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samedi 13 novembre 2010

Théodore MONOD : l'appel du désert

« La vie n’est pas la joie. C’est  la tension dans l’effort... »
               Th. Monod - Carnets


Théodore Monod   est né en 1902 et il est mort le 22 novembre 2000.  A l’occasion des dix ans de sa disparition, le Muséum national d'Histoire naturelle a décidé de rendre hommage à cet homme d'exception, aux multiples talents, qui a traversé un siècle chaotique marqué par deux grandes guerres et de nombreux conflits, par la détérioration de l’état de la planète, l’accroissement de l’exclusion, les abominations du nazisme, autant de faits, d’événements qui l’ont révolté  et l’ont poussé à agir.
Cet hommage me paraît fort utile en ces temps troublés et incertains.

Théodore Monod était d’abord un naturaliste, un explorateur et c’est sans aucun doute sa fascination pour le désert qui a marqué le plus son existence : pendant 60 ans il a parcouru le désert du Sahara, parfois à dos de dromadaire, le plus souvent à pied, y  découvrant des espèces végétales et y trouvant surtout un lieu de méditation dans le silence des sables.
Comme il l’a dit lui-même, il n’appartenait à aucun parti mais il épousait toutes les causes humanistes : antiraciste, écologiste, pacifiste, il s’était prononcé contre la guerre d’Algérie, il était contre l’arme nucléaire ( au point de jeûner pour dire son opposition aux bombardements atomiques d’ Hiroshima et de Nagasaki )
Théodore Monod respectait la vie sous toutes ses formes. Lui qui était protestant regrettait le silence de la théologie chrétienne sur la question de la souffrance animale et il dénonçait la chasse, la corrida, la vivisection.
Homme engagé, il n’a jamais cherché la médiatisation à outrance. Il était un homme du désert tourné sur le monde et ses misères. Les hommes d'aujourd'hui gagneraient à entendre le message de Théodore Monod.

jeudi 11 novembre 2010

VARSOVIE 42




Je me suis rendu à plusieurs reprises en Pologne et, dès le premier voyage, j’ai aimé ce pays, ses habitants accueillants, volontaires, ses villes chargées d’histoire, ses paysages romantiques.
Au cours des siècles, la Pologne a beaucoup  souffert. Auschwitz-Birkenau, le ghetto de Varsovie, Treblinka…sont des lieux qui évoquent à jamais la barbarie.

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Varsovie s’endormait dans la nuit de novembre et la pluie qui tombait monotone s’insinuait entre les pavés.
La ville était sereine
 — Avec le temps les  blessures des villes aussi  finissent par se cicatriser  —


Et soudain sur la place déserte une femme  a surgi.
Elle courait dans son long manteau noir.
— Qui est-elle? Où va-t-elle? Et pourquoi cette fuite ?
Je ne le saurai pas. 
Quelques  pas sous la pluie …elle avait disparu…


Et je me suis souvenu de ce long mur  gris —œuvre de barbarie,  prison pour innocents — et de cette gare sinistre  des  voyages sans retour.


Varsovie novembre quarante-deux.
On entendait au loin des bruits de fusillade et des femmes, des hommes passaient devant les morts.
Ils fuyaient  affamés vers un port improbable.


Et l’ombre qui avait traversé la place s’incrustait dans ma mémoire.. .


mardi 9 novembre 2010

Théâtre : Yes, peut-être

de Marguerite DURAS



La compagnie des Mers du Nord était de passage dans le Boulonnais ce vendredi pour présenter une courte pièce de Marguerite Duras, écrite en 1968 : Yes, peut-être.
Cette pièce peu connue démontre que l’auteur était une visionnaire. Certes, en 1968, les premiers signes de la crise écologique étaient déjà apparus, le combat des antinucléaires était  bien vivace, l’ombre d’Hiroshima planait sur le monde et beaucoup de gens dénonçaient la guerre du Vietnam. Mais la prise de conscience des problèmes écologiques était moins forte qu’aujourd’hui.
Marguerite Duras nous présente dans cette pièce un monde dévasté par un désastre nucléaire. Il ne reste qu’un théâtre près de la mer. Du monde civilisé survit une vieille femme. Dans un coin de la scène un guerrier, plus mort que vivant, enchaîné, dont on apprendra qu’il est là pour repeupler la planète.
Apparaît soudain au-dessus de nos têtes une jeune femme venue d’ailleurs ; elle est à la recherche d’eau et de connaissances. Dans un langage minimaliste, les deux femmes vont tenter de communiquer. Peu à peu des bribes de mémoire collective vont se reconstruire. On comprend que les deux femmes vont essayer de vivre et la pièce se termine sur une note optimiste, par un passage de témoin entre la vieille femme du monde détruit et la jeune inconnue.
Les trois acteurs sont excellents. Brigitte Mounier qui assure la mise en scène a confirmé dans le débat qui a suivi le spectacle qu’elle était une femme engagée. La compagnie des Mers du Nord est installée à Gravelines, près de la plus grosse centrale nucléaire d’Europe et de 14 sites classés Seveso. Le choix de  cette pièce n'est donc pas innocent. C’est un théâtre militant qu’elle nous offre.
Souhaitons-lui de poursuivre longtemps sa mission. 

dimanche 7 novembre 2010

TRAIN, le mot de la semaine ( 12 )



Chaque semaine, voici une courte réflexion - à partir d’un mot - développée en une  phrase. 

Aujourd’hui,  le mot :  train  





Beaucoup de gens ont de la sympathie pour le train, qu’il s’agisse du jouet qui ravit les enfants et les pères, du petit train touristique  qui permet de traverser de superbes paysages et bien sûr du train qu’on prend pour se rendre au travail ou partir en vacances, train qui est le mode  de transport préféré des écologistes ( après la marche et le vélo pour les petites distances ), mais dont on fait parfois un usage  peu conforme aux valeurs portées par l’écologie : s’il n’est pas nécessaire de s'étendre sur l'usage du train pendant les heures noires de la seconde guerre mondiale, on peut déplorer  que régulièrement de dangereux convois de déchets nucléaires traversent la France dans la plus grande opacité, sans que les spécialistes  puissent faire  les mesures de radioactivité qui permettraient d’informer les populations ; il y a des trains qu’on aimerait ne pas voir circuler. 

vendredi 5 novembre 2010

LE JOUEUR D'ECHECS



CONTES BREFS ( 1 )

Qu’est devenu Boris Drigonov, le célèbre joueur d’échecs qui dans les années 70-80 était réputé imbattable ? Aujourd’hui octogénaire, il vivrait en Toscane, dans une maison de repos pour personnes âgées. Dans sa chambre, quelques échiquiers sur lesquels sont disposées soigneusement les pièces du jeu rappellent son passé glorieux. Boris passe devant ceux-ci sans émotion, ils ne lui rappellent rien.

Sa descente aux enfers a débuté ce jour de janvier 1991 où un puissant ordinateur l’a battu. Boris Drigonov ne s’en est jamais remis. Il a alors subi une forte dépression puis a vécu une période de mysticisme profond et s’est coupé  petit à petit  du monde réel. Mais avait-il connu dans le passé ce monde-là ? On peut en douter.
Dès l’âge de trois ans, le jeune Boris fut plongé dans le monde des échecs  par son grand-père, un ancien champion russe persuadé que ce jeu  avait mille vertus : il contribuait, selon lui, à former des gens  modestes, sensibles au vrai et au beau, leur donnait de la profondeur d’esprit et un caractère ferme. Il avait oublié que les échecs avaient parfois aussi un pouvoir de fascination destructeur.
Si le petit Boris battait déjà à huit ans des grands-maîtres expérimentés, il était par ailleurs un piètre écolier. On pouvait douter de son intelligence ; il avait par contre une mémoire exceptionnelle : il connaissait par cœur toutes les ouvertures possibles et leurs variantes, il avait refait des centaines de fois les parties modèles citées dans les  revues et livres spécialisés. Après chaque compétition, il rejouait mentalement les parties.
Plus sa renommée grandissait, plus Drigonov s’enfermait dans un univers particulier: il était obnubilé par le carré divisé en 64 cases sur lequel bougeaient  32 pièces de bois, celles qu’il manipulait et celles de l’adversaire qu’il imaginait devant lui.


Ce qui se passait dans le monde n'avait aucun intérêt pour lui. Il ne lisait pas les journaux, n’avait jamais ouvert un roman depuis sa sortie de l’école. Sa vie privée avait été un désastre. Marié à quarante ans par souci des convenances, il avait eu une fille dont il ne s’était jamais occupé.
Il était heureux ainsi, jusqu’à ce jour de janvier 1991 où son univers s’était écroulé.




mercredi 3 novembre 2010

Climat et Académiciens



L'ART DU COMPROMIS

Les académiciens sont des gens bien élevés. L’entrée à l’Académie ( quelle qu’elle soit) est généralement le couronnement d’une belle carrière. L’Académie des Sciences n’échappe pas à la règle. Porter l'habit d'académicien suppose un comportement conforme à la tradition.
Ainsi lorsqu’il s’agit de prendre position sur le réchauffement climatique que seuls quelques rares scientifiques mettent en doute, le rapport signé par des climatologues des deux camps est-il rédigé avec une grande prudence, de manière à ne vexer personne, quitte à écorner quelque peu la vérité.
On sait que le  rapport du GIEC attribuait  l’essentiel du réchauffement climatique  «  très probablement » aux activités humaines. Pour l’Académie, ce réchauffement est  «principalement dû à l'augmentation de la concentration de CO2 dans l'atmosphère». 
On appréciera la nuance.
Le rapport est ainsi truffé de concessions faites ici au GIEC, là à Claude Allègre  et à ses amis. On notera aussi  que la petite querelle qui oppose les climatologues aux autres scientifiques est tranchée en faveur de ceux-ci.
Cette attitude des académiciens paraît assez dérisoire à un moment où la mobilisation de toutes les énergies est nécessaire pour enrayer un phénomène dont la gravité est largement reconnue.


lundi 1 novembre 2010

Biodiversité : après Nagoya


Parce que la biodiversité  est l’un des problèmes majeurs qui se posent en matière d’environnement, depuis le début de l’année, j’ai participé à la campagne d’information menée pour sensibiliser les gens à cette question.
J’invite ceux qui souhaitent en savoir plus, à utiliser la fonction Recherche située sur la page d’accueil ( ou la fonction Libellés) pour accéder aux billets consacrés à ce thème.
Aujourd’hui, à quelques semaines de la fin de l’année, et  juste après la réunion de Nagoya ( Japon) où 200 pays étaient représentés, c’est un bref rapport d’étape que je veux dresser.
Ma première impression est que cette campagne, malgré les efforts déployés par les initiateurs et les associations écologistes, n’a pas atteint complètement l’objectif visé.
C’est ainsi que le sommet de la biodiversité de Nagoya semble ne pas avoir attiré suffisamment l’attention de la population.
Plus positif que le sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, ( ce n'était pas difficile ) celui de Nagoya a débouché sur un plan en 20 objectifs à l’horizon 2020.
Afin de  ralentir la disparition des espèces, la politique de protection de zones terrestres et maritimes va être amplifiée par la création de nouvelles zones protégées et l’extension de certaines zones existantes.
Une mesure réclamée par les pays en développement va voir le jour : il s’agit d’un nouveau système de partage des bénéfices réalisés par les industries pharmaceutiques qui exploitent les ressources  végétales et animales, principalement dans les pays du Sud.
Une fois encore, il faut regretter le refus des USA de signer cet accord qui ne règle pas le problème du déclin de la biodiversité mais constitue une petite avancée.





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