Simone Veil : Une vie (le livre)




   Hormis les intégristes qui lui ont reproché d’avoir défendu la loi autorisant l’IVG, la personnalité et l’action de Simone Veil ont été saluées par des personnes de tous horizons. Il n’est pas étonnant que beaucoup de gens aient souhaité qu’elle repose au Panthéon. Elle fait partie des grandes figures de notre pays et de l’Europe qu’elle a toujours défendue dans un souci de paix que les souffrances endurées dans sa jeunesse motivaient.
    Qui était Simone Veil ?
Je pense que la réponse la plus juste se trouve dans le livre Une vie qu’elle a écrit en 2007 et dans lequel elle évoque quatre-vingts ans de son histoire. Il n’y manque que deux dates importantes de sa vie : le 20 novembre 2008, elle avait été élue à l’Académie française et en 2013, c'était le décès de son mari Antoine.


                                                                                *
    Simone Jacob est née dans une famille soudée. Ses parents étaient juifs et laïcs. Ils se sentaient juifs « non pour des raisons religieuses mais culturelles ». Simone Veil  se dit athée.
   Son enfance fut heureuse jusqu’en 1940. Cette année-là son père, architecte, n’a plus le droit d’exercer son métier. La « chasse aux Juifs » a commencé.
En 1944, Simone passe le bac le 29 mars (et non en juin) ; elle est reçue et n'a pas encore dix-sept ans.  Quelques jours plus tard, commence « l’enfer », titre du troisième chapitre d’Une vie. C’est le départ pour Drancy, puis Auschwitz-Birkenau. Elle ne reverra pas sa mère morte à Bergen-Belsen ni son père et son frère Jean assassinés en Lituanie. Seules sa sœur Milou et elle reviennent en France, en mai 1945. Pour survivre, il leur avait fallu faire preuve de courage, avoir un fort caractère, bénéficier de solidarités et avoir de la chance.
   À son retour, elle entend des propos "épouvantables". Elle déplore l’antisémitisme rampant qui règne  et devient « dénuée de toute illusion »(p.98).

   Il lui faut désormais revivre. Elle veut d’abord étudier le droit et devenir avocate. À Sciences-Po, elle rencontre Antoine Veil avec qui elle se marie ; deux enfants naissent en 1947 et 1948 ( un troisième naîtra en 1954). 
  Antoine qui était au cabinet d’Alain Poher est nommé en Allemagne. La famille y séjournera pendant trois ans. En 1952, Simone Veil connaît un nouveau drame dans sa vie : c’est après lui avoir rendu visite que sa sœur Milou et son neveu Luc meurent dans un accident de voiture.

   Quand son mari entre à l’ENA, Simone Veil exprime à nouveau son désir de travailler. En 1954, elle est magistrate stagiaire. C’est à cette époque qu’elle affirme clairement ses idées humanistes. La politique coloniale de la France ne lui plaît pas. Elle pense que seul Pierre Mendès France pourrait mettre fin à la guerre du Vietnam. Sur l’Europe, elle s’oppose aux " gaullistes qui ne sont pas assez européens". Elle s’élève contre les conditions déplorables dans lesquelles vivent les détenues. Elle s’engage dans l’action en faveur des handicapés en devenant secrétaire générale de la fondation que Mme Pompidou vient de créer.

   Au printemps 1974, Simone Veil ne pouvait imaginer qu’elle allait bientôt devenir ministre de Jacques Chirac. « J’avais une image d’ouverture qui me situait plutôt à gauche » écrit-elle (p,173) mais elle vote pour Giscard. Ministre de la Santé, elle trouve dans le combat pour la légalisation de l’interruption de grossesse l’occasion de défendre d’une manière magistrale la cause des femmes. La loi est adoptée le 29 novembre 1974 plus facilement que prévu ( 284 voix pour, 189 contre). Le nom de Simone Veil y est attaché pour longtemps encore.


   L’Europe est l'autre cause qu’elle défend avec conviction. En 1979, elle conduit la liste centriste aux élections européennes. Celle-ci arrive nettement en tête et Simone Veil est élue présidente du parlement européen.
  Dans les années 80, la poussée de l’extrême droite l’inquiète et elle commence à se lasser de la politique politicienne. Un personnage l’agace particulièrement : il s’agit de François Bayrou. Elle pense qu’il est « intelligent et dynamique » mais il est « uniquement préoccupé de son propre avenir, l’Élysée. » Lors d’une discussion sur la question des étrangers pour laquelle elle souhaite des positions claires, elle se heurte à Bayrou qui l’accuse d’avoir des « idées gauchistes » qui vont « faire fuir notre électorat » !
Elle décide alors de quitter la politique. Elle entre peu après (en 1998) au Conseil constitutionnel.
   Un dernier drame personnel la touche en 2002 : son fils Nicolas meurt brutalement.
Elle se consacre alors uniquement à « la vie familiale et privée » mais n’oublie jamais l’extermination des Juifs et des Tziganes.
  Dans la dernière page de son livre, elle plaide pour « le respect de l’autre, le rejet de la violence, de l’antisémitisme, du racisme et de la haine. »
Telle était Simone Veil.









Commentaires