Humeurs n° 17


« Ça ne fait rien, nous vivons un temps bien singulier ” 
( Georges Brassens - L’épave)    




L’école, la propagande et la publicité

   Le rôle de l’école est bien sûr d’instruire les élèves et de contribuer à leur éducation (notamment l’éducation civique).
Instruire n’est pas seulement transmettre des connaissances, c’est aussi développer les capacités qui permettront aux élèves, dans tous les domaines, de réfléchir pour qu’ils se fassent leur propre opinion, de les préparer à la recherche, à la découverte, à l’expression des idées, de comprendre la complexité du monde dans lequel ils vivent.
   L’instruction et l’éducation devraient former des esprits libres ; pour cela, il est nécessaire de favoriser le développement de l’esprit critique chez tous les jeunes que l’école accueille.
Si l’on entend souvent dire beaucoup de bien de l’école d’autrefois, c’est sans doute pour rendre hommage à des enseignants dévoués qui aimaient leur métier et savaient intéresser les élèves.
L’institution – qu’il s’agisse de l’Instruction publique ou de l’Éducation nationale – et les ministres qui l’ont représentée ont rarement cherché à promouvoir une école émancipatrice. Elle a plutôt été le reflet d’une société qu’il fallait servir, en tant que soldat jadis et en tant que travailleur.
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   Depuis cent ans, les écoles ont laissé pénétrer chez elles la propagande et, depuis une vingtaine d’années, la publicité.
Plusieurs générations d’élèves du cours moyen, sous la troisième République, ont eu comme livre de lecture Le tour de France par deux enfants. Celui-ci est l’exemple type de l'ouvrage au service du conditionnement. Il contenait des affirmations affligeantes. Citons-en quelques-unes.
Un chapitre est consacré aux «  races ». On y lit cette phrase :
« La race blanche (est) la plus parfaite des races humaines !» (page 184 de la 411e édition).
Ailleurs, on fait le bilan des progrès techniques en France, on en profite pour faire l'apologie du colonialisme :
« Voilà de belles inventions… Sans compter l’augmentation de nos colonies. »

Plus loin, un enfant récite un compliment appris à l’école. Dans celui-ci, il déclame : « À l’école nous serons dociles » !
La docilité était une qualité appréciée. Elle l’est encore aujourd’hui.

  Les rapports avec les animaux étaient abordés sans surprise, compte tenu de la mentalité de l’époque : dans une scène, le petit Julien visite le jardin des Plantes ; il s’inquiète de voir les animaux enfermés dans des cages. On pourrait penser qu'il préfèrerait les voir en liberté. Non, ce qu'il craint, c'est que les  pauvres s'échappent !
Son oncle  lui répond « en souriant » que les barreaux sont en fer et qu'il n’y a aucun danger !
Au début des années 1970, les choses avaient peu évolué. C’est ainsi que dans les livres d’histoire, les habitants rencontrés par Christophe Colomb en Amérique sont appelés « les sauvages ».

   Depuis une vingtaine d’années, un autre fait s’est introduit dans l’école : la publicité.
Si celle-ci pénétrait dans les classes pour développer l’esprit critique des élèves en présentant d’un côté les arguments publicitaires et de l’autre les faits scientifiques, ce serait plutôt une bonne chose.
Mais ce n’est pas le cas.

   La publicité à l’école a été interdite en 1936 ; cela a été confirmé à plusieurs reprises en 1952, 1967 et 1976. 
En 2001, une circulaire de Jack Lang a autorisé les établissements scolaires à mener des actions de partenariat avec des entreprises. Les documents rédigés par celles-ci sont entrés légalement dans les classes. Les élèves ont pu ainsi lire les « bienfaits » de Coca-Cola, de TF1, d’EDF et du nucléaire...
Ces derniers jours, on a appris que le lobby de la viande, inquiet de voir l’impact produit par les images horribles d’animaux torturés dans les abattoirs ou en souffrance dans les poulaillers industriels, allait faire la promotion de la viande pendant cinq mois dans les cantines des écoles primaires alors que l’OMS a confirmé les dangers de la viande et que les instances scientifiques demandent pour des raisons écologiques le basculement vers une alimentation végétale, (à cela s’ajoutent les raisons éthiques),

Il est intolérable de voir l’école associée à ces sinistres manœuvres.



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