Des vies : Le pigeon



    Lors des voyages que j’ai eu l’occasion de faire, j’ai été frappé par la présence du pigeon dans la plupart des grandes villes. 
    Certaines scènes m'ont marqué. Sur la place Saint Marc à Venise, ils étaient des centaines à marcher au milieu des touristes. À Rome, sur la place Saint-Pierre, un pigeon solitaire restait là, immobile ; son plumage grisâtre s’accordait avec la couleur du pavé et le chemin de ciment sur lequel il s’était posé ; j'ai voulu garder une trace de ces nuances de gris ( photo ci-dessus). D’autres, à Paris et à Athènes, plus effrontés, avaient choisi de se reposer au sommet de statues qui embellissaient les parcs.

  Le pigeon donne l’impression de vivre au milieu des hommes dans l'indifférence. Il ne craint pas les passants qui le frôlent. En réalité, toute son attention se porte sur le sol : il cherche patiemment la miette de pain, le morceau de gâteau abandonné par négligence ou maladresse par le promeneur. Le pigeon est un éboueur efficace.
   Malheureusement pour lui, cette contribution à la propreté des villes est gâchée par son irrespect qui le conduit à salir les chefs d'œuvre de l'architecture mondiale. Cela lui vaut d'être pourchassé par ceux qui lui reprochent aussi ses roucoulements pourtant bien plus agréables que les pétarades des motos.
   L'homme moderne oublie que les pigeons ( bisets, ramiers et colombins) ont abandonné au fil des siècles leurs forêts, leurs falaises ou leurs rochers pour vivre au cœur des villes à cause des hommes qui ont détruit leur milieu naturel.

   Comme le moineau, citadin lui aussi, le pigeon est un oiseau qu'on ne prend plus le temps de regarder tant il est devenu familier. Certes on peut penser que les couleurs ternes de son plumage - dans lesquelles dominent des gris qui rappellent les nuages annonciateurs de pluie - ne sont pas très attrayantes mais on ne peut nier qu’il y a chez lui une certaine élégance. Cela n’est pas le plus important. 

    Ce qui étonne le plus chez le pigeon, c’est sa capacité à s’orienter dans l’espace. Cette caractéristique du pigeon voyageur est longtemps restée un mystère ; on commence à comprendre le processus qui lui permet de retrouver si facilement sa route : il possède un sens magnétique terrestre qui serait logé dans le bec ou dans les yeux.
   L’homme a utilisé les qualités du pigeon voyageur pour transmettre des messages urgents et importants, en période de guerre, en 1870 lors du siège de Paris par les Prussiens et pendant les deux guerres mondiales.
   Les missions de ces oiseaux étaient dangereuses : ils devaient affronter les émissions de gaz et des fumées toxiques, . Beaucoup d’entre eux ne retrouvèrent pas leur colombier, d’autres furent blessés. Leur dévouement fut reconnu par les autorités militaires. Des monuments ont été dressés pour qu’on se souvienne de leur sacrifice.




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