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mercredi 21 novembre 2012
lundi 19 novembre 2012
Notre-Dame-des-Landes
LE PROJET D'UNE AUTRE EPOQUE
La
manifestation réussie contre le projet d'aéroport de
Notre-Dame-des-Landes permet de penser que le projet peut encore être
enterré. On peut seulement regretter que, contrairement à ce qui
s'était passé sur le Larzac dès 1971 pour éviter l'extension du
camp militaire et en Haute-Loire en 1989 pour refuser la construction
du barrage de Serre de la Fare, la mobilisation nationale soit venue
tardivement alors que localement, dès 1972, les paysans locaux
avaient entamé leur lutte contre le projet d'aéroport.
Je
ne reviendrai pas en détail sur les arguments qui ont été utilisés
par les uns et les autres pour défendre ou refuser ce projet. Tous
les journaux les ont donnés ces derniers jours. Je voudrais ici
insister sur l'essence même de la discorde : celle-ci révèle
une divergence profonde sur le modèle de développement que nous
devons choisir pour le 21e siècle.
A
l'évidence, Notre-Dame-des-Landes est le projet d'une autre époque.
On était en 1972 quand cette idée d'aéroport est née. Georges
Pompidou, président de la République, poursuivait la politique de
son prédécesseur Charles de Gaulle. Pour eux, "la grandeur de la
France" s'exprimait à travers de grands projets, on encourageait la
consommation et rares étaient ceux qui avaient senti la crise
économique qui allait suivre.
Quarante
ans plus tard, le monde a changé. Continuer à penser l'avenir en
agissant comme on le faisait il y a 40 ans est une grave erreur. Les
opposants au projet d'aéroport ne mènent pas seulement une action
locale. Ils défendent une vision plus juste, plus écologique de la
société d'aujourd'hui et de demain. La référence à la lutte du
Larzac est juste.
Ceux
qui s'opposent à Notre-Dame-des-Landes disent qu'on a suffisamment
sacrifié de terres agricoles ces dernières décennies et qu'il
serait indécent de poursuivre dans cette voie. Nourrir les hommes
reste une des priorités de toute société.
Ils
disent qu'on a suffisamment pollué l'atmosphère depuis 40 ans et
qu'il faut lutter contre le réchauffement climatique, qu'il est
temps de penser à l'après-pétrole et de favoriser les modes de
transports économes.
Ils
disent qu'il y a suffisamment de détresse sociale dans ce pays pour
se permettre d'investir des millions d'euros qui seraient plus utiles
dans d'autres activités utiles socialement.
Ceux
qui mettent en avant la création d'emplois générés par la
construction de l'aéroport raisonnent dans une perspective de court terme.
Une
réflexion axée sur le long terme conduit à rejeter ce projet pour
des raisons économiques, sociales et environnementales.
vendredi 16 novembre 2012
Orientation, le mot de la semaine (90)
Chaque
semaine, voici - à partir d’un mot - une réflexion développée
brièvement.
Aujourd’hui,
le mot : orientation
Il
y a quelques jours, je participais à un débat sur l'orientation,
question cruciale qui engage l'avenir des jeunes mais qui ne peut
être traitée sérieusement que si elle est prise dans un contexte
global. Celui-ci comprend, outre l'orientation, l'éducation de base qui permet de
maîtriser les outils indispensables : lire, écrire, compter,
savoir s'organiser, travailler ensemble, la formation
professionnelle (initiale et continue) et les débouchés en terme
d'emploi.
Suivant
de près ces questions depuis 20 ans, alors que j'avais en charge la
politique de formation
de la Région Nord/ Pas-de-Calais, je me rends compte aujourd'hui que
la situation a peu évolué, malgré quelques avancées positives,
notamment dans l'amélioration des rapports entre l'école et
l'entreprise.
Comment
expliquer cette situation ?
La
principale cause relève, à mon avis, dans la difficulté à
appréhender le changement de société que beaucoup continuent d'appeler "crise".
Les
institutions publiques et les entreprises privées fonctionnent
encore selon le modèle du siècle dernier, celui de l'ère
industrielle où l'on pensait qu'il suffit de produire de la
croissance pour donner du travail à tout le monde. Ce système
encourageait la compétition et la sélection. S'il a donné
quelques résultats à ses débuts, il a vite montré ses limites :
il a produit alors exclusion, chômage et dégâts environnementaux.
De
nombreux sociologues, philosophes, économistes, responsables
associatifs, sont d'accord aujourd'hui pour dire que nous entrons dans
une nouvelle ère qui nous impose de penser autrement.
En
ce qui concerne l'orientation des jeunes, quel est l'enjeu
essentiel ?
Prenons
le cas d'un élève de 3e appelé à faire un choix important (quelle
seconde choisir?). Né en 1997, il aura 60 ans en 2057. Quel sera le
parcours professionnel de ce jeune ? Même s'il accomplit toute
sa carrière dans le même secteur d'activité, il connaîtra
plusieurs employeurs, s'il décide de créer sa propre entreprise
il sera amené à évoluer, à s'adapter à de nouvelles
technologies et peut-être aussi à changer de métier.
Pour
apporter les meilleures réponses possibles à ce jeune, il est
illusoire de penser que l'école et les structures publiques de
formation et d'emploi pourront résoudre tous les cas individuels. Il
est indispensable que toute la société s'approprie cette
question globale (éducation, formation, orientation, emploi) et
participe à travers les associations et les initiatives citoyennes à
l'élaboration d'un projet collectif permettant de « moderniser
sans exclure » pour reprendre l'expression que Bertrand
Schwartz avait choisie comme titre d'un de ses livres.
Tous ensemble (école, parents, associations) nous devons nous fixer deux objectifs clairs :
1. en terme d'éducation : permettre à ce jeune de s'adapter tout au long de sa vie aux évolutions, en lui donnant les compétences nécessaires.
2. en terme d'orientation : l'aider à choisir la voie la plus favorable à son épanouissement et à sa forme d'intelligence : pour les uns, études s'appuyant en priorité sur les acquisitions théoriques, pour les autres, voie de l'alternance et de l'apprentissage permettant d'accéder à un niveau d'études équivalent dans certains domaines à celui de l'enseignement général.
Dans cette perspective, le choix d'un métier précis apparaît secondaire ; c'est l'envie de travailler dans un domaine d'activité qui doit primer.
Dans cette perspective, le choix d'un métier précis apparaît secondaire ; c'est l'envie de travailler dans un domaine d'activité qui doit primer.
mercredi 14 novembre 2012
Paroles de chat (4)
La colère du chat
(
Platon est un chat qui a été accueilli il y a dix ans par Boris,
Sylvie et leurs enfants Emma et Jules. Ce chat a la particularité
d'observer malicieusement le monde qui l'entoure)
Aujourd'hui,
il nous parle de son actualité :
« La
semaine aurait dû être excellente : Boris que je n'avais pas
vu depuis un mois – je ne
sais toujours pas pour quelle raison –
est enfin revenu. Aussitôt l'ambiance à la maison est devenue plus
sereine, Sophie a retrouvé sa bonne humeur et les enfants leur
sourire.
Et
puis, le lendemain, tout a brusquement changé ; au milieu de
l'après-midi, Sophie est rentrée furieuse et inquiète à la fois :
-
On a retrouvé plusieurs chats morts ce matin dans le quartier,
a-t-elle dit à Boris. Ils ont sans doute été empoisonnés. Je
sais qu'il y a dans le voisinage des gens qui détestent les chats.
-
Ce serait plus prudent de ne pas laisser sortir Platon pendant
quelques jours, a conclu Boris.
C'est
la raison pour laquelle je reste enfermé depuis six jours, et mes
petites promenades commencent à me manquer.
Et
puis hier soir, un autre évènement m'a mis dans une grosse colère.
Sophie et Boris regardaient les infos à la télé quand soudain des
images les ont fait bondir de rage. J'ai dressé les oreilles et
regardé l'écran : on voyait de pauvres chats jetés
brutalement d'une fenêtre et le commentateur disait qu'il s'agissait
d'une performance réalisée par un artiste (*). Appeler ce geste
sadique une performance artistique, quel scandale ! Et il paraît que
d'autres avant lui avaient déjà fait la même chose !
Décidément, j'ai bien du mal à comprendre les humains. Certains
sont si gentils avec nous, ils considèrent que nous faisons partie
de leur famille. Et il y en a d'autres qui nous font souffrir et qui
nous tuent. Si j'avais un conseil à donner aux hommes, c'est qu'il
faudrait qu'ils s'inquiètent un peu plus de ces comportements
barbares. »
(*)
il s'agit d'un fait réel
lundi 12 novembre 2012
Oui, les campagnes ont un avenir
L'une
des plus grosses erreurs commises par les décideurs au 20e siècle a
été de ne pas enrayer la désertification des campagnes. La seconde
a été de sacrifier l'agriculture paysanne au profit d'une
agriculture industrielle.
Cette
politique s'est révélée désastreuse
du point de vue humain, économique, social et environnemental.
Il
est regrettable de constater le manque de clairvoyance des dirigeants
qui n'ont pas compris l'importance de maintenir une agriculture
pratiquée dans des exploitations à taille humaine où les cultures
et les élevages respectaient les lois naturelles, contribuant ainsi à
fournir aux populations une alimentation saine et de qualité.
La
disparition progressive des fermes a appauvri les
territoires ; les espaces ruraux, au fil du temps, ont perdu leur attractivité en voyant disparaître une grande partie des services publics
indispensables à la vie de tous les jours.
L'environnement
a souffert de ce changement qui a entraîné pollution des
sols, des cours d'eau, des nappes phréatiques, dégradation de la biodiversité ...
Du
point de vue économique, cela a été une gabegie et une insulte au
bon sens : des milliards d’euros ont été dépensés par l’Europe, allant essentiellement à l'agriculture « classique »,
celle qui utilise pesticides, insecticides, fongicides...
Pourtant,
malgré la situation dans laquelle elles se trouvent, les campagnes
possèdent des atouts, et le 21e siècle pourrait voir leur
renouveau.
La seule solution possible pour elles est de s'inscrire dans une
démarche de développement responsable, combinant innovation, et
esprit de justice (afin que l'ensemble de la population bénéficie
du développement).
Le
premier atout des espaces ruraux est dans la qualité des paysages
qui doivent être préservés, mais il y en a d'autres, notamment
la richesse du patrimoine historique et culturel. Ces arguments sont
favorables au développement d'un tourisme durable mettant en valeur
l'économie et les qualités humaines locales.
L'innovation
peut s'exprimer pleinement dans les nouvelles technologies, en
particulier grâce à Internet qui est en train de modifier les
comportements et les emplois en permettant une interactivité
très intéressante,
Mais,
comme l'explique André-Yves Portnoff, chercheur en prospective,
dans un entretien donné à l'occasion de sa venue prochaine à
Calais « cela s’oppose à la culture de la rivalité qu’on
nous a inculquée à l’école, alors qu’il faudrait dès l’école
expliquer que l’on est plus fort lorsqu’on s’appuie sur les
autres et parler plus d’émulation. participative. » Cette
remarque pertinente fixe les conditions de la réussite.
L'innovation
se trouve également dans l'agriculture qui doit tenir toute sa
place dans le renouveau des campagnes. L'agriculture de demain ne
pourra être que biologique. Et contrairement à ce qu'on entend dire
souvent, celle-ci n'est pas un retour en arrière mais « une
combinaison sophistiquée de
sagesse ancienne et d'innovations écologiques modernes qui
permettent d'aider à maîtriser les effets générateurs de
rendement des cycles nutritifs, les insectes bénéfiques et la
synergie des cultures » comme l'a écrit
Brian Halweil, chercheur à l'Institut Worldwatch, dans une
étude publiée en 2006.
vendredi 9 novembre 2012
Court terme, long terme
La
réélection de Barack Obama a été un soulagement pour le monde
entier car les idées défendues par son adversaire ( mélange
d'obscurantisme et d'archaïsme) paraissaient très dangereuses.
Pourtant, il faut bien reconnaître que le premier mandat du
président américain a été plutôt décevant : on n'a pas
senti chez lui la volonté d'entamer la mutation qui aurait permis
d'entamer le 21e siècle dans des conditions plus favorables pour
l'avenir du monde ; notamment sur les problèmes écologiques (
réchauffement climatique, biodiversité) il a été peu présent.
En
France, il est bien sûr trop tôt pour porter un jugement sur le
mandat de François Hollande qui a été élu, selon de nombreux
commentateurs, plus sur un rejet de son adversaire que sur une
adhésion à son programme, ce qui pourrait expliquer en partie la
déception qu'on sent dans le pays. Cependant on peut d'ores et déjà
noter que les premières décisions prises dans le domaine économique
ne marquent pas une rupture franche avec le passé. A sa décharge,
la liberté de manœuvre d'un
dirigeant français est mince : il doit prendre en compte
l'appartenance de la France à l'Union européenne et à la zone
euro.
Barack
Obama et François Hollande sont deux hommes politiques au pouvoir.
Quelle que soit leur intelligence, ils sont enfermés dans un système
paralysant qui les pousse à répondre le plus rapidement possible
aux attentes des citoyens. Or actuellement c'est bien le problème du
chômage avec ses conséquences – précarité, baisse du pouvoir
d'achat, difficultés à trouver un logement... - qui préoccupe les
gens. Ce sont donc les solutions à court terme qui sont
privilégiées ; il y a aussi le fait que les hommes au pouvoir
ont tendance à se soucier de leur réélection et cela les pousse à
prendre des décisions aux effets immédiats.
C'est
ainsi que depuis plusieurs décennies, malgré les échecs constatés
dans tous les domaines, les dirigeants s'accrochent à des croyances
inefficaces qui produisent des dégâts sociaux et environnementaux alors que de
nouvelles politiques conçues dans une perspective de long terme
seraient nécessaires pour rétablir les équilibres. Mais celles-ci
imposeraient des changements dans nos modes de vie qui, dans un
système démocratique, doivent être acceptés par une majorité.
Une
condition qui n'existe sans doute pas encore aujourd'hui.
vendredi 2 novembre 2012
Dire : Queneau, Rimbaud et les autres
L'herbe:
sur l'herbe je n'ai rien à dire
mais
encore quels sont ces bruits
ces
bruits du jour et de la nuit
Le
vent : sur le vent je n'ai rien à dire »
Ces
quatre vers sont extraits du roman autobiographique Chêne
et chien, de Raymond Queneau ; il est entièrement écrit en vers. Tout à coup, de façon
apparemment disparate, l'auteur cite certains mots usuels : herbe,
vent, chêne, rat, sable, chien ... pour nous dire ...qu'il n'a
rien à dire.
Bien
sûr, il n'en est rien.
Est-ce
une panne d'inspiration ? Sûrement pas ! Tout au long du
poème, Queneau associe au mot sur lequel il affirme n'avoir rien à
dire une suite de mots. Et dans ces vers il démontre sa puissance
poétique, son inventivité. L'effet de surprise produit par
ces associations d'idées relève de la vraie poésie.
Ne
rien dire. Il arrive qu'un poète perde brutalement la capacité
d'exprimer ce qu'il ressent. Arthur Rimbaud, sans doute le plus grand
poète français, en est l'exemple le plus étonnant : génial
à 17 ans quand il écrit le Bateau ivre, il abandonne quelques
années plus tard la poésie pour le négoce. Il n'écrira plus
jamais. Son cas reste une énigme.
Et
il y a tous ceux – parce qu'ils n'ont jamais essayé ou que la
société a étouffé leur créativité – qui n'ont jamais réussi
à mettre sur le papier ce qu'ils éprouvaient devant une scène
vue, devant un paysage étonnant par son immensité ou sa beauté.
Ceux-là se contentent de regarder. Ils ne disent rien mais derrière
le silence se cache une sensibilité. C'est ce qui compte le plus.
Enfin
il y a les autres, ceux qui n'ont jamais pensé à admirer un coucher de soleil. Ils respirent, mangent, comptent, dépensent, mais passent à côté de la vraie vie.
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