n° 1227 - Citoyen du monde (2)

Près de Trouville - tableau de Monet

   Quand j’ai commencé mes études, on ignorait encore que l’homme moderne est apparu en Afrique et dans le dictionnaire encyclopédique Quillet quatre pages étaient consacrées au mot race (deux pour le texte et deux pages de photos). Cette faille dans les connaissances favorisait la croyance en une supériorité de la civilisation occidentale et pouvait déboucher sur le racisme.

   Un peu de réflexion permettait de comprendre que les frontières ont été créées à la suite de guerres, de traités, de mariages princiers, qu'elles étaient des limites artificielles et que la France moderne résulte de nombreux métissages, qu'elle s'est construite dans tous les domaines (langue, littérature, sciences, peinture, architecture, musique, gastronomie...) en incorporant dans sa culture des apports variés venant de Grèce, de Rome, d'Espagne, des Pays-Bas,d'Italie, des pays arabes...

   L'esprit cocardier m'a toujours rebuté et mes rencontres avec des jeunes venus de pays divers, mes lectures, l'étude de l’écologie, m’ont fait comprendre que,  vivant tous sur la même Terre, nous étions tous égaux et nous avions les mêmes droits et les mêmes devoirs.
  La beauté de notre langue, de nos paysages, le talent de nos écrivains, de nos poètes, de nos artistes, ne m’ont pas empêché d'aimer ce qu’il y a de beau dans les autres pays.

   Très tôt, je me suis senti citoyen du monde. En 1975, j'ai choisi la poésie pour exprimer cette idée. Voici ce poème,  Le pays où je vis :

Le pays où je vis 
n'a ni nom ni frontières


C’est un morceau de Terre
aux couleurs métissées
une symphonie d'eau
de vent  et de lumière


Ma patrie c'est le vent
qui tourmente la dune
et lèche l'océan
ou flirte avec la lune

Ma patrie c'est la pluie
le lac et la rivière
c'est la forêt immense
aux ombres familières

Ma patrie a le corps
l'insolente beauté
de ces filles du Nord
ivres de liberté.

Ma langue sans patrie
c'est un air de guitare
quelques notes légères

qui enchantent la nuit.

Le pays où je vis
n'a ni nom ni frontières.

(Ce poème est extrait des Chemins délaissés


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