La bride sur le cou n° 16 : Révolution, Révolutionnaire

(Cette chronique paraît le premier mardi de chaque mois)

Révolution

   Comme beaucoup d’autres, le mot révolution prête à confusion car il a plusieurs sens (du mouvement d’un astre au renversement d’un régime par la force, en passant par une simple évolution ou une transformation (la révolution industrielle).
Cette multitude de sens a permis à l’ancien ministre Emmanuel Macron de prendre ce mot pour titre de son récent livre, sans risquer d’apparaître comme le nouveau Danton ou le Robespierre du 21e siècle. 

Révolutionnaire

  Le nom révolutionnaire est plus clair :
Le révolutionnaire est celui « qui apporte des changements radicaux et soudains (Le Robert).
Ces deux adjectifs sont importants : la radicalité s’oppose au réformisme, la soudaineté à l’évolution lente.  

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   La Révolution éclate toujours pour mettre fin à un régime qu’une partie de la population juge insupportable à cause du manque de libertés, de la corruption des dirigeants, de la misère du peuple.
   C’est ce qui s’est produit à Cuba au milieu du 20e siècle. Un mouvement est né pour chasser du pouvoir le dictateur Batista. À sa tête, deux révolutionnaires indiscutables : Che Guevara et Fidel Castro. 
Le premier connut un destin tragique. Exécuté en 1967 par l’armée bolivienne, il est aujourd’hui encore le symbole du révolutionnaire romantique ; des jeunes de tous les pays portent un tee-shirt orné de sa photo et ont accroché un poster du héros dans leur chambre. Le second n’a pas su éviter les dérives qu’on observe dans de nombreuses révolutions : le culte de la personnalité, la persécution des adversaires, les atteintes à la liberté d’expression…
Pourtant on ne peut nier des avancées sociales (notamment dans le domaine de la santé), ainsi que les efforts pour améliorer l’éducation. Les témoignages de Cubains entendus ces derniers jours à l’occasion de son décès montraient leur reconnaissance pour celui qu’ils appelaient « El Comandante ». 

   On ne peut cependant accepter qu'une révolution apporte quelques améliorations sur certains points si cela se fait au détriment des libertés.
  C'est le problème des révolutions telles qu’on les a connues jusqu’à ce jour : elles ne garantissent pas un avenir forcément meilleur. Inspirées par des intellectuels (Rousseau, Élisée Reclus, Marx, Bakounine…), elles portent au pouvoir des hommes qui dénaturent la pensée de ceux-ci, les uns pour satisfaire des ambitions personnelles ; les autres, parce que leur extrémisme les aveugle.

La « révolte radicale » parfaite reste encore à inventer.



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