Européen

PHOTO Rob984  *


   L’Europe d’aujourd’hui donne satisfaction à peu de monde. Elle est avant tout un grand marché intégré à la société mondialisée. Incapable de prendre des décisions efficaces pour limiter le réchauffement climatique, pour accueillir dignement les réfugiés d’autres continents ou lutter contre le terrorisme, elle ne tient pas le rôle qui devrait être le sien.
Freiné par l’égoïsme des nations, l’esprit européen imaginé par Victor Hugo reste en ce 21e siècle une utopie.

   Je me sens profondément européen pour des raisons culturelles :  Michel-Ange, Montaigne, Cervantès, Dante, Bach, Chopin, Ravel, Renoir, Van Gogh, Baudelaire, Kundera, Galilée, Darwin, Pasteur... ont apporté leurs connaissances, enrichi nos pensées, embelli nos vies.

  Il y a également des raisons personnelles. Comme beaucoup de familles, la mienne compte des gens venant de divers pays d’Europe : les Pays-Bas, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, l’Espagne et la France, chacun d’eux ayant apporté une touche particulière qui se sent aujourd’hui dans notre façon de vivre, de se nourrir, de penser.


    En 1966, invité par de jeunes allemands fédéralistes, j'ai eu à répondre à cette question :
- Comment voyez-vous l’Europe de demain ?
L'Europe des États – celle que voulait de Gaulle – ne me plaisait pas, cependant l'Europe fédérale me semblait prématurée. Je pensais que celle-ci était nécessaire, pour des raisons d'équilibre international (et je pense encore qu'elle s'imposera un jour car cela fait partie de l'évolution de l'organisation de la société) mais je n'ignorais pas que les mentalités n'étaient pas prêtes à accepter un tel bouleversement.
   Mon intervention consista donc à dire qu'il fallait préparer ce changement en rapprochant les gens, en mettant en place des programmes permettant des échanges et des manifestations destinées à développer les rencontres autour de thèmes culturels ou sportifs. Il fallait, disais-je, construire une Europe des citoyens, une Europe de la fraternité.
(Cela a été fait en partie au cours des dernières décennies avec la multiplication des jumelages de villes et les échanges proposés aux étudiants grâce au programme Erasmus).

   En 2016, l’Europe est en panne, mais l’utopie européenne n’est pas morte. Le changement d’ère et la société conviviale dont les contours ont été dessinés dans mon dernier livre ne seront possibles que dans le cadre européen.

   Celui-ci sera une étape importante, avant que dans un futur plus lointain, l'humanité décide d'unir toutes ses forces.
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