CONTES BREFS (8)



Celui qui rêvait de devenir écrivain



A dix ans, Maxime Tabart rêvait déjà de devenir écrivain. Quelques années plus tard, il lui arrivait fréquemment de se lever la nuit, d’endosser une robe de chambre et de se mettre à écrire  en buvant plusieurs tasses de café. Il se prenait volontiers pour le nouveau Balzac. Quelques prix de poésie glanés dans différents concours avaient encouragé sa vocation.
Arrivé à l’âge adulte, Maxime Tabart pensa qu’il devenait urgent de publier les œuvres qui s’étaient accumulées sur son bureau, depuis une dizaine d’années. La liste des éditeurs qu’il avait retenus était déjà prête lorsqu’il eut un terrible choc en flânant dans les allées d’une grande librairie : le nombre de livres qui s’entassaient sur les grandes tables et sur les rayons était impressionnant.
— Comment mes livres vont-ils se faire remarquer parmi cette multitude d’ouvrages ? pensa-t-il.
La perspective de voir ses livres finir au pilon lui était insupportable et Maxime Tabart remit à plus tard sa décision d’envoyer un premier livre à un éditeur. Les années passèrent. Au milieu des années 80, comme beaucoup d’autres autour de lui, il s’enflamma pour la cause écologiste.
— Sacrifier des arbres pour publier des livres qui  tomberont dans l’oubli ou ne seront jamais lus, ce serait complètement irresponsable, pensait-il. Et puis, vouloir se faire connaître en écrivant, c’est un acte vaniteux.
Ayant ainsi renoncé à être le grand écrivain qu'il rêvait de devenir, Maxime Tabart  se contentait, après ses promenades à travers bois  et collines, de noter ses impressions et il inventait des histoires qu’il lisait de temps en temps à ses petits-enfants.                      

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