La Région Nord, symbole de la faillite d’un système ( 2e partie) : l'environnement


La Région Nord ( appelons-la ainsi provisoirement dans l’attente de son nom officiel)  peut être considérée comme le symbole du désastre qu’a été  l’ère industrielle.
Nous avons vu la semaine dernière comment la pauvreté s’est installée durablement dans cette région. L’environnement est l’autre victime de l’industrialisation.

DUNES DE LA COTE D'OPALE


Un environnement dégradé

La dégradation de l’environnement ne se voit pas toujours au premier coup d’œil.
Bien sûr, quand on se promène  dans un endroit qu’on a connu verdoyant dans son enfance, on remarque que des prés, des bois, ont disparu pour laisser la place à un lotissement ou à une zone commerciale, on remarque que des lignes à haute tension ont défiguré le paysage. 
Mais la beauté des plages, des falaises, des forêts que nous aimons regarder est trompeuse : dans ces paysages, qu’il s’agisse de l’air, de l’eau, des sols, la pollution est partout.

Pendant des décennies, on a extrait du sol le charbon qui brûlait en polluant l’atmosphère ; quand les aciéries,  les usines de textile, les imprimeries fonctionnaient sans relâche, leurs déchets nocifs empoisonnaient les cours d’eau et la mer, les fumées sortaient, noires ou rougeâtres, des cheminées. Puis les agriculteurs se mirent à utiliser des pesticides, insecticides et engrais chimiques qui souillèrent   les sols, les rivières et les nappes phréatiques .
Les règles imposées par l’État puis par l’Europe, les efforts faits par les collectivités  locales pour protéger l’environnement, n’ont pas réussi à rétablir l’équilibre des écosystèmes : en 2015, ceux-ci restent fortement dégradés.

C’est d’abord la biodiversité qui a été touchée ; son érosion se poursuit ajourd’hui.
Selon les observations de la DREAL (1) , c’est « la nature ordinaire » qui a le plus souffert, ce qui signifie que l’impact négatif  des activités humaines reste très fort dans les zones non protégées.
Or, dans le processus de recherche des équilibres à l’intérieur d’un écosystème, c’est la richesse de la diversité des espèces végétales et animales qui est importante et pas seulement leur rareté.
En un siècle, 88 espèces de la flore régionale ont disparu à cause de l’urbanisation  et des pollutions. (2)
En ce qui concerne l’état chimique des  66 masses d’eau douce du bassin Artois-Picardie,  6% seulement sont de bonne qualité.
On note dans ces eaux la présence de plomb, de mercure, de pesticides et de polluants industriels.
95% des nappes et des cours d’eau de la région sont pollués.

En 20 ans, l’artificialisation des sols a augmenté de 25%,  les surfaces agricoles ont diminué de 7 %.

La qualité de l’air s’est dégradée ; elle provoque chaque année une dizaine de décès pour 100 000 habitants dans les grandes villes.

La conjugaison des deux maux dont souffre la région ( pauvreté, chômage élevé, et environnement dégradé ) se traduit par une espérance de vie plus courte qu’ailleurs : une étude de l’INED (3) datant de 2013 montrait que  la différence entre la vie moyenne des habitants était inférieure dans le Pas-de-Calais de   6 ans pour les hommes et de 3,4 ans pour les femmes par rapport aux Hauts-de-Seine (département le mieux classé).

Tel est le bilan environnemental de la région Nord. Un bilan qui montre que le développement "durable" a échoué et qu’il est urgent  de tourner le dos au modèle économique actuel, inadapté à notre époque et aux exigences du futur.


1.Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement
2. Chiffres provenant des DREAL Nord- Pas-de-Calais/ Picardie
3. Institut National des Etudes Démographiques

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