LA BRIDE SUR LE COU n° 3: l'utile et l'idéal



(La bride sur le cou: décontracté, détendu, lâché, libre - Le Robert, dictionnaire des synonymes) 



L’utile et l’idéal

Utile:
«L’utile est ce qui répond à la satisfaction des besoins physiologiques des hommes »
(Voltaire)
Utilitaire: attaché à ce qui est utile, préoccupé des seuls intérêts matériels

Idéal (sens n°2): ensemble de valeurs esthétiques morales ou intellectuelles
Idéaliste:  (souvent péjoratif) rêveur; synonyme: utopiste 
(Le Robert)

     Il règne dans l’Europe d’aujourd’hui un malaise dont les signes extérieurs sont visibles, avec des degrés différents selon les pays: le chômage, la peur du lendemain, la tendance au repli sur soi, la défiance vis-à-vis des politiques...
    Dans le passé, les pays européens ont connu des périodes difficiles, voire douloureuses. Ce qui est nouveau de nos jours - et cela se sent particulièrement en France - c’est le sentiment  que l’espérance ne peut plus venir des politiques car aucun d’eux n’est porteur d’un grand dessein, d’une vision idéaliste qui ramène l’espoir et le rêve. Non pas, comme le disait Jaurès dans son discours à la jeunesse « un rêve idyllique et vain », mais la possibilité d’un changement réel permettant d’aller vers un monde plus juste, plus solidaire.

   Ceux qui nous gouvernent donnent trop l’impression de n’avoir finalement qu’un but: garder  le pouvoir tout en ne changeant rien; et ceux qui souhaitent les remplacer sont dans la même logique, la satisfaction d’une ambition personnelle.

   La vision utilitaire de la société  a contribué à défendre les intérêts matériels d’une petite minorité  et a renforcé les injustices; elle a façonné les esprits en imposant sa logique. Le système éducatif lui-même a choisi cette voie. La sélection et la compétition sont au service de la société qui utilise les compétences des meilleurs et laisse aux autres des miettes: la précarité, le chômage. Tout cela au détriment de ce qui est le but premier de l’éducation: former des femmes et des hommes libres, épanouis, sensibles au sort des autres.

La société utilitaire a délaissé ce qui est essentiel, la créativité, les arts, la poésie, la défense du vivant.

   Le salut ne viendra pas d’hommes providentiels qui se présenteront avec un programme tout ficelé. Mais la société a besoin que des messages d’espoir soient lancés. Ils redonneront  confiance aux citoyens qui, collectivement, construiront la société nouvelle.

   C’est ce qu’avait fait Jaurès en 1903.*
«L'histoire humaine n'est qu'un effort incessant d'invention, et la perpétuelle évolution est une perpétuelle création », disait-il. 

« Le courage, c'est d'accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l'art, d'accueillir, d'explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d'éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l'organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes...

 Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe...»

    Jaurès avait trop d’avance sur l’esprit de son temps. Un siècle plus tard, puisse-t-il être entendu.

* Discours à la jeunesse prononcé à Albi

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