19e Printemps des Poètes - n°2

La poésie africaine francophone

II. Le Maghreb


Village tunisien


   Le but de cette série de billets consacrés à la poésie africaine est de donner envie de découvrir et de lire des poètes qui pour la plupart sont peu connus en France.
Cela supposait de choisir une méthode et de faire un tri forcément arbitraire.

   J’ai pris pour référence l’excellente Anthologie de la poésie française de Jean Orizet (Larousse – 1086 pages).
Celle-ci a le mérite de présenter de nombreux poètes francophones.
En ce qui concerne ceux du Maghreb, j’ai pris le parti de choisir trois poètes, chacun représentant un pays : l’Algérie, le Maroc, la Tunisie.

  J’ai choisi cette solution car il m’a paru nécessaire de tenir compte de la culture et de l’histoire de chacun de ces pays qui ont tous connu la colonisation, mais dans des conditions différentes. Il n’est pas étonnant par exemple que les poètes algériens ayant vécu la guerre de 1954 à 1962 aient été davantage marqués par le colonialisme que leurs voisins tunisiens et marocains même si certains d’entre eux ont connu l’exil.

ALGĖRIE


   Rabah Belhamri (1946-1995), romancier et poète, a vécu en France à partir de 1976. Il était aveugle. Il fut un grand défenseur de la culture de son pays. Il écrivait en 1982 :

« Il est temps de recueillir les trésors de notre culture orale, menacés de disparition par le tumulte de la télévision. Aujourd'hui, en Algérie, les veillées s'organisent autour du petit écran et les conteurs n'ont plus le temps ou ne trouvent plus l'occasion et la nécessité de conter » (extrait de Veillées d’antan).

Il exprime dans ses vers son attachement à l’histoire de son pays :

«  nous entrons dans la langue armés de défi
d’autres nous ont devancés…

la maison de ma langue est vaste
que de piliers et d’ombre... » (extraits de Corps seul)

MAROC

    Abdellatif Laâbi est né en 1942 à Fès. En 1966 il fonde la revue Souffles qui contribue à l’essor de la culture au Maghreb. Ses prises de position lui valent d’être emprisonné de 1972 à 1980. Depuis 1985 il vit à Paris.

Laâbi est aussi romancier, essayiste et auteur de pièces de théâtre.
Dans ses poèmes il exprime son goût pour la liberté :

« Je ne me reconnais d’autre peuple / que ce peuple …/ laissant aux arbres leurs fruits/ aux animaux la vie sauve / se nourrissant du lait des étoiles ( extrait de Fragments d’une genèse oubliée)

Abdellatif Laâbi a reçu le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française en 2001 et le Prix Goncourt de la Poésie en 2009.

TUNISIE

   Amina Saïd est née en 1953 à Tunis ; elle vit à Paris depuis 1979. Journaliste et traductrice, elle a publié à ce jour 18 recueils de poèmes. La Société des Gens de Lettres lui a attribué le prix Charles Vildrac en 1994.

   Dans un entretien avec Tanella Boni, poétesse ivoirienne, elle déclarait en 2004 : « Dans la culture arabe, les genres majeurs sont d'abord la poésie, ensuite le conte. Curieusement, c'est ce que j'ai écrit : de la poésie et des contes. J'ai écrit ces contes dans des moments où j'avais la nostalgie du pays natal.

Sa poésie se caractérise par sa fluidité et sa clarté :

« Les femmes reviennent / aux arbres nouer / des lambeaux de vie…
les ancêtres se rassemblent / parmi les vagues mortes ... » (extrait de L’une et l’autre nuit).

Il existe bien sûr beaucoup d'autres poètes du Maghreb qui méritent d'être lus.

À suivre : n°3 - Poésie de la négritude




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