miroir. C'est avec elle qu'il parle maintenant de " voyager "les yeux fermés". Il associe ainsi le divin et la femme. 
  Le poème peut paraître parfois obscur ; il ne faut pas chercher à tout comprendre, il faut se laisser bercer par le rythme des vers. Dans une démarche proche du surréalisme, Leonard Cohen, l'énigmatique, fait un travail de vrai poète, à partir d’un fait réel qu’il a lui-même évoqué : sa rencontre avec Suzanne Verdal, épouse du sculpteur A. Vaillancourt, qui fut pour lui un instant de grâce.

2. Poèmes et Chansons 2
   En 1976, chez Christian Bourgois, toujours dans la collection 10|18, paraissait le tome 2 des Poèmes et chansons, un livre regroupant The Spice box of Earth paru en 1961 et Flowers for Hitler(1966) ; le premier est dédié à la mémoire de sa grand-mère et celle de son grand-père, le rabbin Solomon Klinistsky.


   Leonard Cohen était juif et les massacres qui furent commis quand il était enfant l’ont marqué pour toute la vie. Dans les deux livres, les mots qui rappellent cette période de guerre sont nombreux : il y parle de pogrom, de famille assassinée, de femme mutilée, de ghetto, de Goebbels…
Mais il y est aussi question d’amour et d’érotisme. Certains poèmes dégagent une impression d’apaisement :
" Il y a des étoiles / d’une autre vue /et une lune /pour attirer les algues"
(extrait de Song to make me still).
Les trouvailles poétiques sont fréquentes , comme le montrent ces trois vers :
« Avec les lanières du temps / j’attache à ton corps / le cœur d’un homme ( A poem to detain me).

3. Le Livre de Miséricorde : la quête spirituelle
  On ne peut parler de Leonard Cohen sans évoquer un aspect important de sa personnalité : son attachement à la spiritualité qui l’a conduit en 1994 à abandonner l’univers de la chanson pour se retirer dans un monastère bouddhiste. Deux ans plus tard, il devenait moine bouddhiste. En 1994, il reprit ses activités musicales.
Sa quête spirituelle lui inspira un livre de psaumes, Le livre de miséricorde, publié aux États-Unis en 1984 et un an plus tard en France.
Leonard Cohen était juif, il s’intéressait au bouddhisme. Il appelait cela « des chemins ». Pour le croyant qu’il était, ces chemins conduisaient à un dieu créateur.
Quelles que soient ses convictions, le lecteur du Livre de Miséricorde trouvera dans les cinquante psaumes qu'il contient beaucoup de plaisir car les textes sont d'une grande beauté.





















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