n° 1055 - Carnet de Bord (2016, semaine 11)

Le Carnet de Bord livre chaque semaine des réflexions sur notre époque, inspirées par mes activités, mes loisirs, mes sorties et l'actualité. Ces libres cheminements ont pour but  de faire entendre « la rumeur du temps présent ».


Causes du mal et
Graines d'espoir

   Le terrorisme vient encore de frapper en Côte d’Ivoire et en Turquie. En Allemagne, les électeurs ont sanctionné le parti d’Angela Merkel et l’extrême droite fait une percée remarquée. Je ne partage pas les idées de la Chancelière mais il faut lui reconnaître un certain courage dans la façon dont elle a géré la question des réfugiés. Les xénophobes, les racistes lui ont fait payer son empathie pour ceux qui se voient obligés de fuir leur pays en guerre. En France, le gouvernement s’enfonce dans une politique incompréhensible pour le peuple de gauche. Au lieu de retirer un projet de loi sur le travail inspiré par le patronat le plus réactionnaire, il poursuit des manœuvres désespérées pour amadouer les syndicalistes réformistes et des étudiants qui ont compris les dangers que présente cette loi.
   Tous ces signes sont liés : ils démontrent que le monde ne tourne plus rond, que les gens privés d’une information honnête (parce qu’elle est dans les mains de la finance) font de mauvais choix et que la plupart des politiques aveuglés par le goût du pouvoir  sont incapables de prendre la mesure du changement qu’il serait nécessaire de mettre en route.

   Nous sommes entrés dans le XXIe siècle et la pensée de ceux qui dirigent le monde a deux siècles de retard.
   Darwin disait que les espèces qui survivent sont celles qui savent s’adapter au changement. La faculté de s’adapter à une situation nouvelle est aussi une des définitions de l’intelligence.
  Les individus faisant preuve d’intelligence et portant des idées nouvelles ne manquent pas dans le monde. Ils sont parmi les sociologues, les chercheurs, les auteurs, les citoyens. Mais on n’entend pas leur voix.
    La société du profit préfère donner la parole à des philosophes médiatiques qui n’ont jamais créé le moindre concept (ce que Deleuze exigeait du vrai philosophe) mais vont sur le plateau défendre une religion, un pays ou la haine de l’étranger) ; l’écologie qui devrait être au cœur du projet politique de ce siècle est représentée dans les médias par quelques “stars” du système ou des opportunistes qui ont oublié les principes fondateurs de l’écologie ; l’information - pourtant indispensable au bon fonctionnement de la démocratie - est cadenassée pour cacher la vérité aux citoyens (si le coût réel du nucléaire et de l’agriculture industrielle était connu ceux-ci demanderaient sûrement d’autres politiques). 
Heureusement quelques médias indépendants résistent *  : Politis, Charlie Hebdo, Médiapart...). Mais leur influence reste trop faible pour entraîner un changement rapide.

    Les signes de résistance à cette société sans morale et sans imagination se font jour, ici et là, annonçant de nouvelles formes de luttes. Il faut, malgré les obstacles, semer sans cesse des graines d'espoir.

* Il y a quelques jours TerraEco a annoncé qu’il devait s’arrêter ; c’est une triste nouvelle.

Commentaires