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mercredi 2 septembre 2015

Eté 2015 - En toute liberté n° 14 : l'image et l'imaginaire

                                        PHOTOS : RAMON CIURET

La Rumeur du temps entame sa  dernière  semaine des chroniques d’été. Sur des  photos de Ramon Ciuret,  voici des impressions,  réflexions et  émotions exprimées en toute liberté.

L’image et l’imaginaire

Je pense qu’on n’a pas suffisamment pris conscience de la puissance de la photo. Nous allons voir aujourd’hui qu’elle peut être inspiratrice et qu’elle peut aussi parfois influencer le destin des gens.



Cette photo produit dès qu’on la voit une impression forte : elle étonne, elle semble mystérieuse...et elle est superbe. La meilleure façon de traduire sera d'en faire une poésie.


2. Prendre une photo



Prendre une photo, comme le fait cette jeune femme, n’est pas un acte anodin.
Les uns photographient à des fins personnelles et familiales pour garder des souvenirs. Pour d’autres, il s’agit d’un art. Les publicitaires ont pour but d’attirer le regard de l’acheteur potentiel.
La photo a une autre fonction : elle stimule l’imagination : l’île lointaine qu’on découvre dans un magazine fait rêver. Parfois elle provoque un déclic qui changera une vie.
Dans le magazine Sciences Humaines du mois d’août, Hubert Ripoll raconte  comment est née la vocation du chorégraphe Angelin Preljocaj : quand il avait 11 ans, c’est une photo de Rudolf Noureïev exécutant un très joli saut sublimé par de belles lumières qui a déclenché sa passion pour la danse.

En agissant ainsi sur notre imaginaire ( reconnu aujourd’hui en tant que fonction essentielle pour l’être humain) la photographie ne peut plus être considérée comme une aimable distraction. Elle est un outil formidable au service de l’art, de la connaissance, des échanges humains...et de la liberté.

lundi 31 août 2015

Eté 2015 - En toute liberté n° 13 : Deux enfants et des livres

                                                   

                             Photos de Ramon Ciuret

La Rumeur du temps entame sa cinquième - et dernière - semaine des chroniques d’été. Sur des  photos de Ramon Ciuret,  voici des impressions,  réflexions et  émotions exprimées en toute liberté.


DEUX ENFANTS

Août s'achève. Quand revient le mois de septembre, on se dit que l’été est déjà fini. 
Pour les écoliers, c’est le retour en classe et la joie des retrouvailles avec les camarades, pour ceux qui travaillent il reste encore quelques doux souvenirs des vacances pour rêver. Brutalement la vie reprend son cours habituel.

Ces chroniques d’été tirent elles aussi à leur fin.
À l’occasion de la rentrée des classes, tournons-nous aujourd’hui vers ceux qui feront l’avenir :  les enfants.

PHOTO 1
Ils sont là tous les deux, photographiés de profil, elle - la plus jeune - les yeux cachés par son chapeau rose, lui, avec sa casquette grise, regardant résolument au loin. Ils sont pleins d’enthousiasme, ils font de grands rêves. Ils ont peut-être déjà une idée du métier qu’ils voudraient faire plus tard.
Ils sont encore insouciants mais ils n’ignorent pas qu’ils vivent dans un monde difficile. On leur a dit que le monde avait fait beaucoup de progrès au cours des cent dernières années, mais en regardant la télé ils ont pu voir que des journalistes pouvaient mourir en travaillant, que des vacanciers sur une plage, des gens visitant un musée, n’étaient plus en sécurité. Le monde moderne s’apparente par certains aspects au Moyen-Age, une époque où il était dangereux de se déplacer la nuit.
Alors on ne peut espérer qu’une chose, c’est que cette génération montante sera plus sage que celles qui l’ont précédée. L’école, que ces enfants vont retrouver demain, peut contribuer à en faire des êtres responsables.



PHOTO 2
Dans un panier d’osier, des livres ont été déposés hâtivement. Certains d’entre eux intéressent déjà le garçon et la fillette ; les autres, ils les liront dès qu’ils seront adolescents, ou plus tard encore. 
Le livre est en danger depuis que les écrans de toutes tailles, ceux des smartphones, des tablettes, des ordinateurs et des télés, ont envahi notre quotidien. Le temps passé devant ceux-ci réduit forcément le temps passé devant un livre. C’est regrettable pour la culture. C’est aussi dangereux pour la liberté car si le livre est un outil d’émancipation, les appareils connectés nous enferment dans un monde peu rassurant.


samedi 29 août 2015

Peintres du 19e siècle n° 8: Gauguin et la Bretagne

Gauguin et la Bretagne

MEULES DE FOIN EN BRETAGNE
PAYSAGE - LE POULDU

Quand on évoque le nom de Gauguin, on pense spontanément aux toiles évoquant les îles lointaines, Tahiti, les Marquises où il est enterré.
Son goût des voyages et de l’exotisme provenait  sans doute des années d’enfance passées au Pérou.

Mon choix s’est porté sur deux tableaux peints en 1890 lors d'un séjour au Pouldu, en Bretagne, le premier représentant un paysage breton, le second des meules de foin.
Pourquoi  ce choix ?
Parce que ces deux toiles expriment bien, selon moi, la maturité du peintre.

Ce qui frappe le plus dans l’œuvre de Gauguin, c’est son évolution permanente au fil du temps.
De 1874 à 1886, Paul Gauguin qui fut l’élève de Pissarro, a fait partie des peintres impressionnistes. 
En 1886, il fait un premier séjour en Bretagne ; la même année il rencontre Van Gogh à Paris et se lie d’amitié avec lui. Leurs échanges sur la peinture amenèrent Gauguin à faire évoluer sa façon de peindre.

L’abandon  des principes impressionnistes eut lieu en 1888, l’année de sa tragique dispute avec Van Gogh.
Gauguin fait alors le choix du synthétisme, qui est une simplification des formes : il ne faut pas être prisonnier du réel mais faire ressortir de l’œuvre une idée, pense-t-il.

Les deux tableaux peints au Pouldu illustrent cette nouvelle conception du peintre. 
Le style est dépouillé, les couleurs sont vives ; la modernité de ces tableaux est évidente, elle annonce la peinture du 20e siècle.
Un an plus tard, Gauguin connaîtra sa dernière évolution.
Il dit  adieu à la civilisation occidentale et s'imprègne de culture maori. Une façon de dire au monde qu'il y a d'autres façons de vivre que la nôtre.

vendredi 28 août 2015

Eté 2015 - En toute liberté n° 12 : l'extra du vendredi. Cinq sièges, une femme

                                      Photos de Ramon Ciuret

Eté 2015 en toute liberté (4e semaine). Sur des photos de Ramon Ciuret, voici des impressions,  réflexions et  émotions exprimées librement.

L’EXTRA DU VENDREDI
( Retour sur un des thèmes abordés cette semaine : ce que la couleur a apporté à la photo)

CINQ SIEGES

FEMME ASSISE

Couleur et sobriété : Cinq sièges, une femme

Pour un créateur, artiste ou auteur, il n’est pas nécessaire de chercher l’inspiration dans des sujets exceptionnels. Il suffit de savoir  regarder.
Quand le peintre, le photographe, le poète, voient des  choses banales, elles  leur paraissent toujours neuves. C’est ce qui leur permet de les représenter ou de les décrire d’une manière propre à leur personnalité.

Les deux photos présentées aujourd’hui font partie d’une série où l’on voit un ensemble de sièges de style moderne en plastique posés sur un plancher le long d’un mur noir. Tout cela – pourrait-on penser - n’a rien d’extraordinaire.
Mais le fait  que chacun des cinq sièges a une couleur différente des autres permet de remarquer ce mobilier.

Dans ce cadre d’une grande sobriété, Ramon a réalisé une série de photos où apparaît un personnage : une dame esquissant un beau sourire, portant une veste noire et un pantalon rouge. Le rouge et le noir, deux couleurs souvent associées.
Sur chacune de ces photos, la femme change de siège.
Cette  mise en scène  simple donne à la série un caractère original. On pense en regardant cette scène à une séquence de film.Libre à chacun d’en imaginer le scénario à sa guise.

Sur deux principes de base – une exploitation subtile des couleurs et le recours à la sobriété - le photographe réussit à capter notre attention et à faire travailler l’imagination.


Susciter l’intérêt, obtenir que l’œuvre  provoque  des interrogations, avant d’avoir la reconnaissance  du public, n’est-ce pas ce qu’espèrent tous ceux qui créent ?

mercredi 26 août 2015

Eté 2015 - En toute liberté n° 11


                                     Photos de Ramon Ciuret




La Rumeur du temps entame sa quatrième semaine des chroniques d’été. Sur des  photos de Ramon Ciuret,  voici des impressions,  réflexions et  émotions exprimées en toute liberté.


Jeux de couleurs


VERRES - OMBRE ET LUMIERE


SOLITUDE DU VERRE

Longtemps les photographes ont préféré le blanc et noir à la couleur. Il a fallu attendre les années 60 pour que celle-ci devienne populaire.
Si le procédé ancien a permis de réaliser de superbes clichés - notamment dans le domaine du portrait - il faut bien reconnaître que la couleur a apporté quelque chose d’essentiel : cela lui a permis de se rapprocher de la peinture.
Imagine-t-on un paysage de Cézanne, Gauguin ou Van Gogh sans ses magnifiques jaunes, ocres et bleus ?
Comment montrer les changements d’un arbre d’une saison à l’autre sans utiliser la couleur ? Ce serait se priver de l’éclat du vert émeraude des feuilles, de leur couleur rousse en automne.

Les deux photos présentées aujourd’hui sont une démonstration de l’importance de la couleur. Dans celles-ci, les objets - une bouteille et quelques verres - ne sont pas l’essentiel ; c’est la composition réalisée par Ramon qui attire l’attention : deux couleurs dominantes, le bleu et le noir, un jeu d’ombres et de lumière contribuent à former, comme dans l’œuvre d’un peintre, un superbe tableau.

La seconde photo procède de la même démarche. Au centre de l’image, un verre à pied, à l’arrière-plan une vitrine et ses boules lumineuses, plus loin des silhouettes imprécises, des couleurs variées ( bleu, jaune, blanc, rougeâtre), des reflets ici et là ; le tout donne une impression festive qui s’accorde à l’objet principal, le verre où un reste de vin blanc attend d’être ingurgité.

En jouant ainsi avec la couleur, le photographe crée une atmosphère  magique.

lundi 24 août 2015

Eté 2015 - En toute liberté n° 9 : le chat et l'homme

                                          Photos de Ramon Ciuret


La Rumeur du temps entame sa quatrième semaine des chroniques d’été. Sur des  photos de Ramon Ciuret,  voici des impressions,  réflexions et  émotions exprimées en toute liberté.

Le chat et l’homme

COUCOU, JE SUIS LÀ !
BONJOURJE SUIS LÀ !

Les textes de cette série Eté 2015  sont écrits,  je le rappelle, à partir des photos que Ramon a choisies librement. À moi d’en tirer, selon l’inspiration du moment, des commentaires pour lesquels j’ai fait le choix de ne pas évoquer les   aspects  techniques et didactiques.
Ainsi, dans cette démarche, chacun peut exprimer comme il l’entend, l’un avec des images, l’autre avec des mots, des sentiments de joie, des émotions, des idées...


C’est en jetant un nouveau coup d’œil sur  ces photos  que deux d’entre elles se sont tout à coup télescopées dans mon esprit : l’une représentait un jeune chat européen  blanc et noir  ( la façon dont les taches de ces chats sont disposées de manière quasiment identique quel  que soit  le pays où ils vivent est une curiosité  de la nature) ; l’autre mettait en scène un homme - sans doute un comédien - aux yeux grand ouverts. 
La façon dont ces photos ont été prises produit un effet étonnant ; on note une coïncidence frappante : l’être humain et l’animal ont pris une attitude inhabituelle et tous deux sont dans la même position. Chacun “ joue” un rôle, joue devant l’objectif, avec un même plaisir.

Tous ceux qui ont eu un chat (ou un chien) à un moment de leur vie savent qu’il est un être sensible, curieux, doué d’intelligence ; le chat  donne tant de signes d’affection à ceux qui vivent avec lui que sa disparition est vécue comme un drame.

 À‭ une époque - pas si lointaine - où l’on assimilait l’animal à un objet, de nombreux écrivains et artistes avaient évoqué leur passion pour le chat ; parmi eux, Baudelaire ( “‬Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux "...)‭, Colette ( La chatte ), Brassens  ( dans Le Testament : “‬S'il fouett' mes chats, y'a un fantôme. Qui viendra le persécuter").

Ces deux photos illustrent à merveille la complicité qui existe entre le chat et l'homme.

samedi 22 août 2015

Peintres du 19e n° 7 : Les couleurs du Sud

Cézanne, Van Gogh, les couleurs du Sud

CEZANNE : MAISONS A L'ESTAQUE

VAN GOGH : CHAMP DE BLE AVEC CYPRES

Cézanne, le provençal et Van Gogh, l’homme du Nord, né à Zundert, petite ville du sud des Pays-Bas ayant vécu plusieurs années en France où il a côtoyé les impressionnistes, sont pour moi les deux peintres les plus marquants du 19e siècle.

Du premier, Picasso disait : «il était notre père à tous ». Des peintres du début du 20e siècle vont s’inspirer de sa façon de « regarder les objets sous plusieurs angles» * pour créer le cubisme.
En 1908, Braque affiche sa proximité de vue avec Cézanne en peignant  Maisons à l’Estaque, une toile portant le même nom que celle du "père du cubisme".

L’univers de Van Gogh est différent. Ses premiers tableaux reflètent l’atmosphère de la Hollande et de la Flandre : les couleurs y sont sombres comme dans le Vieux clocher de Nuenen, peint en 1885. L’année suivante il rejoint son frère Théo à Paris.
En 1888, il s’installe à Arles. Cette date correspond à une évolution de son œuvre. Le trait change, mais c’est surtout l’emploi des couleurs et la façon de traiter les lumières qui caractérisent cette période.

Van Gogh, le postimpressionniste, précurseur lui aussi, est   certainement le peintre qui a su le mieux utiliser le jaune et l’ocre pour exprimer ses sentiments, ses hantises, dans les tableaux peints en France. 
On ne se lasse pas d’admirer ses tournesols, ses champs de blé sous la chaleur lourde d’été, ses soleils tourmentés.  

Cézanne et Van Gogh ont tous les deux mis en valeur les couleurs de la Provence : le bleu de la Méditerranée et du ciel, l’ocre des maisons et des roches, le jaune  des champs de blé, le vert des oliviers et des cyprès.
Leurs toiles sont une ode à la Provence comme le sont les textes de Giono et de Pagnol.

* Alyse Gaultier - l’ABCdaire du cubisme

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