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lundi 26 août 2019

Chronique d'été n° 6


Tableau de Brueghel

Étés : un peu d’histoire

   
   En remontant dans le temps jusqu'au Moyen-Âge, on constate un clivage d'un autre type, celui existant entre citadins et ruraux.
Dans les campagnes, l'été était la saison où les activités étaient les plus intenses. Femmes et enfants aidaient les hommes quand venait le temps des foins et des moissons, les journées de travail étaient longues, les tâches pénibles. Les fêtes organisées pendant cette période, les repas en commun, les chants et les danses, contribuaient à rendre ces dures semaines de labeur plus supportables. Elles constituaient un mélange des vieilles fêtes païennes, de foi religieuse attribuant des pouvoirs à certains saints, de croyances transmises de génération en génération (par exemple, la cueillette de  plantes dites magiques comme la sauge, la camomille, le millepertuis, la verveine, l'armoise, la fougère mâle, le salsifis sauvage.)
    Le 24 juin, les feux de joie de la Saint-Jean marquant le solstice d'été en Europe, étaient le moment fort de l'été. Les fagots amassés brûlaient toute la nuit. La religion était associée à cette fête, on allait à l'église et le bûcher était béni par le curé. La vertu purificatrice du feu était aussi le prétexte à des actes barbares : jusqu'en 1648, date à laquelle Louis XIV interdit cette pratique, on brûlait des animaux vivants.
  Dans nos campagnes, certains villages continuent de nos jours à fêter la Saint-Jean, mais les rites ont heureusement quelque peu évolué.




lundi 19 août 2019

Chronique d'été n°5

Plage espagnole
Ces mots qui évoquent l’été

    Il existe des dictionnaires qui ont pour ambition d’associer les mots et les idées. Ce sont les dictionnaires analogiques. Le premier parut en France en 1862 ; il fut l’œuvre de P.Boissière. Dans les usuels du Robert, un volume est consacré aux idées par les mots. Au mot été, on trouve les associations suivantes : belle saison, canicule, chaleur, tenue légère, sécheresse, vacances et quelques adjectifs liés à la météo.
Quels sont pour moi les mots qui évoquent l’été ?

La légèreté
   L’été est sans aucun doute la période de l’année où le désir de changer d’air se fait le plus sentir, où l’on veut rompre avec un rythme de vie souvent éprouvant. 
   Si le désir d’évasion peut certes être satisfait  en restant chez soi, chez beaucoup de gens, il est assouvi par un départ vers d’autres lieux. 
   La période des congés permet de vivre d’une façon plus décontractée. Le stress lié au travail disparaît, on abandonne la tenue plus ou moins stricte habituelle et la température ambiante impose des habits légers. On se laisse facilement gagner par une certaine insouciance et l'on apprécie mieux la douceur des choses. L’été donne un sentiment de liberté qu’on aimerait avoir toute l’année.

La plage
   Une grande partie de l’année, les plages sont quasiment désertes. Quand l’été arrive, les gens s’y agglutinent dès qu’apparaît un rayon de soleil.
La plage en été, c’est le plaisir des corps. Marcher, s’allonger sur le sable, être en contact avec l’eau dans laquelle on avance lentement pour goûter sa fraîcheur, nager...Pour beaucoup de gens, ces gestes simples symbolisent les vacances.

La tente
  Voyager au moindre coût, dormir dans une modeste tente canadienne, seul ou à plusieurs,  au bord d’un lac, d’une rivière ou d’un champ, là où la vue  paraît superbe, c’est le charme du camping, tel qu’il était autrefois dans les années 1960 et 1970.
   De nos jours, le camping a changé de forme, il s’est adapté aux goûts à la mode. Il faut plus de confort, des piscines, une animation organisée. Les gens se pressent  dans ces campings par centaines comme ils le font toute l’année dans les supermarchés.
Ceux qui aiment être libres continuent de chercher des endroits plus calmes, au contact de la nature.

Le barbecue
   Voilà un objet qu’on sort surtout par les beaux jours d’été. L’amateur de barbecue reste fidèle à l’appareil d’autrefois, celui dans lequel on dépose du bois ou du charbon de bois et qui demande une bonne technique pour que l’aliment soit cuit à point. Le barbecue électrique ou au gaz n’a pas le même charme. Jadis utilisé uniquement pour cuire des morceaux de viande ou des merguez, on y fait griller maintenant de plus en plus des légumes de toutes sortes car le végétarien et le vegan apprécient aussi le barbecue.

Le hamac
   Il symbolise le plaisir de paresser au soleil ou à l’ombre d’un arbre. Ce rectangle de toile ou de filet qu’on suspend par deux extrémités qui peuvent être en bois ou en acier ou qu’on fixe simplement entre deux arbres est idéal pour celui - ou celle - qui aime rêvasser en plein air. Conçu pour les humains, il arrive que le hamac accueille de temps en temps un animal familier.

Le festival
   Bien sûr, il existe des festivals qui sont organisés toute l’année mais c’est surtout en juillet et en août qu’ils animent de nombreuses villes. La plupart d’entre eux se déroulent en plein air, ils se prolongent tard dans la nuit et sont consacrés à la musique.
   Certains ont acquis une bonne réputation et attirent chaque année un public enthousiaste. Citons entre autres le festival des Vieilles Charrues, les Francofolies, le Main Square d’Arras...
   Le théâtre et le spectacle vivant ont aussi leurs festivals d’été. En France, il y a ceux d’Avignon et de Ramatuelle.
   Ces festivals défendent la culture dans de nombreux pays.



lundi 12 août 2019

Chronique d'été n° 4

LIRE EN VACANCES




   La période des congés offre l’opportunité de se consacrer à des activités qu’on aimerait pratiquer davantage le reste de l’année. Profiter des vacances pour lire quelques ouvrages, c’est ce que font de nombreuses personnes. Pour sortir des ouvrages à la mode que présentent les magazines, on peut s’intéresser à des auteurs qui ont marqué la littérature française ou étrangère. C’est dans cet esprit que je présente dans cette chronique Romain Rolland (1866 - 1944)

   Quelque peu oubliée de nos jours, l'œuvre de Romain Rolland a marqué profondément la première moitié du 20e siècle. Son érudition, son excellente connaissance de l'histoire, de l'art et de la musique ont donné naissance à des ouvrages variés et passionnants.
  Mais c'est surtout son engagement en faveur de la non-violence, de la justice, son combat pacifiste, qui font de cet humaniste un auteur essentiel du siècle dernier.

  Écrivain prolifique, Romain Rolland est aussi un lecteur insatiable. Il a lu avec passion les Souvenirs entomologiques de J.-H. Fabre qu'il évoque dans la correspondance entreprise en 1903 avec Sofia Bertolini Guerrieri-Gonzaga (lettres regroupées dans l'ouvrage Chère Sofia). Dans la lettre datée du 11 septembre 1903, il écrit :
« Je comprends que Beethoven (et Léonard) aient aimé un arbre plus qu'un homme. Depuis deux mois, je vis bien plus avec les arbres qu'avec les hommes. Quels drames que ces combats silencieux des forêts, où racines, branches, buissons, ronces, insectes, animaux, tout est aux prises ! »  
   Ces lignes qui traduisent très bien, disons-le en passant, la réalité de la vie d'une forêt rappellent que l'amour de la nature et l'humanisme sont deux idées complémentaires. Elles nous disent que l'homme, aussi philanthrope soit-il, peut connaître des moments de doute, être déçu par la bassesse, l'indifférence, l'égoïsme, l'étroitesse d'esprit de certains de ses semblables ou tout simplement éprouver un chagrin dû à un deuil, à une rupture...
   L'arbre est alors le refuge vers lequel il se tourne car il est la sérénité, le repère bienveillant et apaisant, l'élément qui le rattache au monde.

  Parmi tous les livres que Romain Rolland a écrit, il est difficile de faire un choix. Jean-Christophe qui comprend dix volumes paraît incontournable. La lecture des Mémoires permet de mieux connaître l’homme qu’il fut.


mardi 6 août 2019

Chronique d'été n° 3

Pendant quelques semaines, le blog se met à l’heure des vacances, en abordant un seul thème : l'été.


Août

   Il y a quelques jours, on apprenait que le jeune Steve Caniço qui avait participé avec ses amis à la fête de la musique à Nantes était mort noyé. L'intervention de la police lors de cette fête a été mise en cause et dans plusieurs villes des gens ont défilé pour marquer leur solidarité avec la victime et sa famille. 
  C’est le temps des vacances mais pour beaucoup de gens, il n'est pas possible d'oublier les drames qu'ils vivent au quotidien ou la pauvreté qui perdure et  empêche la moitié des Français de découvrir d'autres horizons.

                                                                ***
  
      Tous les voyages que j’ai effectués  ont été marqués par la recherche du sens, par le désir de découvrir l’authenticité, de vivre un instant de bonheur en regardant un paysage, un monument, un arbre, une scène... Parfois cet instant remarquable s’est gravé dans ma mémoire. J’ai aussi essayé de le coucher sur le papier pour en faire ressortir la dimension poétique. Car, pour moi, le voyage n’est pas une activité banale encouragée par la société de consommation, c’est une véritable aventure culturelle et humaine qui contribue à l'émancipation.


mardi 30 juillet 2019

Chronique d'été n° 2


Pendant quelques semaines, le blog se met à l’heure des vacances, en abordant un seul thème. Durant cette période, les sujets d'actualité sont  abandonnés pour laisser place à une série de chroniques évoquant l'été.

Les colonies de vacances




    J'ai fait l'expérience des colonies de vacances alors que j'avais neuf ans, à une époque où les colonies connaissaient un réel succès : entre 1930 et 1960, quatre millions de jeunes y passaient une partie de leurs vacances. J’en ai gardé un souvenir mitigé. L’image qu’avaient alors les colonies était plutôt positive. Elles avaient le mérite d’offrir aux enfants quatre ou cinq semaines de vie au grand air et de découvrir des choses nouvelles. Et il ne faut pas oublier que peu de gens partaient alors en vacances, en dehors des séjours dans la famille. Pour les enfants issus d’un milieu modeste, partir en colonie de vacances était une expérience enrichissante.

  Mais les colonies étaient aussi l’objet de critiques. Dans son style fleuri Pierre Perret en a fait une description caricaturale que certains dans les années 1960 avaient trouvé scandaleuse mais qui contenaient une part de vérité. Longtemps, leur organisation a eu un caractère « militaire » qui m’avait fortement déplu. Discipline, obéissance, sanctions, étaient les maîtres-mots des adultes chargés d'encadrer les jeunes. La personnalité des enfants n’était pas toujours respectée. J’ai surtout regretté le manque de psychologie des moniteurs incapables de prendre en compte les problèmes rencontrés par de jeunes enfants séparés de leur famille. De toute évidence, leur formation était sommaire et inadaptée. La pédagogie de la liberté viendrait timidement quelques décennies plus tard.

    Aujourd’hui la colonie de vacances n’est plus ce qu’elle était. Le nombre de jeunes accueillis chaque année a fortement baissé. De 4 millions d’enfants et d’adolescents il y a soixante ans on est passé à 1,4 million en 2018. La durée des séjours a diminué, les tarifs ont augmenté. Mediapart a écrit récemment que la colo est devenue "un produit de consommation de luxe ".
  C’est une affirmation que je partage. Comme dans la plupart des activités, c’est le souci de rentabilité qui fait désormais la loi. Il en résulte que les publics autrefois mélangés sont maintenant ciblés et ce sont les enfants des familles aisées qui peuvent profiter des services offerts, calqués sur le modèle des Clubs Med.
  La colonie de vacances moderne a pour objectif principal de permettre aux jeunes d’acquérir des compétences qui les rendront plus " compétitifs". Elle est basée sur des thèmes. Les uns ont pour but d’acquérir des connaissances, de maîtriser une langue étrangère ou de s’entraîner en vue d’améliorer les performances sportives.
 En ce qui concerne l’encadrement, le vocabulaire a changé. Il y a quelques décennies, celui qui s’occupait des enfants était un moniteur (ou une monitrice). Ce mot qui vient du latin signifie « faire penser, montrer », c’est-à-dire enseigner. De nos jours, cette tâche est confiée à un animateur ou une animatrice, mot aux multiples sens qui évoque la société moderne (le spectacle, l’amusement, les techniques de vente...).
  Le changement de vocabulaire n’est pas une opération de communication mais une approche différente des loisirs qui se fait au détriment de l’émancipation de la jeunesse.








mardi 23 juillet 2019

Chroniques d’été n° 1


Pendant quelques semaines, le blog se met à l’heure des vacances, en abordant un seul thème. Durant cette période, les sujets d'actualité sont  abandonnés pour laisser place à une série de chroniques évoquant l'été.


Un lieu très fréquenté : le Mont Saint-Michel


Une brève histoire du tourisme

   
   En 1841 le vocabulaire français s'enrichit d'un nouveau mot qui était apparu 30 ans plus tôt en Grande-Bretagne : tourisme.
  Depuis des siècles déjà, des écrivains, des artistes, avaient pris l'habitude de quitter leur domicile pour entreprendre des voyages à but culturel. Des villes comme Rome ou Venise les attiraient pour la richesse de leur patrimoine architectural et leur passé. Mais c'est seulement au milieu du 19e siècle qu'apparurent en Europe les premiers signes d'une activité nouvelle annonçant le tourisme moderne.
  À cette époque, le tourisme ne s'adressait qu'à une minorité. La classe ouvrière travaillait alors dans des conditions pénibles, quinze heures à quinze heures et demie par jour, jusqu'à dix-sept heures dans les filatures, pour de maigres salaires. Il faut aussi rappeler que des enfants travaillaient dès l'âge de huit ans ; les jeunes de douze à seize ans étaient présents dans les usines douze heures chaque jour. Il faudra attendre 1906 pour qu'une loi interdise de travailler plus de six jours par semaine.
 Au milieu du 19e siècle, les citadins avaient pris l'habitude d'abandonner la ville pour goûter le plaisir d'un pique-nique sur l'herbe, les bourgeois parisiens pêchaient et chassaient ; le rêve de beaucoup d'entre eux était d'acheter une maison à la campagne.
  Une nouvelle mode vit le jour en France à cette époque : celle des cures thermales, recommandées par les médecins.
De nombreux peintres et auteurs renommés aimaient se rendre au bord de la mer en été. De petites villes normandes comme Trouville, Cabourg, Deauville, ainsi que Biarritz et sur la Côte d'Opale, Le Touquet-Paris-Plage, très appréciée par de riches Britanniques, devinrent des stations balnéaires recherchées.

 Ainsi fut lancée la mode des bains de mer pour les classes aisées. La démocratisation des vacances au bord de l'eau se fit attendre longtemps encore : les premiers congés payés de 1936 y contribuèrent ; trois décennies plus tard le tourisme de masse banalisa cet engouement ; des hordes de touristes devaient alors se retrouver sur les plages du monde entier avec les conséquences qu'on connaît aujourd'hui : dégradation de certains sites, urbanisation trop poussée, préjudices pour les populations locales...
 Devant la nécessité de lutter contre les désordres écologiques cette forme de tourisme est remise en question.


mardi 11 juin 2019

Le grain de sel n° 12




De la morale


   Dans le système éducatif, la notion de morale est incontournable. Cette matière avait été enseignée des débuts de l'école laïque à 1969, année où elle devint facultative, avant d'être supprimée définitivement en 1985. 

    Comment l’école d’aujourd'hui doit-elle appréhender la morale ?
Avant de répondre à cette question, il faut rappeler qu'il y a d'autres lieux que l'école pour apprendre les règles de vie en société. En premier lieu il y a la famille, puis tous les endroits où le jeune a l'occasion de rencontrer d'autres personnes : le club de sport, le centre aéré, l'association culturelle...Et il ne faut pas oublier ce qui est essentiel : la vertu de l'exemple. 
    Malheureusement les jeunes vivent dans une société qui voit des adultes s'écarter de plus en plus des règles morales : le respect des autres, du vivant, de la vérité, l'honnêteté, la sincérité...Dans ces conditions, le travail des enseignants et des parents devient de plus en plus difficile.

   Ces précisions étant faites, revenons à la question posée plus haut.    S'il s'agit de revenir aux leçons de morale d'autrefois, je dis clairement non, car celles-ci, dans le monde d'aujourd'hui n'auraient aucune efficacité. Écrire à l'école primaire une jolie maxime au tableau après en avoir discuté ne fera pas changer le comportement d'un élève. Commenter au collège ou au lycée une page de Camus ou d'Aristote est un exercice plus intéressant car il peut conduire un adolescent à prendre conscience d'un problème moral qui le poussera dans certains cas à prolonger sa réflexion et à agir différemment (il arrive que la lecture d'un livre se traduise par un changement conforme à l'éthique). Mais d'une manière générale je crois davantage à l'efficacité d'une éducation morale par l'action qu'à une éducation basée sur le discours.
   C'est en apprenant aux élèves à travailler ensemble au sein d'un groupe pour réaliser une enquête qu'on leur apprend les vertus de la coopération, de l'entraide.
  C'est en démontrant à l'individualiste le tort qu'il fait subir dans certaines situations à son équipe que le professeur de sport lui apprendra les bienfaits de la solidarité. C'est en mettant le jeune en situation d'exercer son esprit critique, son sens de la responsabilité, qu'on lui permettra d'accéder à la citoyenneté qui en fera un adulte capable d'agir en respectant les règles morales nécessaires à la vie en société.
  Apprentissage de la responsabilité et de la citoyenneté : c'est sur cette base que la morale à l'école sera utile.


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