Ainsi parlait le Sage n° 20


Le Sage  et la Nature

De nombreux auteurs créent des personnages fictifs afin d’exprimer leurs utopies et le regard qu’ils portent sur la société.  Tel  est le rôle du Vieux Sage qui apparaît régulièrement dans ce blog.



   Décembre touchait à sa fin et le vieux sage s’apprêtait à donner sa dernière causerie de l’année. La période de fêtes dans laquelle on venait d’entrer ne lui plaisait pas beaucoup. Lui qui aimait la simplicité et la frugalité n’avait aucun goût pour les festins au cours desquels on ingurgite tant de plats que les lendemains sont toujours maussades. Il avait une autre idée de la fête.
   Et puis cette année se terminait comme avait commencé la précédente : dans les pleurs, dans la douleur des familles éprouvées par la guerre, par l’exil, par les deuils.
Il avait longtemps hésité avant de choisir le thème de sa nouvelle causerie et comme il voulait envoyer une note d’espérance à son auditoire, il avait décidé de parler de poésie.

Dans un monde qui va mal, il faut chercher des raisons d’espérer, dit-il. Certains trouvent celles-ci dans la religion, d’autres dans la lecture des philosophes ; ce soir, je vous propose d’écouter le poète Paul Verlaine. Un des épisodes les plus noirs de sa vie fut son emprisonnement après avoir tiré deux coups de feu sur son ami Rimbaud. Certains poèmes de Sagesse ont été écrits pendant cette période. La privation de liberté lui a fait mieux apprécier les paysages ordinaires :
« Le ciel est par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !…
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte. »
Verlaine, dans ce recueil,  nous dit qu’on trouve la sagesse quand on peut 
« assister aux scènes du monde
Et suivre la chanson du vent,
Et contempler la mer profonde. »
Et plus loin, il précise que le sage « préférera les paysages » aux « civilisations ». Il énumère tout ce qui apporte sérénité, plaisir ou consolation : il suffit pour cela de regarder l’étoile, l’ortie, l’herbe, le fleuve, les bruyères, la mer...

  Verlaine nous invitait à nous méfier des civilisations. En particulier de la nôtre. De son vivant, la société industrielle n’en était qu’à ses débuts. Elle est devenue de plus en plus matérialiste, de plus en plus insoutenable. En face d’elle, la Nature n’est pas seulement un refuge, elle représente un espoir.

Ainsi parlait le Sage.

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