Carnet de Bord (2016 - semaine 9) : le Salon de l'Agriculture

Le Carnet de Bord livre chaque semaine des réflexions sur notre époque, inspirées par mes activités, mes loisirs, mes sorties et l'actualité. Ces libres cheminements ont pour but de faire entendre « la rumeur du temps présent ».



Un Salon qui sonne faux

   Le salon de l’Agriculture – ce grand show qui sonne faux tant il reflète peu la réalité – vient de s’ouvrir dans une ambiance particulière car de nombreux agriculteurs, notamment les éleveurs, manifestent depuis plusieurs semaines leur colère.
Que les jeunes fortement endettés souffrent, c’est vrai. Que le nombre de suicides soit supérieur à celui des autres professions est un constat inquiétant.
Les agriculteurs réclament un soutien plus fort de l’État, les éleveurs voudraient que le prix du kilo de viande soit plus élevé. Ces revendications, même si elles aboutissaient, n’auraient aucun effet durable sur leur situation.

   Le système agricole actuel n’est plus viable. La FNSEA se trompe, le ministre de l’Agriculture aussi ; ni l’une ni l’autre ne veulent voir la vérité en face ; ils ne prennent pas en compte les impératifs de la transition : la question écologique, et en ce qui concerne l’élevage ils ne veulent pas voir l’évolution des mentalités, le refus de la souffrance animale. Campant sur des positions rétrogrades, ils ne préparent pas le futur, ils continuent d’ignorer ce que la revue Sciences et Avenir écrivait à son tour dans son dernier numéro : le végétarisme ou une diminution forte de la consommation de viande « apparaît de plus en plus incontournable dans un avenir proche. »

Cet aveuglement rend triste car nous savons tous que nous avons besoin des agriculteurs, non seulement en France mais dans le monde entier.
Dans mon livre Changer d’ère – la société conviviale – je le rappelle avec force (page 110) :

« L’objectif n°1 de la transition sera de nourrir sainement la population mondiale. Pour cela, la priorité est de préserver les terres arables et de permettre aux paysans de vivre dignement en cultivant de manière écologique.
L'une des plus grosses erreurs commises par les décideurs au 20e  siècle a été de ne pas enrayer la désertification des campagnes. La seconde a été de sacrifier l'agriculture paysanne au profit d'une agriculture industrielle. »

   Continuer de penser l’agriculture en se retournant vers la logique désastreuse des Trente Glorieuses, refuser d’entrer dans le processus de la transition qui marquera la première moitié du 21e siècle, c’est prendre une voie sans issue.
Pourquoi, chaque année, s’enfoncer dans les illusions d’un Salon inutile ?


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