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lundi 29 février 2016

Regard (2016 - semaine 9) : le Salon de l'Agriculture






Un Salon qui sonne faux

   Le salon de l’Agriculture – ce grand show qui sonne faux tant il reflète peu la réalité – vient de s’ouvrir dans une ambiance particulière car de nombreux agriculteurs, notamment les éleveurs, manifestent depuis plusieurs semaines leur colère.
Que les jeunes fortement endettés souffrent, c’est vrai. Que le nombre de suicides soit supérieur à celui des autres professions est un constat inquiétant.
Les agriculteurs réclament un soutien plus fort de l’État, les éleveurs voudraient que le prix du kilo de viande soit plus élevé. Ces revendications, même si elles aboutissaient, n’auraient aucun effet durable sur leur situation.

   Le système agricole actuel n’est plus viable. La FNSEA se trompe, le ministre de l’Agriculture aussi ; ni l’une ni l’autre ne veulent voir la vérité en face ; ils ne prennent pas en compte les impératifs de la transition : la question écologique, et en ce qui concerne l’élevage ils ne veulent pas voir l’évolution des mentalités, le refus de la souffrance animale. Campant sur des positions rétrogrades, ils ne préparent pas le futur, ils continuent d’ignorer ce que la revue Sciences et Avenir écrivait à son tour dans son dernier numéro : le végétarisme ou une diminution forte de la consommation de viande « apparaît de plus en plus incontournable dans un avenir proche. »

Cet aveuglement rend triste car nous savons tous que nous avons besoin des agriculteurs, non seulement en France mais dans le monde entier.

   Continuer de penser l’agriculture en se retournant vers la logique désastreuse des Trente Glorieuses, refuser d’entrer dans le processus de la transition qui marquera la première moitié du 21e siècle, c’est prendre une voie sans issue.
Pourquoi, chaque année, s’enfoncer dans les illusions d’un Salon inutile ?


mercredi 24 février 2016

Le bonobo, le colonisé et l’homme occidental




    France 4 a offert dernièrement aux téléspectateurs un reportage de qualité sur la situation des bonobos au Congo, un documentaire à la fois décourageant et optimiste parce que, s’il est lamentable de voir une espèce menacée de disparaître à cause de la réduction de son habitat et de la chasse dont elle est victime, il est réconfortant de constater les efforts qui sont faits pour sauver des jeunes bonobos de la mort.
Nous avons vu dans cette émission des êtres pleins de vie, sautant avec joie sur un trampoline comme des enfants heureux, des êtres affectueux s’accrochant à des femmes, mères de substitution indispensables pour redonner l’envie de vivre à ces bébés.
En regardant ces scènes, on a compris que l’action menée par l’association qui a recueilli ces bonobos n’est pas seulement une affaire de biodiversité, elle est plus que cela : il s’agit d'aider des individus ayant une personnalité et une histoire à surmonter le traumatisme causé par la mort des parents.

                                                             *
Bien avant les travaux des éthologues qui ont prouvé l’intelligence et la sensibilité des êtres non humains, Voltaire avait compris ce qu’est un animal. Il écrivait en 1764 dans son Dictionnaire philosophique :
« Quelle pitié, quelle pauvreté, d’avoir dit que les animaux sont des machines privées de connaissances et de sentiments, qui font toujours leurs opérations de la même manière, qui n’apprennent rien, ne perfectionnent rien, etc… ! »
Et son empathie pour les animaux ne se limitait pas à ceux qui sont proches de l’homme, il saluait l’intelligence de l’oiseau qui fait son nid, celle du serin qui répète un air qu’il vient d’entendre…
Vercors, auteur de Zoo ou l’assassin philanthrope, une pièce de théâtre curieuse, voyait dans l’homme un animal dénaturé ; Jocelyne Hubert parlant de cette œuvre a écrit que pour Vercors, « l’animal est un être asservi qui accède à l’humanité par l’éveil de sa conscience. »
Les rapports entre l’homme occidental et l’animal ont été guidés depuis des siècles par le sentiment de supériorité éprouvé par le premier. C’est la même démarche qui a prévalu dans ses rapports avec les autres civilisations. Pour lui, l’Amérindien et l’Africain étaient des sauvages.
« Le monde colonial est un monde manichéiste » écrivait Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre, en 1961. Il ajoutait :
« Parfois ce manichéisme va jusqu’au bout de sa logique et déshumanise le colonisé. À proprement parler, il l’animalise…Le langage du colon, quand il parle au colonisé, est un langage zoologique. »


Cette similitude de comportement vis-à-vis d’hommes vivant autrement et d’animaux considérés comme des objets persiste aujourd’hui sous d’autres formes : xénophobie, esclavage moderne d’un côté, cruauté ( corrida, expérimentations, etc…) de l’autre.

lundi 22 février 2016

Regard(2016 - semaine 8)





 EN ATTENDANT LE SURSAUT

   Les jours et les semaines passent et se ressemblent. Si l’on peut se rassurer en pensant à un avenir meilleur, il n'est pas facile d'endurer cette période curieuse qui n’est pas seulement la fin d’une époque, mais le temps du n’importe quoi.
Chaque jour, il faut s’attendre au pire. Les libertés sont mises en cause ; les principes de l’écologie qui n’appartiennent pas à un parti et ne devraient pas relever d’un ministère (toutes les politiques, les transports, l'agriculture, l'industrie, l'éducation...devraient être écologisés) sont oubliés ou dénaturés.
Pour sa part, un ancien ministre appartenant à l’opposition, ignorant sans doute les préconisations des scientifiques pour préserver la planète, veut ignorer royalement l’écologie en supprimant le principe de précaution, en exploitant le gaz de schiste et en autorisant les OGM !

En ce qui concerne le social, voilà que le droit du travail, sous prétexte de simplification, va être réformé au détriment des travailleurs.
Jusqu’où ira-t-on dans la dérive ? Le sursaut salutaire est-il pour demain ?
                                                          *
  Le monde de la littérature est à nouveau en deuil. Umberto Eco était un de ces érudits s’intéressant à de nombreuses questions (la philosophie, la sémiotique, la linguistique), surtout connu en tant que romancier.
Homme d’esprit, il nous laisse des milliers de phrases qui peuvent nourrir nos réflexions. En voici deux :
« Ou se rebeller ou trahir, on ne nous laisse pas le choix,nous les simples. »
(dans le Roman de la Rose - 1980)
« La télévision abrutit les gens cultivés et cultive les gens qui mènent une vie abrutissante. »


C’était aussi un enseignant. Heureux élèves qui l'ont eu pour professeur !


samedi 20 février 2016

Un musée, un tableau : Albi, Toulouse-Lautrec



Quand je découvre une ville, je ne manque jamais la visite d’un de ses musées. Il m’arrive aussi de me rendre dans une ville uniquement pour voir une exposition qui me paraît importante.

Aujourd’hui : le musée d’Albi

Le musée d’Albi, situé dans le centre historique de la ville, est consacré à l’enfant du pays, Henri de Toulouse-Lautrec dont les tableaux et les affiches sont aujourd’hui visibles dans de nombreux musées à travers le monde.




Un tableau de Toulouse-Lautrec

   Contrairement aux Impressionnistes qui aimaient se rendre à la mer ou à la campagne pour peindre les paysages qu’ils avaient devant les yeux, Toulouse-Lautrec préférait représenter des êtres humains, particulièrement des femmes.
Le tableau Au salon de la rue des Moulins, peint en 1894 est peut-être celui qui illustre le mieux son univers. 
Toulouse-Lautrec l’Albigeois avait choisi de vivre dans le quartier de la Butte Montmartre. Il y croisait des gens menant une vie de bohême : des chanteuses, des danseuses, des prostituées et parfois aussi de petits délinquants.
Dans ce tableau, le peintre présente une maison close où quelques femmes en peignoir ou en combinaison attendent, le regard vague, assises sur des coussins rembourrés, dans un silence pesant. Aucune ne parle, on ne sait à quoi elles pensent, mais on devine leur tristesse, celle de femmes qui n’ont pu accomplir leurs rêves.




vendredi 19 février 2016

n°1041 - Un mot, une idée : Romanesque




ROMANESQUE
   Le plus simple,‭ ‬me semble-t-il,‭ ‬pour définir ce qui est romanesque,‭ ‬c’est de partir de son contraire.‭ ‬Le Robert en cite quatre :‭ ‬banal,‭ ‬plat,‭ ‬prosaïque et réaliste.
Cette définition en creux nous ramène à l’origine du roman,‭ ‬tel qu’il apparaissait au Moyen-Âge.‭ ‬C’était une poésie qui racontait des histoires fabuleuses,‭ ‬merveilleuses,‭ ‬des récits décrivant les exploits,‭ ‬les amours de héros imaginaires qui finissaient parfois mal comme dans la légende de Tristan et Iseut,‭ ‬roman écrit au XIIe siècle,‭ ‬un long poème contenant plus de‭ ‬4 000‭ ‬vers.

Au fil des siècles,‭ ‬le personnage romanesque est le héros‭ ( ‬parfois l’héroïne‭) ‬qui accomplit‭ ‬toujours une mission‭ ‬dans laquelle il‭ (‬ou elle‭) ‬se lance pour‭ ‬chercher ce qui lui manque‭ ‬:‭ ‬la gloire,‭ ‬l‭’‬amour,‭ ‬la fortune ou parfois pour mener une action de bravoure.‭ 

Ce genre de héros a tendance à disparaître dans la seconde moitié du XXe siècle.‭ ‬Les romanciers surréalistes inventent des personnages‭ ‬bizarres.‭ ‬Le seul lien qu’ils‭ ‬ont avec le romanesque est leur irréalité.‭ 
Quant au nouveau roman,‭ ‬il tord le cou au romanesque ‭;‬ le personnage‭ ‬devient un‭ ‬antihéros.

Mais le romanesque ne se trouve pas seulement dans la littérature.‭ ‬De nombreux anonymes refusent d’avoir une vie banale,‭ ‬ils aiment l’aventure,‭ ‬les surprises,‭ ‬les prises de risque...

Des personnages célèbres ont eu une vie qu’on peut qualifier de romanesque,‭ ‬tel Arthur Rimbaud,‭ ‬qui a abandonné la poésie à‭ ‬25‭ ‬ans pour vivre en Orient puis est devenu contremaître à Chypre, enfin marchand d’armes en Ethiopie avant de mourir dans les bras de sa sœur à Marseille après une longue agonie.

Derrière la vie tranquille des uns et la recherche de romanesque des autres,‭ ‬se pose donc la question de la quête du bonheur.
Un bonheur que l’une ou l’autre‭  ‬des deux façons de vivre ne garantit pas forcément.






lundi 15 février 2016

Regard (2016 - semaine 7)





La course pathétique au pouvoir

   J’ai une profonde reconnaissance envers les êtres qui dans leur domaine ont agi – et ceux qui agissent encore - pour faire évoluer l’humanité, améliorer le sort des gens, enrichir la pensée universelle, préserver la nature et le vivant.
Je pourrais en citer de nombreux, je me contenterai de rappeler quelques noms : Galilée, Jean-Jacques Rousseau, Darwin, Victor Hugo, Louise Michel, Jean Jaurès, Gandhi, Jean Moulin, Luther Martin King, Nelson Mandela…
À  ces noms, il faudrait ajouter tous les anonymes qui ont défendu de belles causes, ceux qui ont travaillé dans l’ombre pour défendre les libertés, pour faire évoluer les lois sociales…
Nous le savons aujourd’hui, le sort de l’humanité est lié à l’état de la planète, aux animaux qui eux aussi respirent, se nourrissent et ont besoin de bien-être, au monde végétal auquel l’homme doit tant.

Ces vérités basiques se retrouvent chez de nombreux philosophes, elles devraient être l’axe de toute action humaine, dans la vie quotidienne comme dans la politique.
Toute action qui s’éloigne de ces principes ne peut qu’être destructrice.

Je respecte ceux qui par la pertinence de leurs écrits, par la persévérance dans l’action connaissent la notoriété ; leurs idées, leurs inventions contribuent à l'évolution de l'humanité.

À côté d’eux, comme elle me paraît dérisoire la course effrénée vers une parcelle de pouvoir, pour l’obtention d’un poste dans un gouvernement sans idéal, dont le seul but est la survie, la lutte pour garder une place, au prix de reniements et de trahisons !
Chercher une once de pouvoir pour satisfaire une ambition personnelle, comme viennent de le faire quelques écologistes, c'est pathétique. 
L'écologie qui devrait être au cœur du projet pour la société du 21e siècle ne méritait pas une telle dénaturation. 




samedi 13 février 2016

Une photo, une phrase n° 23 : Une ruelle, un soir de mai




J'aime fixer l’instant que j'ai apprécié ou qui m'a ému. C'est pourquoi lors de mes promenades, de mes déplacements, de mes voyages, j’emporte presque toujours avec moi un appareil photo, outil idéal pour garder les images que la mémoire pourrait oublier.

Une ruelle, un soir de mai


  
La photo

Cette photo a été prise un soir de mai à Athènes.
C’est une habitude dans les pays du Sud : dès qu’il fait beau, devant les restaurants on installe des tables. 

La phrase

Le soir tombait sur Athènes et dans cette ruelle proche de l’Acropole les lanternes étaient déjà allumées, une jeune fille au beau sourire invitait les passants à regarder la carte des menus, certains passaient devant elle, impassibles, d’autres, lassés de chercher un restaurant sympathique, se laissaient tenter ; c’est l’un des charmes des villes du Sud : manger dehors, en sentant la douceur de l’air tout en regardant de temps en temps vivre la ville.



mercredi 10 février 2016

n° 1036 : Langue française, Orthographe





Les réseaux sociaux se sont enflammés ces derniers jours à propos d’une supposée réforme de l’orthographe. En réalité, des manuels scolaires ont choisi d’appliquer  les rectifications orthographiques proposées  en 1990 afin de rendre plus simple l’orthographe de  certains mots ou de supprimer certaines incohérences. Ces rectifications faisaient suite à   un rapport du Conseil supérieur français de la langue française.

Laissons d’abord de côté la polémique sur la baisse du niveau des élèves d’aujourd’hui en orthographe, aucune étude scientifique ne permettant un jugement serein. J’ai lu des lettres écrites à la fin du 19e siècle et au début du 20e. Les unes contenaient très peu de fautes, d’autres en été remplies. 
Madame de Sévigné massacrait l’orthographe, cela ne l’a pas empêchée d’être reconnue pour ses qualités littérataires.
L’orthographe et les langues en général doivent-elles rester figées ? Bien sûr que non, elles n’ont cessé d’évoluer à travers les siècles. Des milliers de mots ont été intégrés dans le français contemporain à la suite d’inventions, de découvertes, de faits sociaux nouveaux (abribus, francophonie, marketing, répondeur...).

L’orthographe n’a jamais cessé de subir des modifications. Voici un extrait de la Ballade des pendus de François Villon (1431-1463):
Frères humains qui apres nous vivez 
N'ayez les cuers contre nous endurciz, 
Car, se pitié de nous pauvres avez, 
Dieu en aura plus tost de vous merciz. 
Dans ces quatre vers,  six mots ont évolué.

En voici un autre. Il s’agit d’un passage  de la Vertu aimable de Montaigne( 1563- 1592) tiré des  Essais  : 
La plus expresse marque de la sagesse, c'est une esjouissance constante : son estat est comme des choses au dessus de la lune, tousjours serein. C'est Baroco et Baralipton, qui rendent leurs supposts ainsi crotez et enfumez ; ce n'est pas elle, ils ne la cognoissent que par ouyr dire. Comment ? elle faict estat de sereiner les tempestes de l'ame, et d'apprendre la faim et les fiebvres à rire... Elle a pour son but, la vertu : qui n'est pas, comme dit l'eschole, plantée à la teste d'un mont coupé, rabotteux et inaccessible. 
Dans ce texte, on compte 17 changements par rapport à notre époque.
Ces deux exemples montrent bien des évolutions. Pourquoi faudrait-il aujourd’hui s’interdire certaines rectifications ?

L’orthographe, malgré son importance, ne doit pas être un critère déterminant de sélection pour réussir des  examens donnant accès  à certaines professions. Par contre lorsqu’il s’agit d’enseignants, d’écrivains, on attend d’eux qu’ils maîtrisent la langue non seulement écrite mais orale.

De nos jours, c’est plutôt l’appauvrissement de la langue, l’utilisation d’un vocabulaire plus restreint, les libertés prises avec la prononciation qui devraient inquiéter. 
Quand dans la bouche d’un journaliste, le Parc des Princes devient le Parque des Princes, quand un autre annonce une tempête dans l’este   de la France, ce ne sont pas seulement les oreilles qui souffrent. 
Les auteurs  qui massacrent la langue française en ne respectant pas ses règles sont plus blâmables que l’élève qui fait une faute au mot chlorophylle.

lundi 8 février 2016

Regard( 2016 - semaine 6) : Quatre figures de la culture





Actualité : Quatre figures de la culture

Ils ont fait parler d’eux récemment pour différentes raisons, ce sont tous des hommes et une femme qui représentent, chacun à sa manière, la diversité de la culture : Christiane Taubira, Alain Finkielkraut, Félicien Marceau, Jacques Rivette.

Christiane Taubira est une femme politique respectable qui assume ses idées humanistes et refuse les compromissions. Choquée par le projet de déchéance de nationalité visant une partie des Français, elle a décidé de quitter le gouvernement. 
Elle est avant tout une femme de culture. Il suffit de l’écouter : elle manie la langue avec subtilité et ironie et n’hésite pas à glisser dans ses discours quelques vers d’Aimé Césaire ou de Senghor et quand elle écrit, elle montre dans ses phrases toute sa finesse. 
Dans les Murmures à la jeunesse, son dernier livre, on lit par exemple : “ Il faut fendre les eaux tumultueuses jusqu’au cœur du tourbillon.” Cest plus beau que du Houellebecq.
Critiquée lourdement sur un plateau de télé par Yann Moix pour ses phrases  que - selon lui - des jeunes ne peuvent comprendre ( il évoquait le fait qu'elle cite Félix Guattari dans son livre), elle répond sereinement et défend au passage ses “ murmures”, chuchotements qu’elle préfère aux hurlements inaudibles.

Alain Finkielkraut, l’ancien professeur de français et de philosophie, vient d’être reçu à l’Académie française. On se rappelle l’émotion que son élection avait suscitée car le personnage s’est illustré par des positions conservatrices qui l’ont conduit à certains excès.
Curieux parcours que le sien : il a été maoïste dans sa jeunesse  avant de glisser progressivement vers une idéologie à la fois élitiste (en matière de culture) et de repli sur soi.

Le hasard a voulu que Finkielkraut prononce lors de son intronisation l’éloge d’un auteur contesté lui aussi : Félicien Marceau, romancier d’origine belge condamné en 1946 à quinze ans de travaux forcés qui avaient entraîné la perte de sa nationalité.On lui reprochait son attitude ambigüe pendant l’Occupation. En 1959, de Gaulle lui accorda la nationalité française.
Sur le plan littéraire, on peut apprécier le style fluide de Félicien Marceau, récompensé par le Goncourt en 1969 pour son livre Creezy. 

Le cinéma est à nouveau en deuil. Après Ettore Scola, c’est Jacques Rivette qui vient de nous quitter. Cinéaste de la Nouvelle vague, homme discret, Rivette laisse une œuvre originale marquée par la volonté d’expérimenter sans cesse. Deux films ont marqué sa carrière : La Religieuse ( d’après Diderot)  en 1967 et la Belle Noiseuse, avec Emmanuelle Béart et Michel Piccoli en 1974.



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samedi 6 février 2016

Une photo, une phrase n° 22 : le Teide

J'aime fixer l’instant que j'ai apprécié ou qui m'a ému. C'est pourquoi lors de mes promenades, de mes déplacements, de mes voyages, j’emporte  presque toujours  avec moi  un appareil photo, outil idéal pour garder  les images que la mémoire pourrait oublier.



La photo : Le Teide

Le Teide (pico del Teide en espagnol) domine l’île de Ténérife. C’est le plus haut sommet d’Espagne ( 3715 mètres ).
La dernière éruption de ce volcan  remonte à 1909.



La phrase
En revoyant aujourd’hui cette photo du Teide, prise il y a quelques années, je voudrais rendre hommage à Jean-Marie Pelt  qui nous a quitté dernièrement et qui nous a fait partager dans ses livres (Le Tour du Monde d’un écologiste et sa suite Le nouveau Tour du Monde)  ses émotions de voyageur  amoureux  de la nature et à qui l'on doit une description admirable de ce volcan étonnant aux  paysages modelés par la lave, si différents les uns des autres et qu’on découvre au fur et à mesure qu'on monte vers le sommet, surpris et fasciné par tant de beautés. 

vendredi 5 février 2016

Coup de cœur n°1 : Nos voisins belges


Coup de cœur, cette nouvelle rubrique veut  mettre en valeur des gens, des œuvres, des lieux, des faits qui, dans le monde rude d’aujourd’hui, réconfortent et apportent des moments appréciables de bonheur. 



Nos voisins belges

Les Belges sont nos amis proches à cause d’une histoire commune. Les enfants belges et français apprennent à l’école la vie des mêmes  personnages : Clovis, Charlemagne, Charles Quint (né à Gand), Napoléon, les mêmes évènements survenus depuis l’époque de la Gaule jusqu’à la seconde guerre mondiale.
Nous partageons avec les Wallons la langue française et dans le Hainaut on parle encore le picard comme dans ma région. Quant au néerlandais, c’est aussi une belle langue. Il suffit d’avoir entendu Jacques Brel chanter Le plat pays ou Marieke en néerlandais pour en être convaincu.
Pour le nordiste que je suis, les Belges sont proches aussi géographiquement : la frontière belge est à moins d’une heure de route de chez moi ; la capitale régionale est plus éloignée.

La Belgique est le pays étranger où je suis allé le plus souvent : des centaines de fois pour me rendre aux Pays-Bas et à maintes reprises pour y passer quelques jours de vacances.
Toutes les villes que j’ai vues ont beaucoup de charme : Ostende sur la mer du nord, Bruges, Gand, Anvers, Bruxelles, Tournai sur l’Escaut. J’ai beaucoup aimé Dinant que traverse la Meuse, Namur au confluent de la Sambre et de la Meuse et Malmédy sous la neige, dans les Ardennes. 

L'ESCAUT A TOURNAI

Mais la beauté des villes et des paysages ne suffit pas à faire aimer un pays, le caractère de ses habitants a son importance. En ce qui concerne nos voisins belges, ils ont toutes les qualités qui rendent la vie plus facile. Il suffit d’écouter un débat à la radio ou à la télé pour constater que l’ambiance est détendue, il suffit d’entrer dans un café, un restaurant, un hôtel pour voir que le Belge est attentionné.
Le Belge est placide, modeste, il a de l’humour (Philippe Geluck le montre), il est serviable.
J’en ai eu la preuve, un jour de mai 1968, pendant la longue grève. Je me rendais ce jour-là à La Haye et sur la route, entre Gand et Anvers, ma voiture est tombée en panne. J’étais au bord de la route au milieu d’un village. Une jeune femme arrive, gare sa voiture devant sa maison. Elle vient vers moi :
- Vous avez un problème ?
Je lui explique la situation. Elle me répond :
- Je vais vous conduire à la gare, elle est à 20 kilomètres seulement !
Je la remercie pour sa gentillesse, puis j’ajoute :
- Mais il y a le problème de la  voiture !
- Ne vous inquiétez pas, me répond-elle. Je m’en occupe, elle sera réparée quand vous repasserez.
Deux jours plus tard, elle avait tenu parole.

Voilà une histoire belge authentique qui explique pourquoi on ne peut qu'avoir de la sympathie pour la Belgique.


mercredi 3 février 2016

n°1032 - Un mot, une idée : changer


Je renoue aujourd’hui avec un exercice pratiqué à maintes reprises dans les rubriques Le mot de la semaine, La leçon des choses, Un mot une idée : choisir un mot et à partir de celui-ci développer quelques idées, au gré de l’inspiration.


CHANGER

   Voilà un mot banal, utilisé fréquemment dans des circonstances variées, un mot aux multiples sens, un mot pour lequel le dictionnaire des idées par les mots ( analogique) propose  une bonne centaine d’entrées, ainsi qu’un lien vers trois autres mots ( banque, place, progrès).
Le but n’étant pas ici de faire une étude lexicale fouillée, je me contenterai d’évoquer le mot sous quelques aspects seulement.
Changer, c’est d’abord remplacer. Vous faites une promenade à vélo ; tout à coup vous sentez que le pneu de la roue avant se dégonfle, il va falloir changer la chambre à air (car vous n’avez pas ce qu’il faut pour la réparer) et vous n’êtes pas un-e spécialiste, vous voilà bien ennuyé-e !
Par contre, l’idée de changer de voiture comblera de joie tous les amateurs d’automobiles.
La différence est dans la préposition de.

Les hommes politiques utilisent beaucoup le mot changer ou le nom correspondant.
Ainsi, M. Sarkozy aime répéter qu’il a beaucoup changé ces derniers temps. Il l’avait déjà dit il y a quatre ans, il le dit à nouveau dans son dernier livre en regrettant d’avoir proféré des injures indignes d’un président. Il a aussi souvent changé de position ( voir le mariage pour tous). Le qualificatif changeant lui convient bien.

M. Hollande se présentait en 2012 comme l’homme du changement. L’électeur naïf avait pensé qu’il proposait un changement de politique pour réduire les inégalités, le chômage, les pollutions. Personne n’avait pensé qu’il s’agissait seulement d’un changement de locataire de l’Elysée.

Changer, c’est aussi (se) transformer, comme dans la phrase de Tolstoï dont j’ai fait ma devise : « Chacun pense à changer le monde, mais personne ne pense à se changer soi-même.» 
Cette phrase peut être reprise aujourd’hui pour illustrer la situation dans laquelle se trouve le monde. Elle invite chacun de nous à prendre ses responsabilités en modifiant son comportement, son mode de vie. Tâche difficile dans un monde où l’on aime parler de  changement tout en gardant un état d’esprit conservateur.
Finalement, il est plus facile de changer d’idée que de changer ses habitudes.


lundi 1 février 2016

n° 1031 - Regard( 2016 semaine 5 )

L


QUAND LES ENFANTS SONT LES VICTIMES

Le XXe siècle qui a été marqué par une accélération exceptionnelle de la transformation du monde - avec les conséquences qu’on subit  aujourd’hui - a été aussi un siècle d’ignominies au cours desquels les enfants n’ont pas été épargnés.

Je regardais hier, sur France Ô, un très beau film réalisé par Phillip Noyce,  Les Chemins de la Liberté, basé sur une histoire vraie.
Nous sommes en 1931, en Australie, dans un village proche du désert de Gibson où trois filles Molly, âgée de 14 ans, sa sœur Daisy ( 8 ans) et leur cousine Gracie (11 ans) vivent heureuses avec leurs mères. Elles sont Aborigènes ; cela signifie qu’elles sont les héritières de la plus vieille culture du monde.
À cette époque, l’Etat kidnappait les enfants aborigènes pour les enfermer dans des camps où les conditions de vie étaient très dures et ils recevaient un enseignement religieux ( catholique dans le film).
Sur ordre du protecteur en chef des Aborigènes pour l’Australie occidentale - c’était le titre officiel - ( rôle interprété par l’excellent Kenneth Branagh), les trois filles furent enlevées et conduite au camp de Moore River, à plus de 2000 kilomètres de leur village.
Grâce à la volonté farouche de l’aînée et à son intelligence vive, les fillettes réussissent à s’échapper du camp et à déjouer les pièges tendus par l’autorité coloniale qui les poursuit avec acharnement. 
Le film montre cette marche interminable et poignante vers la liberté, deux mille kilomètres parcourus à pied dans un milieu aride.

Ces dérives liées à la colonisation n’ont pas été les seules. Dans la décennie qui a suivi, la barbarie nazie sévit en envoyant dans les camps de l’horreur des enfants juifs par milliers.
Et en ce début de siècle, les enfants continuent  de souffrir et de mourir  de  faim, d’autres tombent sous les bombes, se noient dans des embarcations de fortune, ou se retrouvent dans des camps où les conditions de vie sont indignes. 
Ces deux dernières années, plus de 10 000 enfants migrants ont disparu en Europe ; c’est l'agence de coordination policière Europol qui vient de l’annoncer.  Le crime organisé serait en cause. Pendant ce temps, l’accueil des migrants provoque l'hostilité d'une grande partie de la population. 
L’idée sécuritaire l’emporte sur l’humanisme.

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