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vendredi 17 juin 2016

LA CARTE POSTALE: RODEZ


LA CARTE POSTALE

Rodez, le 17 juin 2016

    Je viens de découvrir Rodez.
   
  On m'avait dit: " Si vous venez dans l'Aveyron, il faut absolument voir Rodez". Les guides touristiques vantent cette "jolie ville plantée aux confins de deux régions différentes" * (Il s'agit des Causses et des collines du Ségala). Dans une région où les paysages naturels sont bien préservés, je préfère flâner dans les ruelles des villages, qu'ils soient blottis le long d'une rivière ou perchés sur les flancs d'une montagne. Il y a cependant  des villes qui méritent qu'on s'y arrête car elles possèdent quelque monument ou quelque place ayant un certain charme. C'est le cas de Rodez.
    De loin, on aperçoit la partie ancienne de la ville, installée sur une butte qui domine les alentours. C'est sur celle-ci qu'on a construit la cathédrale faite d'un grès rose qui s'est terni au fil des siècles, lui donnant cet air austère qu'elle a aujourd'hui.
   L'intérieur de la cathédrale est sobre; j'y ai surtout apprécié l'imposant et superbe buffet d'orgue et l'heureux mariage des boiseries et des tubes rutilants.
    Si les cathédrales ont été bâties au nom d'une religion, on les regarde aussi comme des œuvres d'art faisant partie du patrimoine commun; leur architecture, les vitraux, les statues, les tableaux qu'elles contiennent sont le témoignages du génie humain cherchant à se rapprocher de la perfection.
   Au milieu du brouhaha des villes modernes, l'homme y trouve quelles que soient ses convictions le silence qui apaise.
   Rodez abrite plusieurs musées. L'un d'eux est consacré  à  Soulages. L'artiste a offert à la ville près de 500 œuvres. Il a voulu ainsi " ouvrir les yeux, éveiller l'esprit sur ce qu'est la création artistique. L'intention est louable et ambitieuse, tant le processus de création est  mystérieux.

* Guide Michelin Lot Aveyron Tarn

mardi 14 juin 2016

La bride sur le cou n° 5


(La bride sur le cou: décontracté, détendu, lâché, libre - Le Robert, dictionnaire des synonymes) 



Peurs, réalité et mirages

    Décidément, notre époque ne nous aura rien épargné, à tel point qu'on a parfois l'impression que la malédiction s'est abattue sur elle.
    Bien sûr on sait que les périodes de transition sont toujours difficiles; elles sont l'objet de peurs, de comportements irrationnels, elles sont propices à l'imagination de scénarios catastrophiques. Mais nous nous trouvons aujourd'hui devant une situation qui n'a rien à voir avec les craintes ancestrales, nous sommes dans une période entre deux ères où les faits sinistres sont une réalité et touchent toutes les parties du monde.
   Le dérèglement climatique qui attirait l'attention du monde entier il y a quelques mois n'a trouvé aucune solution concrète et semble être tombé dans l'oubli. La multiplication des catastrophes se poursuit, les récentes inondations en France ont causé d'énormes dégâts. Sur le plan social, l'avenir inquiète les travailleurs qui voient leurs droits menacés par un projet de loi injuste. Et voilà qu'après les attentats qui ont eu lieu en Europe, en Afrique, l'Amérique est à son tour touchée. Qu'elle soit l'œuvre d'un détraqué ou d'un fanatique, la fusillade d'Orlando est grave parce qu'elle a causé la mort d'une cinquantaine d'innocents pris pour cible à cause de leur orientation sexuelle minoritaire.
Tout cela provoque tristesse et colère.

 Dans ce contexte, les médias et les publicitaires ont beau mettre les grands moyens pour susciter l'enthousiasme des gens à l'occasion d'une compétition sportive qui se déroule en France pendant un mois, tandis que ceux qui nous gouvernent espèrent tirer profit de cet évènement sur lequel  ils comptent pour détourner l'attention sur les vrais problèmes, ce sera sûrement peine perdue. Qui peut croire encore qu'une réussite de cette Coupe de football, même ponctuée par la victoire des Français, changerait la vie des gens ? 
Le sport qui fut jadis un moyen d'émancipation et qui permit en 1936 un retour vers la nature, est dominé par l'argent et déshonoré par les scandales, il a perdu ses vertus éducatives.
   Ne nous laissons pas berner par les mirages et voyons la réalité en face si nous voulons changer le cours des choses

vendredi 3 juin 2016

L’image du week-end n° 3


Sur les canaux de Hollande



    J’avais une vingtaine d’années quand j’ai découvert les Pays-Bas. Le pays n’étant pas très étendu, un séjour de dix jours avait été suffisant pour que j’aie une idée assez juste du pays.
   Si l’expression «terre de contrastes» est un peu galvaudée, elle résume cependant ma première impression. J’avais été frappé par la modernité d’une ville comme Rotterdam qui, au milieu des années 1960, avec ses hauts bâtiments et ses parkings au-dessus des magasins avait déjà l’aspect d’une ville du futur; et à quelques kilomètres de là, il y avait les vastes plaines calmes, des petites villes telles que Volendam, la presqu’île de Marken avec  ses « vieux marins / qui fumaient sur un banc / en regardant la mer » et ses vieilles « femmes ridées/ avançant sur les quais/ toutes vêtues de noir.»* 
Dans ces paysages, le temps semblait s’être arrêté depuis des siècles.

   Au fil des années, j’ai vu dans ce pays la modernité prendre le pas sur le passé;  les immeubles gigantesques ont poussé, les autoroutes ont réduit les surfaces agricoles, la qualité de vie s’est malgré tout maintenue à un niveau élevé.*
    Aujourd’hui, à proximité des villes, on peut comme autrefois apprécier la douceur des campagnes, retrouver le charme des promenades en barque sur les canaux; on redécouvre alors, entre La Haye et Delft, au cœur de la Hollande du Sud,  les vertus de la lenteur.
Absorbé par l’observation du paysage qui défile tranquillement, on oublie alors qu’au-dessus de notre tête, sur l’autoroute, des automobilistes pressés espèrent ne pas être pris dans un embouteillage qui les amènera - selon leur caractère - à fulminer ou se résigner.

*1. extrait du poème Marken
  2. Les Pays-Bas : 5e au dernier classement IDH

mercredi 1 juin 2016

Choses vues cette semaine

Choses vues, lues, entendues : des réflexions sur des scènes que j’ai vues (dans la réalité ou sur des écrans), des propos entendus, d’autres inspirées par des lectures (articles, livres)...



CHOSES VUES

   Chaque jour, dans la rue, lors de nos promenades, nous assistons à des scènes banales, parfois peu ordinaires; sur nos écrans des milliers d’images défilent devant nos yeux et nous n’en retenons que quelques-unes; de temps à autre ou régulièrement, dans une salle de cinéma ou de spectacle, dans un musée,  d’autres images retiennent notre attention à cause de leur beauté ou de leur originalité. La plupart de ces choses vues s’effacent rapidement de notre mémoire, certaines y restent longtemps gravées.
L’écriture permet de fixer l’instant qui nous a plu, ému  ou étonné.

                                                      *

Julieta :  Aller au cinéma pour voir un film de Pedro Almodovar, c’est la promesse d’un moment qu’on ne regrettera pas. Sa dernière œuvre,  Julieta, n’échappe pas à cette règle. Certains critiques avaient jugé le réalisateur espagnol trop assagi, embourgeoisé. Il n’avaient pas retrouvé dans Julieta l’audace qu’ils avaient vue dans Attache-moi ou Talons aiguilles

   J’ai beaucoup aimé ce film qui reprend le thème favori d’Almodovar, les rapports entre parents et enfants, plus précisément entre une mère et sa fille. Julieta - rôle interprété par deux excellentes actrices, Emma Suarez et Adriana Ugarte (Julieta jeune) - est une mère dont la fille n’a pas donné de nouvelles depuis une dizaine d’années. Elle décide de lui écrire pour expliquer ce qu’elle n’a jamais pu lui dire. Sur ce scénario  somme toute simple, Almodovar construit un film émouvant  qui montre le dégât que provoque une séparation qu’on n’a pas comprise.

Verdun : La bataille de Verdun a été l’un des épisodes tragiques de la première guerre mondiale. Elle a duré dix mois et fait 700 000 victimes parmi les soldats français et allemands.
   La guerre ne cause pas seulement des morts, elle brise des hommes en pleine jeunesse. Il suffit de lire les Carnets de la drôle de guerre de Jean-Paul Sartre pour comprendre le processus destructeur. Le soldat est «comme une machine, écrit Sartre, il fournit un travail. Mais c’est un travail improductif.» Il perd toute dignité humaine, il subit « une solitude sans isolement.»
  J’ai écouté à la télévision le discours convenu des chefs d’État allemand et français. Rappeler sans cesse le sacrifice des soldats de 14-18 est sans doute utile  mais la meilleure façon de leur rendre hommage serait de mener une politique de paix qui commencerait par l’arrêt de la production d’armes.
   
Fête des mères : À l’occasion de la fête des Mères, j’ai vu passer sur les réseaux sociaux de nombreux messages accompagnés de photos et de vidéos montrant des vaches, des brebis, des truies, des poules prenant soin de leurs petits. Une façon de rappeler que l’amour maternel ne concerne pas seulement les humains, il existe aussi chez les animaux non humains. 
Ces messages, conformes à la réalité scientifique, replacent l’Homme dans le règne animal et invitent à revoir les rapports qu'une majorité d'humains ont avec les autres êtres vivants.

Au restaurant :  À de petits détails on se rend compte que les comportements changent. Ma femme et moi étions il y a quelques jours dans un restaurant ; pour nous c’est l’occasion de discuter dans une ambiance agréable autour d’un plat appétissant. J’ai été étonné ce soir-là de voir aux tables voisines  des couples muets, tapotant pendant de longues minutes sur leur smartphone. 
  Quand on devient esclave de la technologie, la convivialité disparaît.


lundi 30 mai 2016

LA BRIDE SUR LE COU n° 3: l'utile et l'idéal



(La bride sur le cou: décontracté, détendu, lâché, libre - Le Robert, dictionnaire des synonymes) 



L’utile et l’idéal

Utile:
«L’utile est ce qui répond à la satisfaction des besoins physiologiques des hommes »
(Voltaire)
Utilitaire: attaché à ce qui est utile, préoccupé des seuls intérêts matériels

Idéal (sens n°2): ensemble de valeurs esthétiques morales ou intellectuelles
Idéaliste:  (souvent péjoratif) rêveur; synonyme: utopiste 
(Le Robert)

     Il règne dans l’Europe d’aujourd’hui un malaise dont les signes extérieurs sont visibles, avec des degrés différents selon les pays: le chômage, la peur du lendemain, la tendance au repli sur soi, la défiance vis-à-vis des politiques...
    Dans le passé, les pays européens ont connu des périodes difficiles, voire douloureuses. Ce qui est nouveau de nos jours - et cela se sent particulièrement en France - c’est le sentiment  que l’espérance ne peut plus venir des politiques car aucun d’eux n’est porteur d’un grand dessein, d’une vision idéaliste qui ramène l’espoir et le rêve. Non pas, comme le disait Jaurès dans son discours à la jeunesse « un rêve idyllique et vain », mais la possibilité d’un changement réel permettant d’aller vers un monde plus juste, plus solidaire.

   Ceux qui nous gouvernent donnent trop l’impression de n’avoir finalement qu’un but: garder  le pouvoir tout en ne changeant rien; et ceux qui souhaitent les remplacer sont dans la même logique, la satisfaction d’une ambition personnelle.

   La vision utilitaire de la société  a contribué à défendre les intérêts matériels d’une petite minorité  et a renforcé les injustices; elle a façonné les esprits en imposant sa logique. Le système éducatif lui-même a choisi cette voie. La sélection et la compétition sont au service de la société qui utilise les compétences des meilleurs et laisse aux autres des miettes: la précarité, le chômage. Tout cela au détriment de ce qui est le but premier de l’éducation: former des femmes et des hommes libres, épanouis, sensibles au sort des autres.

La société utilitaire a délaissé ce qui est essentiel, la créativité, les arts, la poésie, la défense du vivant.

   Le salut ne viendra pas d’hommes providentiels qui se présenteront avec un programme tout ficelé. Mais la société a besoin que des messages d’espoir soient lancés. Ils redonneront  confiance aux citoyens qui, collectivement, construiront la société nouvelle.

   C’est ce qu’avait fait Jaurès en 1903.*
«L'histoire humaine n'est qu'un effort incessant d'invention, et la perpétuelle évolution est une perpétuelle création », disait-il. 

« Le courage, c'est d'accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l'art, d'accueillir, d'explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d'éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l'organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes...

 Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe...»

    Jaurès avait trop d’avance sur l’esprit de son temps. Un siècle plus tard, puisse-t-il être entendu.

* Discours à la jeunesse prononcé à Albi

samedi 28 mai 2016

L'image du week-end n°2 : Rome


La fontaine de Trevi


Photo BJ CARON


   Renoir disait : 
« L’inconvénient de l’Italie, c’est que c’est trop beau. Pourquoi peindre quand on a tant de plaisir à regarder ? »

Je comprends cette réflexion de Renoir qui part d’une réalité : personne n’oserait mettre en doute la beauté des paysages, des villes, des monuments italiens. Quant à la question, elle évoque l’appréhension de l’artiste - qui existe aussi chez l’écrivain - de ne pas réussir à traduire sur la toile ou la feuille l’émotion ressentie en regardant le spectacle offert.

    Avant même de visiter  Rome, je m’étais fait une idée de la ville en lisant les descriptions faites par des écrivains. Mais on a beau  avoir ainsi avoir une idée de ce qu'est Rome, la première immersion dans la ville provoque un choc. On est ébloui par l’abondance  des trésors artistiques, des églises, des fontaines, des ruines de l’Antiquité, des grandes places animées ornées de statues.
Rome est un véritable musée à ciel ouvert. De quartier en quartier, on y découvre deux mille ans d’histoire.
   
   La capitale italienne apparaît  dans de nombreux films. Le plus célèbre d’entre eux est sans aucun doute la Dolce Vita de Fellini. La scène dans laquelle  l’héroïne Sylvia, interprétée par Anita Ekberg, entre dans l’eau de la fontaine de Trevi est devenue immortelle.
Il n’est pas étonnant que chaque jour des touristes venus du monde entier s’agglutinent devant cette fontaine si imposante que la place où elle se trouve paraît minuscule.

    Noyé au milieu de la foule, abasourdi par le spectacle, chacun  reste ainsi de longs instants devant le bassin, en contemplant le dieu Neptune, impressionnant sur son char que tirent deux chevaux marins. 
    Et peut-être pense-t-il lui aussi que le plaisir de regarder est suffisant.

vendredi 27 mai 2016

Écologie : faisons le point




L’écologie dénaturée

    Le mot écologie fait partie de ces termes que beaucoup de gens utilisent sans vraiment connaître son sens exact.
Au risque de me répéter, je rappelle que l’écologie est la science qui décrit et cherche à comprendre les lois qui régissent les relations entre les êtres vivants et celles qu’ils entretiennent avec leur environnement.
L’écologiste est celui qui connaît les principes de l’écologie et les respecte dans sa vie de tous les jours ; en tant que militant, il agit pour promouvoir ces principes.
   Dans le monde moderne où de nombreux mots sont dénaturés, où la grève de travailleurs devient une “ prise d’otage”, où un personnage de la télé-réalité est appelé “ star ”, la référence à l’écologie est souvent  utilisée abusivement. Il ne suffit pas d’aimer les arbres, de lutter contre la construction d’une route, de faire des films sur la nature, ni même d’être ministre de l’Écologie, pour être écologiste.

   Cette dérive du vocabulaire n’est pas seulement une atteinte à la langue. Ce qui est plus grave, c’est la tromperie qu’elle entraîne.
Un exemple récent nous a été donné avec la COP 21, présentée comme une réussite, une avancée formidable dans la lutte contre le dérèglement climatique.
Dans la réalité, il n’en est rien. À‭ ce jour, quinze pays seulement ont ratifié le texte final pourtant peu contraignant.
‭Il y a quelques jours, l’émission Cash investigation présentée par ‬Élise Lucet a montré l’arnaque que fut cette conférence soutenue par des grands groupes qui prétendent défendre l’écologie. Parmi eux Engie (ex GDF Suez) gros pollueur‭ mondial qui exploite des mines de charbon. On y a vu aussi le scandale des quotas carbone, censés  favoriser la réduction des gaz à effet de serre et qui en fait ne servent qu’à enrichir certains groupes.
‭   Il est grand temps de revenir aux sources de l’écologie authentique si l’on veut préserver le futur.

Le naufrage de l’écologie politique

‭   Pour cela, on ne peut plus compter sur l’écologie politique qui s’est complètement décrédibilisée ces dernières années.
‭   Créés en 1984, les Verts voulaient faire de la politique autrement. Ils ont complètement échoué. Certains cadres, par opportunisme  et à cause de la faiblesse de leurs convictions écologistes ont choisi de soutenir ou de rejoindre le gouvernement actuel dont la plupart des actions sont aux antipodes des principes de l’écologie. 
‬À l’Assemblée nationale, le groupe d’EELV vient de disparaître. Depuis 2010, près des deux tiers des adhérents ont quitté le parti. Faute d’une ligne politique claire, on ne voit pas les Verts se redresser prochainement.

  L’élection du candidat des Verts, Alexander Van der Bellen , en Autriche a été accueillie avec soulagement car il a battu le candidat de l’extrême droite. Pour la démocratie c’est une bonne chose, mais curieusement le vainqueur se présente comme un homme du centre. Ne comptons donc pas sur lui pour faire avancer les principes de l’écologie.

   Pour peser dans le champ politique, l'écologie doit prendre d'autres chemins. Les partis ont fait leur temps, aux citoyens d'agir.  

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