CONTES BREFS (10)

LA MORT DU PÈRE

Une semaine après avoir assisté aux funérailles de son père, Clodomir de Vaumery était envahi par des sentiments confus.
Bien sûr, le décès de cet homme  qu’ il craignait et admirait à la fois lorsqu’il était enfant l’ avait bouleversé mais il avait en même temps l’ impression d’ être soulagé d’ un poids qu’ il portait en lui depuis des années : ce père rigoureux, autoritaire, ce représentant de la vieille noblesse qui n’ avait pas compris l’ évolution de la société  et imposait ses idées à sa famille ne serait plus là désormais pour lui dicter ce qu’ il devait faire. 
Malgré sa tristesse, Clodomir appréciait les joies d’ une liberté qu’ il n’ avait jamais connue auparavant.
Alors qu’ il se promenait le long des quais, en compagnie de sa femme et de ses deux filles, par ce bel après-midi de juillet, certains souvenirs pénibles lui revenaient. Clodomir avait beaucoup souffert dans sa jeunesse. C’ était un enfant complexé qui détestait son prénom ridicule ( il demandait qu’ on l’ appelât Claude) et son nom à particule. Contrairement à ses frères et à ses sœurs qui avaient  fait des études brillantes, il avait été un élève médiocre, poussé par ses parents à passer un bac qu’ il n’ avait jamais obtenu.
A la sortie du lycée, son père l’ avait fait entrer dans une banque où il se rendait chaque matin, depuis près de vingt ans, sans plaisir. 
Son rêve d’ enfant  était de devenir cuisinier.
— Il n’ en est pas question ! avait tranché le père. Jamais un de Vaumery ne sera aux fourneaux.


Aujourd’ hui, Clodomir voyait s' ouvrir devant lui de nouveaux horizons.   Il se disait qu' il avait perdu trop de temps et qu' il ne fallait pas qu' il tarde à changer de vie. Il s’ imaginait accueillant les clients dans le restaurant qu’ il allait bientôt ouvrir près du port ; et déjà il se sentait heureux.

Commentaires