Rechercher dans ce blog

lundi 12 septembre 2016

La bride sur le cou ( semaine 37)



La bride sur le cou :‭ ‬décontracté,‭ ‬détendu,‭ ‬lâché,‭ ‬libre‭ ( ‬Le Robert,‭ ‬dictionnaire des synonymes‭)‬ 

TRIOMPHANTS ET DEFAILLANTS



"Nous sommes technologiquement triomphants mais culturellement défaillants"
 (Edgar Morin, sur Twitter - septembre 2016)

   Certains  reprochent parfois à Edgar Morin d’expliquer la complexité du monde (c’est-à-dire les liens tissés entre différents éléments d’un système) de manière un peu compliquée. Il sait pourtant aller à l’essentiel en peu de mots comme il le montre encore dans ce tweet récent.

    Le «nous» qui commence la phrase désigne bien sûr ceux qui appartiennent à la civilisation occidentale, celle qui a longtemps cru (et certains le pensent encore) qu’elle est supérieure à toutes les autres parce qu’elle est à la pointe du progrès technique et scientifique.
   À cette croyance, on ajoute souvent l’aspect culturel : dans un climat détestable de xénophobie, certains n’hésitent pas à dire que la pensée et l’art occidentaux ainsi que la religion chrétienne sont supérieurs à ceux d’autres peuples.
Holbach (1723-1789) écrivait :
« La vie sauvage ou l’état de nature ne sont dans le vrai que des états de misère, d’imbécillité, de déraison.»
De nos jours encore, de pseudo-philosophes pensent la même chose.

   C’est ce sentiment de supériorité qui a engendré la plupart des maux qui ont conduit la civilisation occidentale dans l’impasse où elle est aujourd’hui : pillage et pollution de la nature, colonisation d’autres peuples entraînant un désordre mondial, invention d’armes ) susceptibles de provoquer la destruction de l’humanité...

   Oui, «nous sommes culturellement défaillants.»

   Si l’on donne à au mot culture le sens large qui la distingue de la nature et qui est tout ce qui concerne le comportement humain, on est obligé de constater que le monde occidental n’a pu empêcher la barbarie, la criminalité, les guerres...Dans le domaine environnemental, elle est coupable de détérioration.

  Comme l’a écrit Claude Lévi-Strauss, l’Occident aurait beaucoup à apprendre des sociétés que nous appelons primitives :
« La fraternité humaine acquiert un sens concret en nous présentant, dans la plus pauvre tribu, notre image confirmée et une expérience dont, jointe à tant d’autres, nous pouvons assimiler les leçons.»

 La civilisation occidentale a oublié l’essentiel : apprendre à vivre ensemble. Elle a oublié qu'il n'y a pas de progrès réel quand on délaisse le progrès moral. 


samedi 10 septembre 2016

La phrase du week-end n° 3


Le billet du samedi, intitulé La phrase, apporte une réflexion sur des sujets variés (faits de société, littérature, art, voyages, etc.) accompagnée d’une photo et d’un bref commentaire.

La beauté du végétal



“ Quand on se promène dans la nature, l'œil est  attiré par  l’élégance d’un frêne, par la couleur éclatante des digitales, mais  il faut savoir aussi regarder la beauté dans tout ce qui vit, car elle est également dans la modeste plante qui pousse au bord des chemins.”

Commentaire

           L’homme moderne a tendance à oublier 
tout ce qu’on doit à la nature.
Elle assure l’équilibre des écosystèmes, abrite les animaux sauvages, 
les nourrit. 
Elle apporte ses bienfaits à l’être humain : 
elle est un lieu de promenade, de détente, de méditation. 
Elle inspire les peintres, les poètes.
On ne demande pas à tous de l'aimer, 
mais simplement
de la respecter.

mercredi 7 septembre 2016

Nous n'avons qu'une Terre n°1



« Soyons le changement que nous voulons voir dans le Monde. » 
 (Gandhi)

Quarante ans d'irresponsabilité

    « Nous n’avons qu’une terre.» 
  Cette courte phrase est le titre d’un rapport qui fut demandé en 1972 par le Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement qui se tint à Stockholm en présence de 152 conseillers représentant 58 pays.

  Ce rapport donnait un aperçu des problèmes constatés dans les relations entre l’homme et son habitat naturel. Déjà à l’époque, de nombreuses pollutions agissaient négativement sur les écosystèmes et le déséquilibre entre pays riches et pays pauvres se creusait.
« La pire de toutes les pollutions, c’est la misère», peut-on lire dans le rapport.

  Depuis la rédaction de cet ouvrage destiné à sensibiliser le public, 44 ans se sont écoulés.
En dehors des militants déjà convaincus (écolos de la première heure, antinucléaires, féministes...) peu de monde a entendu le message porté par le rapport. La société productiviste a continué de polluer, piller les richesses naturelles, en particulier celles du Tiers-Monde.

  Il faudra attendre vingt ans pour qu’une initiative internationale soit lancée pour lutter contre le désordre écologique. Ce fut le sommet de Rio (1992) et la promotion du développement soutenable, vite dénaturé et incapable de stopper le phénomène de détérioration de la planète qui est une menace sérieuse pour l’avenir de l’humanité, notamment avec le dérèglement climatique.
Les conférences sur le climat, y compris la dernière, la COP 21, n’ont abouti qu’à des discours trompeurs.

   Quelques mois après celle-ci, la France n’a rien changé dans ses pratiques. La lutte contre le terrorisme est devenue pour le gouvernement le principal problème du moment. S’il ne faut pas nier son importance, il faut avoir à l’esprit que la question écologique est d’une autre ampleur.

Laissons parler les chiffres.
      _____________________________________________________________________

- Selon le Monde du 25 novembre 2015, les attentats commis par 
l’État islamique 
ont fait un peu plus de 1600 victimes en 18 mois.
- Selon le rapport de l’OMS du 15 mars 2016, près d’un quart 
des morts
 constatées dans le monde sont liées à un problème 
environnemental.
- Le nombre de décès liés à la pollution de l’air s’élève à 7 millions 
par an dans le monde (source : notre-planète.info)
_____________________________________________________________________

Où est la logique ?

   Pour combattre le terrorisme, on se donne les moyens d’agir, on réduit les libertés individuelles. Pendant ce temps, on laisse les grands groupes polluer les océans, l’air et le sol, on met en danger la santé des gens, on détruit l’habitat naturel des animaux, on provoque leur mort et  certaines espèces  risquent de disparaître : chez les grands singes par exemple, quatre espèces sur six sont  en danger d'extinction : le gorille de l’est et celui de l'Ouest, l’orang-outan de Bornéo et celui de Sumatra.

  La société industrielle encouragée par des gouvernants qui n’ont pas pris la mesure des problèmes essentiels n’est pas durable.
On le sait depuis plus de quarante ans et l'on continue de faire semblant de croire qu'on peut continuer de produire et consommer comme il y a cinquante ans.

   





lundi 5 septembre 2016

La bride sur le cou (semaine 36) : Rentrées



La bride sur le cou:‭ ‬décontracté,‭ ‬détendu,‭ ‬lâché,‭ ‬libre‭ ( ‬Le Robert,‭ ‬dictionnaire des synonymes‭)‬ 

Rentrées‭ 

   Au mois d’août,‭ ‬le pays vit au ralenti :‭ ‬de nombreuses entreprises ferment,‭ ‬il devient quasiment impossible de trouver un plombier,‭ ‬les politiques se taisent  (‬ce qui n’est pas plus mal ‭)‬.‭ ‬Dès que revient septembre,‭ ‬c’est le grand réveil,‭ ‬l’heure de la rentrée.

  Celle des élèves et des enseignants a déjà été évoquée dans ce blog la semaine dernière,‭ ‬sous l’angle historique et psychologique.‭ 
Si nous regardons la rentrée de façon plus profonde,‭ ‬en nous interrogeant sur l’état de l’école et sur son avenir,‭ ‬c’est plutôt l’inquiétude qui domine.‭ ‬Une nouvelle réforme s’annonce,‭ (‬une de plus ‭!‬)  sans que la question essentielle ait été posée :‭ ‬comment enseigner pour réduire les inégalités‭ ‬constatées par le classement Pisa où la France arrive en‭ ‬25e position ‭?

Pour cela il faudrait une meilleure formation des enseignants basée sur la connaissance des processus d’apprentissage,‭ ‬ce qui n’a jamais été la préoccupation de l‭’‬Éducation nationale‭ (‬seules les écoles de type Montessori prennent en compte cette question‭).

   Autre rentrée, celle des politiques. Celle-ci intervient dans un climat malsain. Quand la politique retrouvera-t-elle les objectifs qui devraient être les siens : organiser la société pour que tous les citoyens, quelles que soient leurs origines, leurs idées, leur religion, vivent ensemble paisiblement, dans la liberté et la recherche de l’égalité ?
Tant que la constitution actuelle, complètement dépassée, sera en place, on ne  peut espérer aucune évolution positive.

   Pour les médias, la rentrée est l’occasion de se renouveler. La nouvelle chaîne publique  Franceinfo cherche à se démarquer des autres en traitant l’information de manière plus profonde. Espérons qu'elle réussisse.
On aimerait que le traitement de la culture bénéficie lui aussi d’une approche nouvelle. Comme a su le faire en son temps Jean Vilar pour le théâtre (avec le TNP) il faudrait que la radio et la télé rendent la culture plus attrayante et accessible à tous.

   La rentrée littéraire : comme chaque année, ce sont des centaines de livres qui sont proposés aux lecteurs, ouvrages d’auteurs peu connus ou d’écrivains chevronnés comme Yasmina Reza et Salman Rushdie.

  Parmi tous ces livres, le choix est toujours difficile. C’est le hasard qui m’a fait découvrir La rentrée n’aura pas lieu, de Stéphane Benhamou, un livre qui nous parle de la France en vacances, à la fin du mois d’août. 
  Lassés de la vie quotidienne ennuyeuse et de l'ambiance anxiogène, les gens décident de ne pas rentrer chez eux. Le choix du repos, de la tranquillité comme forme de révolte, ce n’est pas courant. Ce livre plein d’humour et de dérision n’a aucune prétention; sa lecture apporte quelques heures de détente. Ce qui n'est pas négligeable en ce moment.

samedi 3 septembre 2016

La phrase du week-end n° 2

Le banquier repenti

Le billet du samedi, intitulé La phrase, apporte une réflexion sur des sujets variés (faits de société, littérature, art, voyages, etc.) accompagnée d’une photo et d’un bref commentaire.

AFRIQUE

«  Le jour où j’ai lu dans un journal qu'un homme venait de quitter l'univers de la  banque pour travailler dans l'humanitaire, je me suis dit qu’il avait simplement compris que gagner beaucoup d'argent ne suffit pas pour réussir sa vie. »

Commentaire

Il ne faut pas désespérer des hommes. 
Même s’ils sont conditionnés dès l’enfance 
par des messages qui leur font croire que la réussite 
est liée avant tout à une situation confortable 
qui leur permet d’avoir un certain pouvoir 
et d’acheter des objets qui sont des signes de richesse,
 il arrive que la réflexion sur le but de l’existence 
ou un événement exceptionnel réussisse à remettre en cause 
un mode de vie qui n’apporte aucune espérance.

Quand une personne choisit de se consacrer aux autres, 
à ceux qui souffrent dans sa ville, en France ou ailleurs dans le monde,
 elle donne un sens à la vie.





vendredi 2 septembre 2016

Rentrée des classes





  
   Quelques jours avant la rentrée, mon petit-fils qui a neuf ans disait avec humour :
- J’aime bien l’école, surtout le premier jour !
Cette phrase résume bien la magie des rentrées scolaires où tout paraît neuf, où l’on a l’impression de prendre un nouveau départ alors qu’on est dans la continuité d’un parcours.

  Beaucoup d’adultes ont la nostalgie des rentrées des classes de leur enfance.
C’est ainsi  que René-Guy Cadou évoquait dans le poème Automne sa joie de retrouver l’école après de trop longues vacances. Et dans son cas, la situation était particulière puisqu’il vivait dans l’école où enseignaient ses parents (lui-même deviendrait plus tard instituteur) :

«  Odeurs des pluies de mon enfance,
Derniers soleils de la saison !
...
La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées, 
Sentait l'encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières 
Amassées par tout un été. » 


  L’émotion et l’appréhension ne touchent pas seulement les élèves ; le professeur débutant les connaît lui aussi. Le premier contact avec une classe est toujours un exercice redouté ; partagé entre l’enthousiasme et la peur d’échouer, il doit trouver la juste voie pour se faire respecter et faire aimer l’école à tous.

Des rentrées différentes

   Au fil du temps, les rentrées ont changé parce que la société n’est plus la même. Si l’école qu’évoquait René-Guy Cadou et celle que j’ai connue lors de ma première rentrée en tant qu’élève, quelques années après la seconde guerre, avait peu évolué dans son esprit et ses objectifs (un enseignement donnant les bases fondamentales pour mener la majorité des élèves au certificat d’études) et dans ses détails (les filles et les garçons séparés, l’instituteur en blouse grise, l’encrier et le porte-plume, le tableau noir et la craie…), elle connut, à partir des années 70, une transformation importante : tous les élèves entrèrent au collège quel que soit leur niveau, les classes devinrent mixtes, le stylo bille et le matériel informatique apparurent. Alors que les réformes manquaient de clarté, les problèmes sociaux pénétraient davantage au sein de l’école et peu à peu, le doute s’est installé parmi les enseignants, les parents et les élèves.

   L’instituteur de la première moitié du 20e siècle encourageait ses élèves en affirmant que faire de bonnes études leur permettrait de trouver plus tard un bon travail.

  Le professeur de 2016 doit apprendre à gérer l’incertitude.


  

lundi 29 août 2016

La bride sur le cou - semaine 35




La bride sur le cou: décontracté, détendu, lâché, libre ( Le Robert, dictionnaire des synonymes) 

Le choix du mot juste

    Il n’a échappé à personne que notre pays est en train de glisser sur une pente dangereuse, et la période électorale qui s’annonce n’arrangera pas les choses.
  En effet, avec une gauche émiettée, affaiblie par les renoncements du gouvernement, une écologie politique meurtrie par les ambitions personnelles et une droite ayant tendance – à quelques exceptions près – à reprendre les solutions des extrémistes, il faudrait un choc imprévisible à ce jour pour qu’une solution aux problèmes actuels sorte des urnes l’an prochain.

    L’actualité montre que les questions les plus ordinaires ne peuvent être résolues si elles ne sont pas traitées sous l’angle de la complexité. Il apparaît également nécessaire de revoir certains mots du vocabulaire.

Burkini

   Prenons le cas du burkini, banale affaire de vêtement de plage transformé par certains observateurs et politiciens en outil de propagande du djihadisme. 
    Ceux qui ont créé cet habit ont cru bon de faire référence à deux tenues, la burqa symbole de la femme qui couvre son corps et le bikini présenté dans les années 1950 comme un symbole de l’émancipation féminine. Or le « burkini » n’est ni l’un ni l’autre. On aurait sans doute évité de nombreux amalgames en l’appelant autrement.

   Le plus grave est que cette affaire banale ait servi de prétexte pour stigmatiser les personnes de religion musulmane (rappelons que le Coran n’impose rien d’autre qu’ « une tenue modeste »), pour humilier des femmes portant ce vêtement et pour empêcher dans certaines villes d’aller librement sur la plage où la loi n’interdit qu’une chose : la nudité intégrale.

Intégration

   Voici un autre mot qui pose problème. Quelle est sa définition selon le Robert ?
« intégration : assimilation d’un individu ou d’un groupe à une communauté, à un groupe social »
Or l’assimilation consiste à considérer que l’autre est semblable à vous-même. En d’autres termes, c’est nier sa différence, sa culture originelle, ses racines.

   Cette conception qui est celle des mouvements hostiles aux populations étrangères est contraire à la réalité historique. Depuis plusieurs générations les Français d’origine polonaise continuent de faire connaître leurs chants, leurs danses, leurs coutumes ; la cuisine française s’est enrichie de recettes venant d’ailleurs ; les livres et les musiques du monde ont pénétré en France.
    Certains préconisent aujourd’hui un repli sur soi, c'est le signe que la xénophobie et le racisme grimpent en France.

Migrant 

   Michel Butor qui vient de nous quitter il y a quelques jours était un remarquable écrivain.
    Il avait accordé en mai un long entretien au magazine Lire.
La distinction entre réfugié politique et économique l’agaçait.
En ce qui concerne le migrant, il déclarait :
« Cette notion de migrant est une erreur. »
Et il rappelait que la migration consiste à aller d’un point à un autre « comme les oiseaux migrateurs. »
Or ceux qu'on appelle migrants  sont des gens qui fuient, qui cherchent un refuge.
Il faut donc trouver un autre mot qui traduise la réalité, disait Michel Butor.

Employer le mot juste, c'est la condition nécessaire pour entamer un dialogue constructif.


Chroniques les plus lues