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mercredi 28 septembre 2016

Gastronomie


   Gastronomie :  Art de la bonne chère.

   C'est ainsi que le Robert illustré définit la gastronomie en quelques mots. D'un côté, il y a l'art, celui de cuisiniers de talent qui préparent des plats originaux et sophistiqués, de l'autre,  des gourmets qui apprécient la cuisine fine.
Mais cette " bonne chère" est-elle bonne pour la santé, pour l'environnement, est-elle morale ? Autant de questions que nous allons aborder. 


La gastronomie classique

   Comme la chasse et la corrida, la gastronomie fait partie des traditions françaises. Ses défenseurs les plus acharnés refusent de voir ses aspects négatifs car elle appartient, disent-ils, au patrimoine culturel. Selon eux, il ne faut pas toucher au foie gras, à l’agneau de pré salé, au poulet de Bresse et à la sole meunière. Que le plaisir des papilles soit obtenu à la suite de souffrances et de la mort d’animaux qui auraient pu vivre plus longtemps, ces gens-là s’en moquent. Il faut d’abord soutenir les intérêts économiques et satisfaire une clientèle huppée qui ne se soucie pas du montant de l’addition.

   Le film de Marco Ferreri, La grande bouffe, sorti en 1973, donne une idée assez juste – bien qu’il s’agisse d’une fable - de ce qu’est cette gastronomie traditionnelle.
  Rappelons-en la trame. Quatre hommes lassés de leur vie monotone décident de s’enfermer pour organiser « un séminaire gastronomique ». Il s’agit de gens aisés : un grand chef, un magistrat, un pilote d’avion et un présentateur de radio. Leur initiative n’est rien d’autre qu’un suicide collectif ; à la fin, chacun d’eux meurt.
   Dans ce film, Ferreri dénonce la société de consommation et ses excès qui mènent à la destruction des êtres.

  Certes la gastronomie a connu quelques évolutions depuis l’époque de Louis XIV où la variété des plats proposés au roi étonne aujourd’hui. Mais cette notion d’excès existe encore de nos jours. Alors que des millions de gens ne peuvent se nourrir convenablement, le luxe étalé dans les restaurants gastronomiques paraît indécent.
 D’autre part, les plats de la gastronomie traditionnelle étant basés essentiellement sur la viande et le poisson ne répondent pas aux règles que nous imposent l’éthique et l’écologie.
 Pour toutes ces raisons, la gastronomie doit  prendre un nouveau cap.

La gastronomie nouvelle

  Il n’est pas question de remettre en cause les plaisirs de la table : il est toujours agréable de se retrouver dans une ambiance conviviale autour de plats appétissants ; mais il devient nécessaire d’apprendre à goûter de nouvelles saveurs, d’inventer de nouvelles recettes, de privilégier la qualité des produits (place au bio !), de conjuguer sobriété et joie de manger.
Cette gastronomie nouvelle est déjà proposée par de nombreux restaurants à l’étranger ; en France, certains chefs étoilés ont déjà pris conscience des enjeux écologiques :
« La planète a des ressources rares, il faut la consommer plus éthiquement, plus équitablement » a déclaré Alain Ducasse.
La cause animale a été prise en compte également : Joël Robuchon pense que « la cuisine végétarienne sera celle des dix prochaines années.»  
   Enfin, les mentalités commencent à changer !





lundi 26 septembre 2016

La bride sur le cou (semaine 39)


La bride sur le cou:‭ ‬décontracté,‭ ‬détendu,‭ ‬lâché,‭ ‬libre‭ ( ‬Le Robert,‭ ‬dictionnaire des synonymes‭)‬ 



Entre temps long et urgence

   Les périodes de transition ont toujours été marquées par le doute, l’incertitude, l’exploitation par des esprits conservateurs de la peur du futur en imaginant des scénarios catastrophiques. Nous avons droit à toutes ces manifestations depuis que nous avons changé de siècle.

   Au Moyen-Âge, on annonçait la fin du monde ; de nos jours - parmi d’autres sornettes - c’est le fantasme du grand remplacement que portent quelques «intellectuels » persuadés que la civilisation française (et plus globalement occidentale) est appelée à disparaître à cause de l’immigration.
   Bien sûr, même si elles ne sont basés sur aucun élément scientifique, toutes les théories fantaisistes doivent être combattues car elles polluent le débat démocratique et entretiennent un climat malsain  de préjugés et de haine. 

  Un autre fait caractérise les périodes de transition : elles s’étalent sur un temps assez long, plusieurs décennies, voire plus d’un siècle. Ainsi, le passage du Moyen-Âge à la Renaissance que les historiens ont fixé à l'an 1453, ne s’est pas fait brutalement ; il a été préparé par des évolutions successives dès la moitié du 14e siècle.

    En ce qui concerne notre époque, la société fraternelle, juste et émancipatrice imaginée par les philosophes du 18e et du 19e siècles n’est toujours pas mise en place. Pourtant il existe dans notre pays une demande forte d’évolution sociale et d’amélioration de la démocratie que le parlement actuel - en raison du système injuste imaginé en 1958 - ne représente pas.

   D’autre part, la transition que nous vivons offre une particularité que les précédentes n’avaient pas : elle réclame des décisions urgentes pour lutter contre le désordre climatique. Nous avons seulement quelques décennies pour éviter que le processus devienne irréversible.
  Or cette lutte ne sera gagnée que si un changement radical en ce qui concerne la production, la consommation, le mode de vie, se produit.

   Entre le temps long habituellement nécessaire lors des transitions et l’urgence, on n’a pas d’autre choix que de prendre la seconde hypothèse. Ce qui paraît évident à beaucoup de citoyens n'a pas encore été accepté par bon nombre de dirigeants.
    
   Je ne peux croire que l'humanité acceptera le désastre futur. Des événements exceptionnels, d’origine humaine ou naturelle, imposeront un jour, avant qu'il ne soit trop tard, les décisions urgentes.

samedi 24 septembre 2016

La phrase du week-end n°5




Le billet du samedi, intitulé La phrase, apporte une réflexion sur des sujets variés (faits de société, littérature, art, voyages, etc.) accompagnée d’une photo et d’un bref commentaire.

La bonne école

Tableau de Jean Geoffroy
« La bonne école est celle où la personnalité de chaque élève est prise en compte, c’est une école où aucun jeune n’est en situation d’échec, une école qui donne l’envie d’apprendre et de coopérer, qui développe l’esprit critique, où chacun se sent heureux, c’est une école émancipatrice. »

Commentaire :

Bien entendu cette école idéale n’existe pas en France
 où les vieilles querelles sur les méthodes 
entre « anciens » et « modernes » sont pour la plupart dépassées. 
C’est un nouveau regard sur l’école 
et l’éducation en général 
(qui ne relève pas seulement de l’ Éducation nationale) 
qui s’impose, 
un regard enrichi par les récents travaux 
concernant les sciences humaines.


vendredi 23 septembre 2016

Humeurs n° 16



« Ça ne fait rien, nous vivons un temps bien singulier ” 
( Georges Brassens - L’épave)

Les billets regroupés dans cette catégorie illustrent cette sentence qui n’a pas pris une ride depuis 1966.

Trump et Sarkozy, deux Républicains

   L’un se prénomme Donald et il est Américain ; l’autre, Nicolas, est Français, il a des origines hongroises et grecques qu’il a oubliées : il affirme que ses ancêtres sont Gaulois et se voit en nouveau Vercingétorix, malgré le sort tragique du premier héros de l’histoire de France.
   Tous les deux aiment l’argent, tiennent des propos outranciers, n’hésitent pas à dire des contrevérités.Tous les deux appartiennent à un parti nommé les Républicains et l’un et l’autre  veulent être le prochain président de leur pays.

    Quand on pense à l’avenir du monde, il y a des hypothèses qui font froid dans le dos. La possibilité de voir D.Trump  accéder au poste de président inquiète. Voilà un homme d’affaires qui a réussi dans l’immobilier ; il est aussi un grand amuseur qui plaît au public en tant qu’animateur d’une émission de téléréalité, ce qui en soi n’est pas forcément une tare. 
Le danger vient de ses idées : nationaliste, populiste, D.Trump ne cesse d’attaquer les musulmans et il n’aime pas les immigrés. Cet homme est  un danger pour la paix, mais aussi pour l’avenir de l’humanité. Oubliant les études scientifiques sur le dérèglement climatique, il nie le rôle de l’être humain dans la dégradation de l’état de la planète. Aujourd’hui, les États-Unis ne sont certes pas un modèle, mais que serait-ce demain si un tel candidat était élu ?

En France, la situation n’est pas rassurante  non plus. L’extrême droite a déjà marqué des points sur le plan des idées : l’identité nationale, l’obsession sécuritaire, la stigmatisation des musulmans, des Roms, de ceux qu’elle appelle «les assistés» ont déjà été reprises par une partie de la droite et même par d’autres qui se disent de gauche.

  Mais ces jours-ci, ce sont surtout les interventions de N.Sarkozy qui ont choqué beaucoup de citoyens. Son discours sur les devoirs du Français d’origine étrangère est un retour en arrière de soixante ans, à l’époque où dans les écoles, les élèves des colonies françaises devaient apprendre que leurs ancêtres étaient les Gaulois ! 
En 2016, plus personne n'ignore  l’histoire de la France où depuis 2000 ans des habitants de tous les continents se sont installés...
N.Sarkozy qui feint de l'ignorer prône l’assimilation des naturalisés, au mépris du respect des racines de toute femme, de tout homme qui sont tellement utiles pour que chaque personnalité se construise. 

  Comme D.Trump, N.Sarkozy est climatosceptique. Il déclarait en 2008 à la fin du Grenelle de l’environnement : «Notre société  ne peut plus vivre dans le gaspillage,  ne peut plus négliger les conséquences sur l’avenir de la planète de sa façon de vivre, de produire, de consommer ».
  Depuis, il  a changé de discours.  En 2016, il minimise le rôle joué par les activités humaines dans le dérèglement climatique, il remet en cause le principe de précaution mais propose ...un principe de précaution sécuritaire !
    Dans une société sereine, MM Trump et Sarkozy auraient peu de succès ; tous les deux comptent de nombreux supporters. C’est le signe que nous vivons dans un monde déboussolé.

lundi 19 septembre 2016

La bride sur le cou (semaine 38)



La bride sur le cou :‭ ‬décontracté,‭ ‬détendu,‭ ‬lâché,‭ ‬libre‭ (‬Le Robert,‭ ‬dictionnaire des synonymes‭)‬ 

De l'erreur du syndrome du Titanic
à la révolte

   Au début du 20e siècle, deux ans avant la première guerre mondiale, un drame frappa les esprits : le naufrage du Titanic causé par un iceberg qui se dressa sur la route du paquebot, faisant environ 1 500 victimes. 
  Quatre-vingt cinq ans plus tard, le film de James Cameron et l’histoire de ses deux héros, Rose et Jack interprétés par les superbes Kate Winslet et Leonardo Di Caprio, contribua à populariser cet événement tragique.
   Le Titanic est devenu l’un des symboles de l’ère industrielle qui a voulu, avec ce bateau gigantesque, montrer sa force, et n’a finalement montré que sa fragilité en  faisant un seul voyage pour n’avoir pu éviter une énorme masse de glace.

  Pour décrire l’état actuel du monde, Nicolas Hulot a écrit un ouvrage intitulé Le syndrome du Titanic. Dans ce livre, il compare les gens d’aujourd’hui aux passagers du paquebot qui s’amusaient et dansaient pendant que le bateau coulait.

   Cette comparaison contient une grosse erreur : les  gens qui étaient à bord du Titanic n’avaient aucune raison de s’inquiéter. Pour eux, danser n’était pas un signe d’inconscience, d’irresponsabilité, c’était une action naturelle dans le cadre d'une croisière.

   En ce qui concerne l’état de planète, c’est tout le contraire. Je le rappelais récemment, dès 1972, le rapport Nous n’avons qu’une Terre dressait déjà un bilan des problèmes écologiques qui aurait mérité des actions immédiates. 
    L’année suivante, sortait le livre d’Ivan Illich La convivialité dans lequel l'auteur dénonçait les méfaits de l’âge industriel :
« Les nations sur-industrialisées vont être acculées par la menace du chaos»  et il lançait le concept « d’équilibre multidimensionnel de la vie humaine», dessinant ainsi les contours d’une société nouvelle basée sur la liberté retrouvée et l'écologie.

   Depuis plus de quarante ans, la nécessité de passer à un autre mode de développement se fait attendre. Au lieu de s’améliorer, la situation s’est même aggravée en donnant une place plus importante à la finance. Les politiques ont abdiqué, les médias «classiques» se taisent, le système éducatif officiel entérine, beaucoup de citoyens se soumettent.

    Entrevoir un avenir meilleur demande une réaction forte : la révolte.

   Albert Camus écrivait dans L'homme révolté : « Source de vraie vie, (la révolte) nous tient toujours debout dans le mouvement informe et furieux de  l'histoire».

   La révolte ne demande pas de sang, elle réclame de la volonté, du courage ; elle impose de ne pas se taire devant la misère, la pauvreté, l’injustice, la destruction du vivant, la bêtise, le mensonge, le racisme.

La révolte est le moteur de la transformation du monde. 






samedi 17 septembre 2016

La phrase du week-end n°4




Le billet du samedi‭  ‬intitulé‭ ‬La phrase‭ ‬apporte‭ ‬une réflexion sur des sujets variés‭ (‬faits de société,‭ ‬littérature,‭ ‬art,‭ ‬voyages,‭ ‬etc.‭) ‬accompagnée d’une photo et d’un bref commentaire.



Amour maternel

 “ Celui qui prétend encore que l'animal n’est pas un être sensible a-t-il déjà vu une mère (qu'il s'agisse d'une guenon, d'une chienne, d'une chatte ...) qui protège son petit et l'entoure  de tendresse comme le fait toute femme qui aime son bébé ? ”

Commentaire :
Il est loin le temps où philosophes et scientifiques 
pensaient qu’une frontière infranchissable 
séparait  l’homme de l’animal.

 Les travaux de Darwin et les progrès de l’éthologie 
ont permis de rétablir la réalité. 

   Dès l’Antiquité, des personnes avaient eu l’intuition de cette réalité ; 
de nos jours, beaucoup de gens en ont tiré les conséquences 
en refusant de faire souffrir et de tuer tout animal. 

Dans un futur proche,  
l’exploitation de l’animal par l’homme (pour employer un vocabulaire 
utilisé encore par beaucoup de monde)* sera aussi décriée
 que celle " de l’homme par l’homme".

* ou : " l'exploitation de l'animal non humain par l'animal humain "


vendredi 16 septembre 2016

Le vieux sage





  De nombreux auteurs créent des personnages fictifs  afin d’exprimer leurs utopies et le regard qu’ils portent sur la société. Tel est le rôle du Vieux Sage qui apparaît de temps en temps dans ce blog.

Entre tristesse et colère

    Après deux mois passés dans un modeste bungalow posé au bord de la forêt, dans un village où les touristes sont rares, le vieux sage avait regagné sa maison, dans ce coin verdoyant de Normandie qui l’avait accueilli quarante ans plus tôt.

   Depuis son retour, il était partagé entre tristesse et colère. Il n’avait pas encore repris ses causeries ; il n’avait pas de projet de livre et l’inactivité lui était pesante. La promenade quotidienne avec son chien était le  moment de la journée qu’il appréciait le plus.

   Le vieux sage était triste car il ne reconnaissait plus le pays qui lui avait permis de retrouver la liberté et le plaisir de vivre parmi des gens aux opinions variées. Si avec le temps les épreuves subies dans sa jeunesse s’étaient estompées, parfois des images tragiques de la dictature lui revenaient : des amis avaient été torturés, certains étaient morts, lui-même avait connu la répression militaire.

   Depuis un certain temps, il constatait que l’esprit de fraternité n'était plus là. 

  Pendant l’été, une simple histoire de vêtement de plage était devenue une affaire d’état ; à la suite des attentats qui avaient touché plusieurs pays, certains confondaient à dessein les assassins avec les gens sans histoire qui fréquentaient les mosquées. Il avait même entendu un journaliste bien connu pour ses propos outranciers demander qu’on interdise de donner aux bébés français des prénoms étrangers !
  Ceux qui fuyaient leur pays à cause de la guerre ou de la misère n’étaient plus les bienvenus dans certaines villes. Des slogans d’un autre temps étaient à nouveau affichés sur les murs. On y lisait la haine de l'étranger.

   Le vieux sage qui avait toujours pensé comme Rousseau que l’homme naît bon et aime les autres, avait des moments de doute : sans nier le rôle joué par la société dans le comportement de ses semblables, il s’interrogeait sur la nature de l’homme. 

 « S’il ne faut pas généraliser, n’y aurait-il pas chez certains humains une agressivité, un instinct de puissance et de mort qui les poussent à détruire  tout ce qui les entoure et à se détruire eux-mêmes. Et que faire pour qu’ils se civilisent ? »
Il refusait le  pessimisme mais ne pouvait cacher son inquiétude.

Ainsi était le Sage.





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