Le bonobo, le colonisé et l’homme occidental




    France 4 a offert dernièrement aux téléspectateurs un reportage de qualité sur la situation des bonobos au Congo, un documentaire à la fois décourageant et optimiste parce que, s’il est lamentable de voir une espèce menacée de disparaître à cause de la réduction de son habitat et de la chasse dont elle est victime, il est réconfortant de constater les efforts qui sont faits pour sauver des jeunes bonobos de la mort.
Nous avons vu dans cette émission des êtres pleins de vie, sautant avec joie sur un trampoline comme des enfants heureux, des êtres affectueux s’accrochant à des femmes, mères de substitution indispensables pour redonner l’envie de vivre à ces bébés.
En regardant ces scènes, on a compris que l’action menée par l’association qui a recueilli ces bonobos n’est pas seulement une affaire de biodiversité, elle est plus que cela : il s’agit d'aider des individus ayant une personnalité et une histoire à surmonter le traumatisme causé par la mort des parents.

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Bien avant les travaux des éthologues qui ont prouvé l’intelligence et la sensibilité des êtres non humains, Voltaire avait compris ce qu’est un animal. Il écrivait en 1764 dans son Dictionnaire philosophique :
« Quelle pitié, quelle pauvreté, d’avoir dit que les animaux sont des machines privées de connaissances et de sentiments, qui font toujours leurs opérations de la même manière, qui n’apprennent rien, ne perfectionnent rien, etc… ! »
Et son empathie pour les animaux ne se limitait pas à ceux qui sont proches de l’homme, il saluait l’intelligence de l’oiseau qui fait son nid, celle du serin qui répète un air qu’il vient d’entendre…
Vercors, auteur de Zoo ou l’assassin philanthrope, une pièce de théâtre curieuse, voyait dans l’homme un animal dénaturé ; Jocelyne Hubert parlant de cette œuvre a écrit que pour Vercors, « l’animal est un être asservi qui accède à l’humanité par l’éveil de sa conscience. »
Les rapports entre l’homme occidental et l’animal ont été guidés depuis des siècles par le sentiment de supériorité éprouvé par le premier. C’est la même démarche qui a prévalu dans ses rapports avec les autres civilisations. Pour lui, l’Amérindien et l’Africain étaient des sauvages.
« Le monde colonial est un monde manichéiste » écrivait Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre, en 1961. Il ajoutait :
« Parfois ce manichéisme va jusqu’au bout de sa logique et déshumanise le colonisé. À proprement parler, il l’animalise…Le langage du colon, quand il parle au colonisé, est un langage zoologique. »


Cette similitude de comportement vis-à-vis d’hommes vivant autrement et d’animaux considérés comme des objets persiste aujourd’hui sous d’autres formes : xénophobie, esclavage moderne d’un côté, cruauté ( corrida, expérimentations, etc…) de l’autre.

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