La bride sur le cou - semaine 35




La bride sur le cou: décontracté, détendu, lâché, libre ( Le Robert, dictionnaire des synonymes) 

Le choix du mot juste

    Il n’a échappé à personne que notre pays est en train de glisser sur une pente dangereuse, et la période électorale qui s’annonce n’arrangera pas les choses.
  En effet, avec une gauche émiettée, affaiblie par les renoncements du gouvernement, une écologie politique meurtrie par les ambitions personnelles et une droite ayant tendance – à quelques exceptions près – à reprendre les solutions des extrémistes, il faudrait un choc imprévisible à ce jour pour qu’une solution aux problèmes actuels sorte des urnes l’an prochain.

    L’actualité montre que les questions les plus ordinaires ne peuvent être résolues si elles ne sont pas traitées sous l’angle de la complexité. Il apparaît également nécessaire de revoir certains mots du vocabulaire.

Burkini

   Prenons le cas du burkini, banale affaire de vêtement de plage transformé par certains observateurs et politiciens en outil de propagande du djihadisme. 
    Ceux qui ont créé cet habit ont cru bon de faire référence à deux tenues, la burqa symbole de la femme qui couvre son corps et le bikini présenté dans les années 1950 comme un symbole de l’émancipation féminine. Or le « burkini » n’est ni l’un ni l’autre. On aurait sans doute évité de nombreux amalgames en l’appelant autrement.

   Le plus grave est que cette affaire banale ait servi de prétexte pour stigmatiser les personnes de religion musulmane (rappelons que le Coran n’impose rien d’autre qu’ « une tenue modeste »), pour humilier des femmes portant ce vêtement et pour empêcher dans certaines villes d’aller librement sur la plage où la loi n’interdit qu’une chose : la nudité intégrale.

Intégration

   Voici un autre mot qui pose problème. Quelle est sa définition selon le Robert ?
« intégration : assimilation d’un individu ou d’un groupe à une communauté, à un groupe social »
Or l’assimilation consiste à considérer que l’autre est semblable à vous-même. En d’autres termes, c’est nier sa différence, sa culture originelle, ses racines.

   Cette conception qui est celle des mouvements hostiles aux populations étrangères est contraire à la réalité historique. Depuis plusieurs générations les Français d’origine polonaise continuent de faire connaître leurs chants, leurs danses, leurs coutumes ; la cuisine française s’est enrichie de recettes venant d’ailleurs ; les livres et les musiques du monde ont pénétré en France.
    Certains préconisent aujourd’hui un repli sur soi, c'est le signe que la xénophobie et le racisme grimpent en France.

Migrant 

   Michel Butor qui vient de nous quitter il y a quelques jours était un remarquable écrivain.
    Il avait accordé en mai un long entretien au magazine Lire.
La distinction entre réfugié politique et économique l’agaçait.
En ce qui concerne le migrant, il déclarait :
« Cette notion de migrant est une erreur. »
Et il rappelait que la migration consiste à aller d’un point à un autre « comme les oiseaux migrateurs. »
Or ceux qu'on appelle migrants  sont des gens qui fuient, qui cherchent un refuge.
Il faut donc trouver un autre mot qui traduise la réalité, disait Michel Butor.

Employer le mot juste, c'est la condition nécessaire pour entamer un dialogue constructif.


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