Ainsi parlait le sage n°22



    De nombreux auteurs créent des personnages fictifs  afin d’exprimer leurs utopies et le regard qu’ils portent sur la société. 
C’est le rôle du Vieux Sage qui apparaît régulièrement dans ce blog.





On n'oublie jamais ses racines


    Depuis quelque temps, une idée trottait dans la tête du vieux sage : il souhaitait revoir son pays natal qu’il avait quitté quarante ans plus tôt.
   Une partie de sa famille vivait encore au Chili. Il y avait sa sœur cadette et son mari, des neveux et des nièces ; certains avaient été exécutés par les sbires de Pinochet, d’autres, comme lui, avaient quitté le pays au milieu des années 70 pour échapper à la dictature. Il en avait revu quelques-uns qui étaient venus lui rendre visite en France.
   Pourquoi soudain cette envie de retourner sur les lieux où il avait connu dans sa jeunesse des instants de bonheur mais où il avait aussi subi comme ses compagnons de lutte des souffrances atroces qu’il n’avait jamais oubliées ?
   Peut-être pour apaiser les douleurs qui l’accompagnaient depuis des années ? Mais il y avait une raison plus profonde qu’il avait expliquée récemment à un ami :

Quand je suis arrivé en France, je venais de passer quelques années horribles que je cherchais à oublier. J’ai eu la chance d’être bien accueilli.
   À cette époque-là, l’ambiance n’était pas la même qu’aujourd’hui. Quand je vois le sort qu’on réserve à ces pauvres exilés qu’on laisse vivre dans la boue, dans le froid, j'ai honte.

   Moi j’ai été rapidement naturalisé, j’ai vite retrouvé un travail. Je me sentais Français. Mais cela ne signifiait pas que je pensais avoir des ancêtres gaulois. La culture que mes parents et mes professeurs m’avaient inculquée était toujours présente. Je continuais de lire et relire les écrivains chiliens, Gabriela Mistral, Pablo Neruda...J’avais toujours à l’esprit des images de Valparaiso où j’ai vécu dans ma jeunesse, de Viña del Mar où nous allions nous promener le dimanche.
     Même quand on change de nationalité, on n’oublie jamais ses racines. Les politiques qui parlent d’assimilation devraient le savoir.
  Je veux revoir mon pays natal pour faire revivre les souvenirs enfouis, pour voir ce qui a changé, pour retrouver les sensations dont j’ai été privé par ce long exil forcé.

  Ainsi parlait le sage.


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