Une gare le soir


À propos du texte


   Les sources d’inspiration qui aboutissent à l’écriture d’un poème sont multiples. Elles surgissent toujours dans un « état de rêverie » où l’esprit vagabonde. Des mots, des images apparaissent alors. Il faudra encore un long temps de travail pour que le poème ait sa forme définitive.
Le poème Une gare le soir, écrit en 2014, retouché ces jours-ci, est né d’une impression ressentie un soir où, fatigué de voyager à travers la France et l’Europe depuis vingt ans pour participer à des réunions ou donner des conférences, j’ai eu envie de rester davantage chez moi pour écrire.

  C’est une erreur de croire que la poésie moderne demande moins d'efforts  à l’auteur que la poésie classique.
Dans celle-ci, le rythme est donné par la structure régulière des vers (par exemple 12 pieds – 6+6 - dans l’alexandrin) :
Nous avons tant marché sur les chemins du monde.

Dans la poésie libre, le rythme est plus difficile à trouver.

   Quant à la rime, elle contribue à la musicalité du texte (parfois de manière artificielle comme dans ce vers de Victor Hugo :
« La terre est de granit, les ruisseaux sont de marbre »* où marbre est utilisé pour rimer avec arbre car c’est le seul mot possible.
Dans le vers libre, le poète échappe à ce piège, il place les assonances là où il veut et les allitérations sont possibles :
par exemple flottent des effleuves fétides dans le texte ci-dessous.

Mais en fin de compte le travail sur les mots a autant d’importance dans les deux formes de poésie.


* extrait de Nature

Une gare le soir


Le long des murs gris de la gare
suinte l'ennui
et près des bars
flottent 
des effluves fétides.

Peu à peu je me suis lassé

des voyages trop longs
et des hôtels sans âme,
des couloirs de métro
où les regards s'évitent

Et je déteste les gares désertes.

C'est l'heure où la mer
que le soleil couchant enflamme
est si belle.

Sur la digue tous deux nous marcherions ce soir
entre les goélands imperturbables.
À l'horizon peut-être
les falaises blanches
de la côte anglaise
se détacheraient
et la fraîcheur salée des embruns
viendrait taquiner nos visages.

Le dernier train va partir.

Dans ce bruit que j'entends 
je devine déjà
le murmure des vagues.


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