Nos héros



   Dans son dernier livre, Ivres paradis, bonheurs héroïques, Boris Cyrulnik aborde un thème qui a traversé les siècles, celui du héros.
« Il est nécessaire d’avoir des héros » dit en substance Cyrulnik. L’enfant en a besoin pour se construire, l’adulte pour se réparer.

   Dans l’Antiquité, le héros était un chef militaire ou un demi-dieu. Les faits de guerre ont longtemps valu à des personnages brutaux et sanguinaires d’être considérés comme des héros.
  Dans la première moitié du 20e siècle, les livres d’histoire vantaient les « exploits » de Vercingétorix, Charlemagne, Jeanne d’Arc, Bayard, Napoléon...Pour ces héros d’autrefois, on passait sous silence le fait que certains d’entre eux avaient envahi les pays voisins, que leurs soldats avaient pillé des villages, violé des femmes, massacré des civils.
   Le mot héros a lentement évolué. Pour Henri-David Thoreau le héros « doit faire justice quoi qu’il en coûte » ; c’est ce qu’il écrit dans son livre De la désobéissance civile ». Le héros est donc pour lui celui qui lutte contre l’injustice, celui qui résiste.
Ce mot désigne aujourd’hui celui qui se distingue par son courage ou ses exploits extraordinaires dans des domaines divers.
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   Les héros de mon enfance étaient des hommes dont j’avais lu les exploits dans les journaux et les livres.
Le premier d’entre eux fut Alain Bombard qu’on connaissait bien à Boulogne-sur-Mer où il avait été interne de 1949 à 1951.
En 1952, Bombard décidait de traverser l’Atlantique sur un canot pneumatique - appelé l’Hérétique –sans emporter de provisions et sans eau potable. Cette expérience de survie en mer dura 65 jours pendant lesquels il parcourut 4 400 kilomètres. Son exploit permit par la suite de sauver de nombreuses vies humaines.

   Les alpinistes qui entreprenaient l’ascension de montagnes mythiques s’élevant à plus de 8 000 mètres en luttant contre le froid et le manque d’oxygène m’impressionnaient : il y avait Maurice Herzog et Lachenal, Edmund Hillary et le sherpa Tensing Norgay.
L’explorateur Paul-Émile Victor qui avait traversé le Groenland dans un traîneau tiré par des chiens faisait partie des héros qui faisaient rêver la jeunesse.
   Il y avait aussi les aviateurs de l’Aéropostale (Mermoz, Saint-Exupéry, Guillaumet…) dont j’avais lu l’histoire. Ils avaient traversé les océans, survolé les montagnes, dans leurs fragiles machines.  Ils avaient connu la panne dans le désert ou dans les Andes. Tous les trois étaient morts en pilotant leur avion.

   Et à côté de ces héros appartenant à l’histoire, il y avait aussi des personnages imaginés par des auteurs : Robinson Crusoé dont on suivait les aventures en pensant à ce qu’on aurait fait à sa place et Jean Valjean, l'ancien forçat symbole d’une société injuste avant de devenir l’homme admirable qui aide les autres, héros tel que le conçoit Thoreau.

  De nos jours les vrais héros  se font rares, les idoles ont pris leur place : ce sont des vedettes du cinéma, de la chanson, du football...







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