n° 1236 : Lire et relire Stefan Zweig



L’homme 

   Stefan Zweig (1881-1942) fait partie des grands écrivains européens, à côté d’Alberto Moravia, de Milan Kundera, d’Albert Camus…
   L’auteur est étonnant par la diversité et la qualité de ses œuvres. Il a exploré toutes les formes de l’écriture : la poésie, la nouvelle, le roman, l’essai, le théâtre ; il fut aussi traducteur (notamment de Verhaeren, Verlaine, Rimbaud.. .) et biographe (on lui doit entre autres un très intéressant portrait de Romain Rolland).
    L’homme avait de multiples facettes.
Deux femmes ont partagé sa vie : la première, Friderike Burger qu’il avait rencontrée en 1912 et épousée en 1920, la seconde Lotte Altmann qui décidera de mourir avec lui en 1942.

   Fidèle en amitié, Zweig se lia avec Freud, Romain Rolland, Georges Duhamel, Jules Romains, le poète belge Émile Verhaeren...
   C’était un pacifiste militant et il se sentait profondément Européen. Juif né en Autriche, il ne supporta pas la montée du nazisme et partit s’installer en Angleterre ; il devint plus tard citoyen anglais.
   Pour trouver la paix de l’esprit, il fit alors de nombreux voyages en Amérique du Nord, au Brésil, revint en Autriche, en Angleterre. Le 15 août 1941, sa femme et lui partirent au Brésil où ils s’installèrent.

   En février 1942, Zweig le pacifiste est accablé par la victoire du nazisme. Son épouse et lui décident de mettre fin à leurs jours.
   Leur mort provoqua un choc en France où l’écrivain était venu à plusieurs reprises pour donner des conférences.

 Vingt-quatre heures de la vie d’une femme

   Tous les livres de Stefan Zweig méritent d'être lus. Parmi les ouvrages brefs - celui-ci   compte environ 120 pages - est considéré comme une de ses plus belles réussites.
Le cadre de l’histoire  
On est dans une petite pension de famille de la Riviera, quelques années avant la première guerre mondiale. Les clients appartiennent à la bourgeoisie et viennent de divers pays.
Les personnages principaux 
Ils sont au nombre de quatre. Il y a Mme Henriette « fine, délicate et très réservée ».*
Elle a deux filles âgées de douze et treize ans, son mari est un industriel lyonnais « corpulent ».
Le deuxième est un jeune Français arrivé  au train de midi ; il est élégant, d’une grande beauté, aimable.
Et puis le narrateur et une vieille dame anglaise distinguée qui évoque les souvenirs que réveille l’aventure à laquelle elle assiste.
L’histoire 
Vers onze heures du soir, le mari de Mme Henriette se met à crier, réveillant toute la pension :
- Ma femme m’a abandonné ! » dit-il, effondré.
Une lettre laissée par la fugitive permet de comprendre qu’elle est partie avec le jeune homme arrivé le jour même.
Pourquoi lire ce livre ?
C’est d’abord le style de Stefan Zweig qui séduit, son souci du détail, sa finesse dans l’observation des gens. Ici, les réactions de la majorité des pensionnaires traduisent leur hostilité à l’attitude de Mme Henriette. Refusant l’explication du coup de foudre, " ils ne voyaient ( dans cette aventure) qu’une folie et une fade imagination romanesque. »
Seuls le narrateur et la vieille dame anglaise se montrent compréhensifs. 
Sans aucun doute  Stefan Zweig se range du côté  de ceux qui comprennent la passion ravageuse.

* Les parties  en italique sont extraites du livre.




Commentaires