n° 1007 - Carnet de bord - Semaine 52

Le Carnet de Bord livre chaque semaine des réflexions sur notre époque, inspirées par mes activités, mes loisirs, mes sorties et l'actualité. Ces libres cheminements ont pour but  de faire entendre « la rumeur du temps présent ».


FRATERNISATIONS ET PACIFISME

Dans notre société, les pacifistes apparaissent comme des utopistes déconnectés de la réalité.
C’est le signe d’une civilisation qui n’a pas encore atteint sa maturité. Si des gens sont par nature belliqueux, il appartient à la culture - donc à l'éducation - de leur apprendre la tolérance, la fraternité, le respect de la vie.

Il y a quelques jours, on a inauguré dans le Pas-de-Calais un monument des fraternisations. De quoi s’agit-il ?

L’histoire officielle a longtemps décrit la guerre de 1914-1918 en  mettant en valeur le patriotisme des soldats. Les manuels scolaires de la première moitié du 20e siècle préparaient les jeunes à défendre la patrie.
On a caché pendant des années les mouvements de colère et de lassitude qui ont secoué les tranchées.

À‭ ce jour, on ne connaît pas encore toute la vérité sur les mutineries qui ont eu lieu ‬ du côté des alliés. Dans le Pas-de-Calais, en 1917, un millier de soldats britanniques et du Commonwealth  se soulevèrent et il y eut des répressions. (les archives militaires seront accessibles en 2017)

On doit au cinéaste Christian Carion d’avoir popularisé en 2005 - dans son film Joyeux Noël - les épisodes de fraternisation qui se sont produits sur le front, à partir de l’hiver 1914.

Dans les environs d’Arras , il y eut alors une « trêve de Noël » qui  réunit pendant quelques jours des soldats allemands, britanniques et français, dans une démarche spontanée de rejet d’une situation qu’ils jugeaient inhumaine.
Ces soldats  épuisés,  avaient vu de nombreux camarades mourir les uns après les autres, la vie dans les tranchées était insupportable. Ce matin-là, on entendit soudain des chants monter du côté allemand où des sapins de Noël avaient été plantés. Les soldats allemands appelèrent les Français et les Britanniques à venir les rejoindre et l’on assista alors à des scènes improbables de fraternisation  lourdes de signification. 
L’un des soldats, Louis Berthas, avait écrit dans ses carnets de guerre :
 « Qui sait ! Peut-être un jour sur ce coin de l’Artois on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient horreur de la guerre et qu'on obligeait à s'entretuer. »
C’est aujourd’hui chose faite.

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Dans une tribune qui ouvre le dernier numéro de Terra Eco, Edgar Morin écrit qu’« il faut tout faire pour gagner la paix en Syrie » si l’on veut lutter efficacement contre Daech. Il nous rappelle que les bombes ne servent à rien si l’on ne retourne pas  à « la source même » du conflit, en l’occurrence le Moyen-Orient et les banlieues.
Il faut dire qu’Edgar Morin est le philosophe de la complexité, une  manière de penser que de nombreux décideurs n’ont pas encore intégrée dans leur analyse des problèmes.

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