Carnet de bord (20116- semaine17) : Intelligence humaine et non-humaine

Le Carnet de Bord livre chaque semaine des réflexions sur notre époque, inspirées par mes activités, mes loisirs, mes sorties et l'actualité. Ces libres cheminements ont pour but  de faire entendre « la rumeur du temps présent ».

Intelligence humaine et non-humaine

   En un demi-siècle, l’éthologie, la génétique, la psychologie ont fait d’énormes progrès. Quand j’étais étudiant, on pensait qu'il y avait une frontière nette entre l’homme et l’animal. Pour le premier on parlait d’une intelligence mesurée par le quotient intellectuel, pour le second, on évoquait l’instinct et le réflexe de Pavlov. Aujourd’hui la frontière est de plus en plus ténue entre l'animal humain et l'animal non-humain. Réponse à ceux qui nient encore la réalité scientifique.



   J’ai été frappé ces dernières semaines par l’indigence des arguments employés par certaines personnes (parmi lesquelles un chroniqueur et une prétendue philosophes) qui refusent d’admettre la proximité qui nous lie aux animaux non humains.
Et je ne parle pas des créationnistes qui mettent en doute la théorie de l’évolution du vivant !

  Une phrase revient souvent, avec quelques variantes, dans les arguments des spécistes : l’humanité a des génies, de grands penseurs, de grands artistes. Et ils nous citent Mozart, Beethoven, Shakespeare, Einstein et Picasso. Cela selon eux  prouverait la supériorité de l’homme.
Cette démonstration est spécieuse. 
D’abord, sur les milliards d’êtres humains qui ont vécu depuis la préhistoire, les femmes et les hommes de génie sont très rares. La plupart des humains ont des capacités ordinaires, certains naissent avec un handicap plus ou moins lourd. On respecte la vie des êtres humains, quel que soit leur degré d’intelligence.
Pourquoi cette règle morale ne s'appliquerait-elle pas à tous les êtres vivants ? 
    Par ailleurs, en ce qui concerne l'intelligence, il faudrait que les «animalo-sceptiques» actualisent leurs connaissances. L’intelligence ne s’exprime pas seulement par le biais du raisonnement, de la logique, de la pratique des langues.
C’est ce que j’avais rappelé dans un billet consacré à l’éducation, paru en décembre 2015, en citant notamment les travaux du psychologue américain Howard Gardner. Dès 1983, celui-ci avait balayé l’idée d’une intelligence logico-mathématique.
Voilà ce que j'écrivais :
« Pour Gardner, il y a des intelligences aux formes multiples. Il distingue entre autres l’intelligence relationnelle, indispensable dans la vie d’un groupe, l’intelligence créative qui permet l’innovation, l’imagination de récits, de solutions originales, l’intelligence émotionnelle qui est au cœur du comportement humain, l’intelligence pratique qui s’exerce dans de nombreux domaines pour concrétiser des projets ; elle est souvent liée au bon sens.» *
Or nous retrouvons ces formes d’intelligence chez de nombreux animaux.
Les mammifères, les oiseaux ont un  langage. Beaucoup d’entre eux expriment des émotions ; ils sont capables de compassion, au sein d’un groupe, ils manifestent également leur intelligence relationnelle. Et certains réussissent à résoudre des problèmes.
On définit encore l’intelligence comme la faculté à s’adapter à des situations nouvelles. Dans ce domaine, collectivement et individuellement, de nombreuses espèces ont montré leurs facultés d’adaptation aux changements climatiques, à la réduction de leur habitat (en allant vivre ailleurs).
Les seules espèces menacées de disparition sont celles qui sont victimes des actions humaines.

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