Théâtre : Yes, peut-être

de Marguerite DURAS



La compagnie des Mers du Nord était de passage dans le Boulonnais ce vendredi pour présenter une courte pièce de Marguerite Duras, écrite en 1968 : Yes, peut-être.
Cette pièce peu connue démontre que l’auteur était une visionnaire. Certes, en 1968, les premiers signes de la crise écologique étaient déjà apparus, le combat des antinucléaires était  bien vivace, l’ombre d’Hiroshima planait sur le monde et beaucoup de gens dénonçaient la guerre du Vietnam. Mais la prise de conscience des problèmes écologiques était moins forte qu’aujourd’hui.
Marguerite Duras nous présente dans cette pièce un monde dévasté par un désastre nucléaire. Il ne reste qu’un théâtre près de la mer. Du monde civilisé survit une vieille femme. Dans un coin de la scène un guerrier, plus mort que vivant, enchaîné, dont on apprendra qu’il est là pour repeupler la planète.
Apparaît soudain au-dessus de nos têtes une jeune femme venue d’ailleurs ; elle est à la recherche d’eau et de connaissances. Dans un langage minimaliste, les deux femmes vont tenter de communiquer. Peu à peu des bribes de mémoire collective vont se reconstruire. On comprend que les deux femmes vont essayer de vivre et la pièce se termine sur une note optimiste, par un passage de témoin entre la vieille femme du monde détruit et la jeune inconnue.
Les trois acteurs sont excellents. Brigitte Mounier qui assure la mise en scène a confirmé dans le débat qui a suivi le spectacle qu’elle était une femme engagée. La compagnie des Mers du Nord est installée à Gravelines, près de la plus grosse centrale nucléaire d’Europe et de 14 sites classés Seveso. Le choix de  cette pièce n'est donc pas innocent. C’est un théâtre militant qu’elle nous offre.
Souhaitons-lui de poursuivre longtemps sa mission. 

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